« Histoire d’un coup de foudre »

9cLe « stealthing », ce viol que les avocats veulent faire reconnaître

Paris Match| Clémentine Rebillat

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Image d’illustration. Chaiwat Subprasom/Reuters

Plusieurs avocats américains ont débuté un long combat afin de faire reconnaître juridiquement le «stealthing» comme un viol. Cette pratique consiste à retirer son préservatif sans le consentement de son ou sa partenaire.

C’est une pratique qui inquiète les autorités américaines. Le «stealthing» qui consiste à retirer son préservatif pendant l’acte sexuel sans le consentement de son ou sa partenaire est de plus en plus répandu. Contre ce fléau qui s’apparente selon elle à un viol, une avocate américaine, Cristina Garcia, a lancé lundi en Californie un nouveau projet de loi, l’AB 1033, qui permettrait de faire reconnaître le «stealthing» comme un viol. «Faire ça est un viol. Pénétrer quelqu’un sans son consentement est un viol», a-t-elle expliqué dans un communiqué, rappelant que retirer son préservatif pouvait exposer les victimes à des maladies sexuelles transmissibles ou à des grossesses non désirées.

Cristina Garcia n’est pas la seule à se battre pour faire reconnaître cette pratique. Une avocate du Wisconsin a elle aussi déposé un projet de loi semblable, expliquant que la question n’est pas de savoir si le «stealthing est répandu ou pas mais de savoir si nous allons faire quelque chose ou non», indique CBS.

« Les survivants subissent des préjudices réels »

Le «stealthing» a commencé à faire la Une des médias après un article publié par le «Columbia Journal of Gender and Law» le mois dernier. Dans le papier, de nombreuses victimes de cette pratique racontaient leur histoire et déploraient le manque de reconnaissance du système légal. «Les survivants subissent des préjudices réels – émotionnels, financiers et physiques – auxquels la loi pourrait apporter un recours par compensation ou simplement une opportunité d’être entendus et validés», écrivait la journaliste Alexandra Brodsky. Le «stealthing» a également fait parler de lui en 2010, lorsque deux femmes, en Suède, ont accusé le fondateur de Wikileaks, Julian Assange, de viol. Selon leur version des faits, il aurait refusé de porter un préservatif dans un premier temps. Une fois qu’il aurait finalement accepté, il l’aurait retiré durant l’acte sans leur consentement. L’Australien qui nie les faits est aujourd’hui réfugié à l’ambassade d’Équateur depuis 2012. Vendredi, le parquet suédois a finalement annoncé qu’il abandonnait ces poursuites pour viol.

En France, la question du «stealthing» n’a pas encore été officiellement posée à la justice. Pour l’heure, l’article 222-23 du Code pénal définit le viol de cette façon : «Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise est un viol». Reste à savoir si dans le cas du «stealthing», la «surprise» pourrait être retenue ou non par la justice.

Le stealthing, un abus sexuel dont on parle peu mais qui inquiète

ABUS – Enlever son préservatif sans le consentement de son ou sa partenaire au milieu de l’acte sexuel… Voilà un abus qui a de quoi effrayer. Appelée stealthing (« furtivité » en français…), il semble pourtant avoir de plus en plus d’adeptes. Une juriste, qui vient de publier une étude sur le sujet, a pu recueillir les témoignages de quelques victimes.

À chaque fois, les témoignages débutent de la même façon : « Je ne suis pas sûre que c’est un viol, mais… ». Alexandra Brodsky, juriste au National Women’s Law Center, a publié il y a quelques jours une étude dans le Columbia Journal of Gender and Law qui fait froid dans le dos.

Elle porte sur le stealthing, un abus qui consiste à ôter son préservatif à l’insu de son partenaire en plein acte sexuel. L’auteure raconte avoir débuté ses recherches en 2013, après que plusieurs de ses amies ont été abusées de cette façon. Les victimes, majoritairement des femmes, ont pour certaines été interviewées par la juriste.

La peur des grossesses et des IST

Parmi tous les témoignages recueillis, la peur d’une grossesse non désirée ou des infections sexuellement transmissibles (IST) est prédominante. L’une des victimes, sous le choc, raconte à propos de son partenaire sexuel : « Aucun de ces risques ne l’inquiétaient. Ça ne le perturbait pas. Ni ma potentielle grossesse, ni ma potentielle IST ».  Et une autre femme de raconter elle aussi : « Il a considéré qu’il n’y avait aucun risque pour lui et n’a pas daigné s’intéresser à ce que je risquais de mon côté ». Au-delà de ces craintes et de ce sentiment de trahison, les victimes expriment un sentiment de « violation claire de leur autonomie corporelle et de la confiance placée, à tort, dans leur partenaire ». Beaucoup d’entre elles n’osent cependant pas qualifier cette mauvaise expérience de viol.

