Viol conjugal : pourquoi un tel silence ?

e-2« Je suis ordinaire », le court-métrage coup de poing sur le viol conjugal

Marine Le Breton / Le Huffington Post

VIOL – Une soirée banale pour un couple comme les autres. Une petite soirée à deux, au lit, devant un bon film. Jusqu’à ce que l’un des deux ait envie d’initier une relation sexuelle. L’autre refuse, mais rien n’y fait. Après tout, elle « avait envie » la veille.

« Si rien ne vous choque, c’est que vous êtes l’un des deux », écrit Chloé Fontaine pour commenter son court-métrage indépendant, « Je suis ordinaire« , mis en ligne le 26 janvier. Un court-métrage dont le sujet est, vous l’aurez compris, le viol conjugal.

On y découvre un jeune couple, un homme, une femme. « J’ai pas envie, je t’ai dit », affirme-t-elle. « Qu’est-ce qui se passe? Tu m’aimes plus, c’est ça? », demande-t-il. Une question rhétorique puisqu’il n’entend pas, ou plutôt n’écoute pas la réponse de sa copine.

« C’est un viol du coup? »

« Faire ce film est devenu une nécessité pour moi après avoir eu une conversation avec une amie, au sujet d’un garçon avec qui elle avait passé la nuit quelques jours auparavant », raconte Chloé Fontaine auprès du HuffPost. « Elle m’a dit: ‘J’en avais pas envie non, mais alors pas du tout. Mais je voyais pas d’autre moyen pour qu’il me laisse tranquille alors…' » Alors on devine la suite. La réalisatrice et actrice de ce film entend également une autre amie s’interroger: « non je voulais pas, mais je sais pas si c’est un viol du coup? Je pense pas quand même ». « Et là je me suis dit qu’il y avait