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L’instinct masculin comme couverture

Pour répondre à leurs questions, à leurs craintes, beaucoup se tournent vers internet et ses forums. Mais ceux-ci sont aussi le lieu d’encouragements vis-à-vis des pratiquants du stealthing. Les partisans de cet abus y procurent des conseils fournis de modes d’emploi explicites visant à rouler dans la farine avec succès son ou sa partenaire en enlevant discrètement son préservatif pendant l’acte sexuel. Certains « stealther » défendent leurs actes par « l’instinct naturel masculin ». Les propos de l’un d’entre eux sont ainsi rapportés par Alexandra Brodsky : « Éjaculer dans le ***** d’une femme fait partie de l’instinct masculin. Il ne devrait jamais faire une croix sur ce droit. En tant que femme, il est de mon devoir d’écarter mes jambes et de laisser un homme éjaculer dans mon ***** mouillé ». « Pour moi, vous ne pouvez pas avoir le beurre et l’argent du beurre. Si elle veut le sexe du gars, alors elle doit aussi prendre sa semence !!! », renchérit un autre internaute.

Selon l’experte en Sexe et relation chez Durex, Alix Fox, interviewée par le Huffpost UK, certaines femmes pratiqueraient aussi le stealthing « en compromettant l’efficacité des préservatifs, en les perçant avec des trous presque invisibles avec des aiguilles ou en les malmenant secrètement, afin de tomber enceintes ».

Un Français déjà condamné en Suisse pour stealthing

Publiée aux États-Unis, l’étude propose une nouvelle régulation afin de considérer cette pratique en tant que violence sexuelle. « Une victime de retrait de préservatif devrait pouvoir porter plainte, mais devrait sûrement se battre pour prouver des blessures corporelles suffisantes », explique la juriste. À moins d’avoir attrapé une MST….

En France, la législation est telle qu’un agresseur pourrait se faire condamner pour viol. L’article 222-23 du Code pénal français définit comme un viol « tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui, par violence, contrainte, menace ou surprise ». Aucun cas n’a cependant été déclaré. En Suisse, un Français de 47 ans a en revanche été condamné en janvier dernier par le tribunal correctionnel de Lausanne à douze mois de prison avec sursis pour avoir expérimenté le stealthing. La victime avait dû subir quatre mois de traitement préventif contre le VIH.

Le «stealthing», nouvelle pratique sexuelle dangereuse ?

Des préservatifs. - CHRIS HONDROS - GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP/Archives
Des préservatifs. CHRIS HONDROS  /  GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP/Archives

Faut-il avoir peur du « stealthing » ? Ce phénomène, de plus en plus répandu aux Etats-Unis, consiste au retrait du préservatif non consenti en plein acte sexuel (stealth signifie furtif en anglais). Selon une étude publiée dans le sérieux Columbia Journal Gender and Law, cette pratique peut s’apparenter à un « acte criminel ».

Pour Alexandra Brodsky, l’auteure de cette enquête qui a fait le tour du monde, le stealthing peut être assimilé à un viol, puisque le ou la partenaire ne se rend pas compte du retrait du préservatif et encourt de fait plusieurs risques : grossesse non désirée dans le cas de rapports hétérosexuels, transmission d’IST ou MST…

La juriste a recueilli de très nombreux témoignages de victimes qui ont ressenti le stealthing « comme une violation grave de leur dignité et de leur autonomie ». L’un de mes objectifs avec cet article, en plus de proposer un nouveau statut, est de fournir un vocabulaire aux personnes ayant vécu la même expérience, qui ne s’apparente pas seulement à du « mauvais sexe », mais à une violence », explique Alexandra Brodsky au Huffington Post.

Des conseils sur internet

Pour elle, il existe des lacunes sur le plan juridique pour punir cette pratique. En Suisse, le tribunal correctionnel de Lausanne a récemment  condamné à douze mois de prison avec sursis un homme qui avait retiré un préservatif pendant qu’il couchait avec sa partenaire, sans l’en avertir. La justice a estimé que la victime aurait refusé ce rapport si elle avait su qu’elle n’était pas protégée.

Toujours selon Alexandra Brodsky, le phénomène ne serait pas à prendre à la légère car le stealthing fait désormais l’objet de nombreuses discussions sur le net, via des forums dédiés au sujet où les hommes s’échangent des bons conseils et astuces pour retirer leur protection en toute discrétion…

La tendance fait froid dans le dos et transgresse de façon pernicieuse une règle élémentaire lors de toute relation sexuelle, le consentement. Selon une enquête américaine menée par Alexandra Brodsky, publiée dans le Columbia Journal of Gender and Law et reprise dans le Teen Vogue, le stealthing est une pratique sexuelle qui prend de l’ampleur aux États-Unis. Cela consiste à enlever discrètement son condom pendant une relation sexuelle sans que son ou sa partenaire s’en rende compte. Mais qu’en est-il au Québec?

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Un tour rapide de notre salle rédaction permet de constater que le stealthing, que l’on peut traduire par «furtivement» ou «passer en mode furtif», a traversé la frontière. «Après une soirée bien arrosée, j’ai eu une relation sexuelle avec un garçon que je fréquentais. Quelques jours plus tard, en faisant le ménage, j’ai trouvé derrière mon lit le condom qu’il avait supposément utilisé. Il était toujours dans sa pochette déchirée. J’ai compris qu’il avait fait semblant de le mettre et que je n’y avais vu que du feu. J’ai dû passer des tests de dépistage», a raconté une collègue.

Même son de cloche du côté des médias sociaux, où j’ai réalisé un sondage éclair. En moins de quinze minutes, cinq femmes et un homme me confiaient via messagerie privée avoir été victimes de stealthing. «Le premier partenaire que j’ai eu après avoir mis fin à une relation qui a duré 18 ans m’a fait ça. Ç’a été assez rough à vivre. Pas facile de faire confiance après disons.»

Nous avons interrogé trois médecins. Tous ont entendus parler de la «tendance», mais personne n’a eu de cas. «Peut-être que les victimes ont honte d’en parler lors de la consultation ou se présentent à l’urgence», précisent-ils. À la clinique 24/7, spécialisée dans le dépistage des ITS, on connait le phénomène, mais il n’y a pas de cas à signaler.

Pour ceux et celles qui croient que le stealthing n’a lieu que si on a des relations sexuelles avec des inconnus mal intentionnés, détrompez-vous. «C’est arrivé avec un ami de gars que je connaissais depuis plusieurs années. Après la relation, j’ai réalisé que le condom était collé sur le mur. Il l’avait enlevé et lancé. Quand je lui ai demandé pourquoi il avait fait fait ça, il m’a répondu que «ça manquait de sensation», confie une femme dans la quarantaine dans un témoignage reçu en privé.

L’étude de Brodsky montre que certains hommes cherchent à avoir le dessus sur leur partenaire en enlevant furtivement le condom lors d’une relation sexuelle. Certains sont même persuadés que faire l’amour sans protection est un droit et que le fait de répandre leur semence même contre le gré de leur partenaire est une bonne chose, allant même jusqu’à s’échanger des trucs sur comment y parvenir sur internet. C’est une forme de domination et il s’agit d’une agression sexuelle.

Les conséquences du stealthing peuvent être graves : grossesse non désirée, infections transmises sexuellement, détresse psychologique. Cette agression est lourde de conséquences pour les victimes. Heureusement, la Suisse a pris les grands moyens et a récemment condamné un homme pour s’être adonné au stealthing.

Le stealthing : une forme d’agression sexuelle inquiétante et taboue

Le stealthing : une forme d'agression sexuelle inquiétante et taboue
Thinkstock

Voilà une tendance sexuelle qui fait froid dans le dos. Le stealthing, « furtivité » en français, consiste à retirer son préservatif pendant un rapport sexuel sans demander l’avis de son ou sa partenaire. Alexandra Brodsky, juriste au National Women’s Law Center, a publié une étude dans le Columbia Journal of Gender, qui met en perspective à quel point cette pratique inquiétante se développe, aussi bien dans les communautés hétérosexuelles qu’homosexuelles.

Alexandra Brodsky explique qu’elle a commencé à étudier ce phénomène en 2013, lorsqu’elle a réalisé que plusieurs de ses amies avaient été abusées de cette façon. Parmi les témoignages recueillis par la chercheuse, la peur d’une grossesse non désirée ou de contracter des infections sexuellement transmissibles (IST) est majeure. Mais peu de femmes qui ont témoigné n’osent qualifier cette mauvaise expérience de viol.

Un « droit pour les hommes » selon certains forums

L’étude dénonce notamment des forums sur Internet qui défendent le stealthing comme « un droit » pour les hommes, et plus particulièrement pour ceux qui souhaitent « propager leur semence ».  Pire encore, la chercheuse cite des exemples d’hommes qui enseignent et conseillent à d’autres comment faire du stealthing discrètement, sans que l’autre ne s’en aperçoive.

Cependant, cette pratique ne serait pas réservée aux hommes. Alix Fox, experte en relation de la marque de préservatifs Durex, a confié au Huffpost UK, que certaines femmes pratiquent le stealthing « en compromettant l’efficacité des condoms, en les perçant avec des trous presque invisibles avec des aiguilles ou en les malmenant secrètement, afin de tomber enceintes ».

Une condamnation pour stealthing en Suisse

En Suisse, un Français avait été condamné à douze mois de prison avec sursis en janvier dernier par le tribunal correctionnel de Lausanne pour avoir expérimenté cette pratique plus que douteuse. La victime avait dû subir quatre mois de traitement préventif contre le VIH. Cette étude permet, en plus de dénoncer le stealthing, de faire en sorte que cette pratique soit considérée comme une violence sexuelle. « Une victime de retrait de préservatif devrait pouvoir porter plainte, mais devrait sûrement se battre pour prouver des blessures corporelles suffisantes », explique Alexandra Brodsky.

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Le « stealthing », l’horrifiante pratique sexuelle qui se répand aux États-Unis

Le stealthing est une pratique qui consiste à retirer son préservatif pendant un rapport sexuel, sans prévenir son ou sa partenaire. La plupart des victimes interrogées n’ont pas perçu ce geste comme un viol à proprement parler, mais établissent un lien entre les deux types d’attaques.

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Du sexe consensuel c’est du sexe. Du sexe non consensuel c’est du viol. Il n’y a rien de plus simple à comprendre que ça. Mais comment appelle-t-on un acte sexuel consenti au cours duquel un homme enlève le préservatif sans prévenir son ou sa partenaire ? Cette nouvelle pratique horrifiante a un nom : le « stealthing » (que l’on pourrait traduire par « passer en mode furtif »).

Selon un article récemment publié dans le Columbia Journal of Gender and Law, de plus en plus de cas de stealthing sont constatés, et les responsables partagent leurs expériences en ligne. Comme l’affirme Alexandra Brodsky, auteure de cette étude, le retrait non consensuel du préservatif est devenu une pratique répandue parmi les jeunes Américains, particulièrement sur les campus universitaires. Mais personne ne sait comment qualifier ce phénomène, pas même la loi.

Alexandra Brodsky cite Rebecca, qui travaille dans un centre d’aide aux victimes de viol et qui reçoit de nombreux appels de jeunes étudiantes à ce sujet. Selon elle, leurs histoires commencent souvent de la même façon : « Je ne suis pas sûr(e) que ce soit un viol, mais… »

L’autre aspect troublant de cette tendance est la communauté en ligne d’hommes – hétérosexuels ou homosexuels – qui encouragent les autres à pratiquer le stealthing. Certains vont jusqu’à partager des guides complets qui détaillent leurs expériences et les meilleures astuces pour piéger sa/son partenaire. Il y est question du « droit de l’homme à répandre sa semence ». Voici un exemple :

« […] C’était ma première expérience de stealthing et le rush que j’ai ressenti était plus intense que je ne peux le décrire. Ce n’était pas ma première expérience de barebacking [rapport anal non protégé] […] mais je n’ai jamais autant kiffé.

J’ai développé mes propres petites astuces et techniques pour atteindre mon objectif principal à CHAQUE fois que j’ai des relations sexuelles, pour m’assurer de me vider bien au fond de la ****** des filles qui ne se doutent de rien. »

L’individu explique ensuite qu’il sait que ce n’est pas bien, ni responsable de faire une chose pareille, mais qu’il « prendrait ses responsabilités face aux conséquences de ses actions » (la conséquence envisagée ici étant la grossesse, j’imagine). Et de poursuivre en partageant malgré tout « ses astuces et techniques » pour réussir son stealthing.

À ce stade de l’article, je sais ce que ressentent la plupart des femmes qui me lisent. Croyez-moi, c’est dur pour moi de continuer à écrire sur un sujet aussi tordu. D’autant plus que je n’arrive pas à appréhender comment quelqu’un peut imaginer avoir le droit de faire ça. Toutefois, nous familiariser avec cette nouvelle forme de violence sexuelle est notre seule option pour le moment.

Une pratique tordue

Pour ceux d’entre vous qui pourraient se demander en quoi enlever le préservatif pendant un rapport consenti est mal, voici trois raisons valides : risque de grossesse non désirée, risque de transmissions d’infections sexuelles et risque de séquelles d’un point de vue émotionnel (être trahi(e) dans sa confiance et privé(e) de sa liberté de choisir) qui sont similaires à celles laissées par un viol.

Dans son étude, Alexandra Brodsky explique :

« Toutes les victimes ont exprimé leur peur d’une grossesse non désirée et des maladies sexuellement transmissibles. Une victime s’est tournée vers les forums en ligne pour des gens atteints du sida au lendemain de son expérience, parce qu’elle était trop inquiète d’avoir contracté le virus. […]

En dehors de la peur de ces conséquences spécifiques que sont la grossesse non désirée et les maladies sexuellement transmissibles, tous les survivants ont vécu le retrait du préservatif comme une privation de pouvoir, une violation humiliante de l’accord consenti. »

Cependant, Alexandra Brodsky indique que la plupart des victimes qu’elle a interrogées n’ont pas perçu ce geste comme un viol à proprement parler, mais établissent un lien entre les deux types d’attaques. Pour l’une d’entre elles, le stealthing est « à la frontière du viol ».

Cette ambiguïté est l’une des raisons pour laquelle le stealthing n’est pas encore pris en compte par les lois existantes. Avec cet article, Alexandra Brodsky souhaite donc en voir apparaître une nouvelle : « Dans le meilleur des cas, une loi pourrait permettre de réagir et de qualifier les atteintes portées à l’encontre des victimes en mettant noir sur blanc le fait que le stealthing ne paraît pas seulement violent, il l’est vraiment. »

Traduit de l’anglais par Sophie Janinet

Mon partenaire a retiré son préservatif sans mon consentement — Témoignage

 Anne-Fleur

Pendant un rapport sexuel, le partenaire de Delphine a enlevé son préservatif sans la prévenir. Elle nous raconte la difficulté d’admettre avoir été victime de viol, et la nécessité d’informer sur cette agression trop mal connue.

Mon partenaire a retiré son préservatif sans mon consentement — Témoignage

Aujourd’hui était une mauvaise journée.

Tout commence avec un partage d’article sur le stealthing

J’ai un petit cercle d’amies privilégiées.

Comme beaucoup, nous avons ensemble une discussion de groupe sur Facebook.

On y parle plus ou moins sans arrêt, on s’envoie des photos, des blagues, on se raconte au fur et à mesure de la journée ce qui se passe dans nos vies, que ce soit drôle, malaisant, triste ou inintéressant.

Parfois, on y discute féminisme.

C’est un cercle d’amies avec lesquelles je me sens en confiance pour aborder ce genre de sujets, peut-être plus qu’avec mon groupe d’ami plus large, qui comprend nos potes garçons.

Ce matin, l’une de mes amies nous a envoyé sur cette discussion un article à propos du stealthing.

Le stealthing, c’est cette pratique où, lors d’un rapport sexuel consenti et protégé, une personne enlève son préservatif sans que son ou sa partenaire ne s’en aperçoive.

À lire aussi : Retirer le préservatif sans prévenir, une agression sexuelle dont on ne parle pas

C’est sale et c’est dangereux.

La personne prend le risque de transmettre à son ou sa partenaire non-consentante des maladies graves, cet acte peut être à l’origine de grossesses non désirées…

Ce n’est pas un « accident de préservatif ».

Les préservatifs qui craquent, ça arrive…

Les préservatifs qui craquent, ça arrive. L’expérience peut être plus ou moins traumatisante, d’ailleurs.

Moi, ça m’est déjà arrivé avec un copain et j’en ai gardé un souvenir très désagréable.

Quand j’ai réalisé que la capote venait de se déchirer, j’ai totalement paniqué, et j’ai dit presque en pleurant :

« Mais je prends pas la pilule ! »

Ce à quoi mon « pote » m’a sorti un élégant « mais Dédé, franchement ! », comme si j’abusais un peu de ne pas prendre mes « précautions ».

Comme si c’était forcément à moi de faire attention.

Je vous passe les détails du superbe dimanche qui a suivi, à chercher une pharmacie ouverte au fin fond de l’Auvergne pour me dénicher une pilule du lendemain…

Heureusement, encore une fois, mon petit cercle d’amies était présent.

Elles ont conduit la voiture, elles ont appelé les pharmacies, elles m’ont fourni tout le soutien moral que ce garçon un peu lâche n’avait pas su, voulu ou pensé m’apporter.

J’ai avalé ma pilule du lendemain, un peu tremblante, plutôt perdue et complètement dégoûtée.

… Mais ce n’est pas du stealthing

Donc, les accidents, ça arrive mais « c’est pas la fin du monde » — chacune vivant l’expérience de la prise de la pilule du lendemain de manière plus ou moins détendue.

Revenons au stealthing et à cet article qu’a partagé ce matin l’une de mes amies sur notre discussion Facebook de filles fortes.

Tout le monde a aussitôt réagi : certaines de mes amies étaient désabusées, d’autres étaient hors d’elles, mais toutes étaient un peu choquées.

L’une d’elle a dit :

« Mais je comprends pas, c’est quand même pas sorcier, tu le dis dès le début si tu veux pas le mettre le préservatif ! »

On en était donc à ce point de notre conversation quand j’ai dit, un peu nonchalamment :

« Vous savez, il m’est arrivé exactement ça pendant ma première fois.

Le type avec qui j’étais en train de coucher avait enlevé son préservatif sans me prévenir.

Ensuite, il m’a dit : « Il faut absolument que tu prennes la pilule du lendemain, j’ai un sperme très puissant. »

Je suis partie de chez lui et j’ai pleuré dans le train de banlieue qui me ramenait chez moi, puis j’ai pleuré devant la pharmacie de garde, puis j’ai pleuré debout à côté de la poubelle de la pharmacie de garde, après avoir pris la pilule du lendemain. »

Pendant mon petit monologue, les « quoi ??? » et autres expressions de choc ont commencé à pleuvoir dans la conversation.

Il faut savoir qu’à l’époque, j’étais restée très vague sur les détails de ma nuit avec ce garçon.

J’avais plutôt concentré le récit sur les circonstances de la rencontre et la charmante façon dont il m’avait tourné le dos puis virée de chez lui.

Ah, good old times.

Ce matin, j’ai donc raconté cette affaire comme si c’était une anecdote.

Ça a l’air moins grave, comme ça, pas vrai ?

L’article autour du stealthing, un déclencheur

Je me suis rendu compte que je déteste parler de cette nuit-là : je reste toujours vague quand je l’évoque et j’essaie d’y repenser le moins possible.

À tel point que, même si j’étais sobre à ce moment-là, j’ai quand même du mal à me rappeler des détails de la soirée.

Et puis, ce matin, j’ai eu comme un choc.

En racontant à mes amies cette histoire, j’ai réalisé que j’avais vécu la même chose que la fille dont parlait l’article.

En effet, en janvier, un Français a été condamné pour viol en Suisse pour avoir retiré son préservatif pendant un rapport sexuel.

Sur notre conversation, j’ai écrit :

« Je viens de me rendre compte que c’est exactement la même histoire que la meuf qui a eu un rapport avec un gars qui a fait ça, et il a été condamné pour viol. »

Et là, les larmes ont commencé à venir et ma gorge à se nouer.

Donc, j’aurais pu faire condamner « ce connard », comme je l’appelle depuis deux ans et demi, pour viol.

Alors, si ce connard peut être un violeur aux yeux de la justice, moi, je dois être une victime de viol ?

Cette nuit où il a piétiné mon consentement (et osef les conséquences)

Cette nuit-là, en plein milieu de cette relation sexuelle, je me sentais déjà mal.

C’était ma première fois, je me sentais pas respectée, j’étais perdue et un peu terrifiée, j’étais brusquée.

Il essayait souvent de me retourner en levrette et moi, à chaque fois, je disais non. Presqu’en me débattant, parce qu’il était grand et fort, et moi je comprenais pas vraiment.

Qu’est-ce que j’en savais moi à l’époque, que j’avais le droit de lui dire d’aller se faire voir ?

C’est un peu comme si, à partir du moment où tu disais oui à une chose, tu renonçais à ton droit de dire non à quoi que ce soit d’autre.

Alors que si on est mal à l’aise avec un geste, une position, et qu’on le dit, l’autre n’est-il pas censé écouter et arrêter ?

C’est ce que je fais maintenant et on m’a toujours écoutée.

Le consentement, ce n’est pas une question de circonstances, de connaître la personne, d’être sobre, d’être amoureux ou quoi que ce soit.

Depuis, j’ai vécu plusieurs situations où j’ai été mal à l’aise (à différents degrés, et parfois c’est même drôle), mais j’ai toujours été écoutée.

Que ce soit par celui avec qui je vivais une relation amoureuse très belle et profonde, ou un Anglais complètement bourré (et franchement un peu dérangé) rencontré sur Tinder pendant l’Euro 2016.

Et c’est ce qui devrait se passer à chaque fois.

Si je dis non, c’est non. Il ne devrait pas y avoir d’exception.

Et là, j’avais dit « c’est oui si tu mets un préservatif » ce qui équivaut à « c’est non si tu n’en mets pas ». Il avait déjà essayé de me convaincre de ne pas en mettre, il savait donc très clairement que je n’étais pas d’accord pour coucher avec lui sans protection.

Quand j’ai réalisé qu’il avait enlevé son préservatif, je lui ai simplement dit d’en remettre un. Il l’a fait, puis l’a enlevé à nouveau.

Sauf que là je m’en suis aperçue plus vite et j’ai dit stop.

Deux fois de suite, il a donc fait fi de mon consentement.

Donc, j’ai eu une relation sexuelle non consentie.

Donc, on pourrait considérer que j’ai été violée.

Ma difficulté à mettre le mot « viol » sur mon histoire

Bien sûr, ce « on » est abstrait, représentant à la limite le tribunal correctionnel de Lausanne.

Surtout pas moi.

Pourtant, à l’époque de cette affaire de stealthing en Suisse, j’avais été parfaitement en accord avec le jugement.

Il me semblait normal que le type qui avait enlevé son préservatif soit condamné pour viol car, selon moi, tout ce qui sort du cadre strict du consentement relève de l’agression sexuelle.

J’avais même noté dans mon carnet des réflexions sur le consentement. J’avais certainement partagé sur Facebook cette BD qui explique le consentement avec la métaphore de la tasse de thé.

Mais je n’avais pas fait le lien avec mon histoire.

Alors pourquoi moi, qui suis informée sur ce type de sujet, qui milite comme je peux, je refuse de reconnaître l’évidence qui se dessine sous mes yeux ?

Pourquoi je refuse de me dire : « Delphine, tu as été violée » alors qu’une femme a obtenu la condamnation de son ancien partenaire sexuel pour littéralement les mêmes faits que ceux que j’ai eu à subir ?

Pourquoi j’ai même cherché à fouiller ma mémoire défaillante pour me convaincre que si, il avait dû me prévenir en l’enlevant, c’est certain, réfléchis Delphine ?

Pourquoi je refuse encore de me désigner comme une victime de viol

Ce n’est pas aujourd’hui que je vais dire « j’ai été violée ».

Même après tout ce que je viens d’écrire, même en ayant vraiment réfléchi à ce qui m’était arrivé, même en ayant tout clarifié, tout exposé froidement et logiquement.

C’est en partie parce que je me sens salie.

C’est aussi parce que je ne veux pas m’entendre dire que ouais, le mot « viol » c’est peut-être un peu abusé quand même dans ma situation.

J’ai clairement pas l’énergie de me défendre par rapport à ce que j’ai vécu ou de faire des plaidoyers à tout va.

Je le refuse parce que je ne veux pas être une victime, parce que je refuse d’en parler.

Un jour, peut-être, je le dirai.

Quand on aura libéré la parole sur le viol, sur le consentement, quand on arrêtera de remettre en cause les victimes. Mais pour l’instant, toute seule, j’ai pas la force.

Ici, Delphine refuse pour des raisons personnelles d’être qualifiée de victime de viol.En France, il n’y a effectivement pas de jurisprudence qui condamne le stealthing comme un viol. Mais en Suisse, le tribunal correctionnel de Lausanne a condamné pour un viol un homme ayant retiré son préservatif au milieu d’un rapport sexuel, sans prévenir sa partenaire qui avait préalablement exigé une protection.

Pour moi, le consentement, ça a toujours été quelque chose d’important.

Par exemple, avant cet épisode, j’avais rencontré un mec de Tinder qui m’avait dit :

« Non mais ici, on n’utilise pas de préservatif, on n’a pas le SIDA. »

Même il y a quelques années, ce genre de comportement, c’était déjà « no way » dans ma tête. J’avais d’ailleurs refusé d’avoir un rapport sexuel avec lui.

Si, à l’époque, j’avais su ce que c’était tout aussi anormal qu’un partenaire enlève son préservatif pendant une relation sexuelle, et si j’avais eu plus confiance en moi, je l’aurais jeté dehors aussi.

C’est la raison pour laquelle je veux prendre la parole : pour que tout le monde sache à quel point ce genre d’acte est grave et pour que les filles qui y sont confrontées aient les armes pour être légitimement en colère.

À lire aussi : Lettre ouverte à mon violeur, un an après

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  • Avatar Toujours plus loin dans la cruauté.
    Avatar Je remets l’article de loi sur le viol : « tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis

    sur la personne d’autrui, par violence, contrainte, menace ou surprise ». Retirer la capote et pénétrer sa partenaire sans qu’elle sache qu’il n’y a plus de protection est donc bien un viol vu que ça rentre dans la catégorie « acte de pénétration sexuelle par surprise (la partenaire n’était pas au courant qu’il n’y a plus de préservatif ».

  • Et qu’en est-il des positions ?!

    Si le consentement a été donné sur la base d’un missionnaire et que le mec part sur une levrette, le consentement n’est-il pas caduc ?
    Et si le consentement a été donné sur la base d’une nuit complète et que le mec demande à la jeune fille de partir après le rapport, le consentement n’est-il pas caduc ?
    Je continue ?!

  • Vous êtes vraiment fier à ce point là de votre argument de collégien de douze ans que vous avez besoin de le poster en série ? À part nous prouver que vos capacités d’élaboration sont limitées et qu’une femme aurait intérêt à garder ses distances , je vois n’pas l’intérêt.
    Bla bla bla …. Mon commentaire, « en série » répond à deux commentaires distincts. Je mets en exergue le ridicule de la situation, par deux fois, à deux personnes.

    Je pourrais étayer, à nouveau, mes propos, mais je n’ai pas encore envie de me voir traiter de « collégien de douze ans » par quelqu’un qui n’accepte que l’on peut avoir un avis différent du sien … Et je suis sûr que vous devez vous considérer comme « tolérante ». Les personnes comme vous sont celles qui, justement, tolèrent le moins les avis contradictoires.

    Avatar De l’inconvénient de coucher avec quelqu’un avec qui on a pas une absolue confiance. NB : Même si plus rare, encore plus facile pour une femme d’ « oublier » volontairement sa pilule
    heureusement que les hommes sont suffisamment responsables pour prendre en charge leur propre contraception comme des adultes!
    Pour ma part, la contraception est une affaire de couple, où chacun est sensé être respectueux de l’autre, et les choix (y compris donc celui de la contraception et du moyen ad hoc) sont partagés. Mais bon, quand on lève chaque samedi soir un(e) nouveau(elle) partenaire dont on ignore jusqu’au prénom, les choses sont sûrement un peu différentes…
    Avatar Et sinon, la phrase « pas de préservatif, tu dégages » n’est pas envisageable ? Si le rapport sexuel est consenti par les deux, comment le qualifier de viol ? D’inconscience, de mépris, de bêtise, …oui ; eventuellement de tentative de meurtre (VIH ou autre mst) mais pas viol, ça ne colle pas.
    Le stealthing consiste à enlever le préservatif à l’insu de sa (ou son) partenaire ; si le consentement a été donné sur la base du port d’une protection et que le mec l’enlève en cours de route, le consentement n’est-il pas caduc ? Et pénétration sans consentement = viol.

    Mais bien sûr, ce sera parole contre parole, comme souvent.

    Si le consentement a été donné sur la base d’un missionnaire et que le mec part sur une levrette, le consentement n’est-il pas caduc ?
    Et si le consentement a été donné sur la base d’une nuit complète et que le mec demande à la jeune fille de partir après le rapport, le consentement n’est-il pas caduc ?
    Je continue ?

    Au-delà du fait qu’il n’y a vraisemblablement pas de mise en danger de la santé du ou des partenaires dans vos cas :

    1) Réussir furtivement à passer d’un missionnaire à une levrette est compliqué. Donc au moment du changement de position, si l’un des 2 n’est pas d’accord, il ou elle dit « stop » et si l’acte continue, là il y a viol. C’est simple, non ?
    2) Pour ce qui est de (demander à) partir après l’acte alors qu’on avait promis de (laisser) rester, ce n’est pas très poli mais le rapport étant terminé, je ne suis pas sûr qu’il y ait une base légale pour un viol. Essayez du côté de la souffrance morale. Je suppose que l’étape suivante, pour vous, c’était imaginer qu’une de vos ex puisse porter plainte après la rupture pour toutes les fois où elle a couché avec vous sans savoir que vous étiez… je ne sais pas, quoi que ce soit qui a causé la rupture ?

  • Nouvel exemple, pour montrer le ridicule: « j’ai donné un consentement pour un rapport de 5min, ça a duré 10min, à partir de la 6ème minute, c’est un viol » ?

    Après tout, le concept de défense est le même, non ?! Quitte à galvauder le terme ‘viol’ autant y aller à fond ! (sans mauvais jeu de mots).

    Pour votre exemple, mettez une alarme et quand ça sonne, si vous dites « stop » et que la personne avec vous continue, ce sera un viol. Si aucun de vous ne s’en aperçoit, la loi ne pourra pas statuer.

    Mais la situation est légèrement différente ; le fait est que si au cours du rapport, il y a un changement volontaire des paramètres de la relation de la part d’un des partenaires, et qu’on se retrouve dans une situation où l’autre personne ne donnerait plus son consentement (et que par conséquent, le premier sait qu’il passe outre ce non-consentement), oui c’est légalement qualifié de viol. Et ce n’est pas galvauder le terme que de le dire, même si ça n’est pas un inconnu dans un ruelle sombre.
    Si quelqu’un me pique un stylo et que je dis que c’est un vol, ça ne va pas atténuer le sens du mot dans le cas d’un vol de voiture.

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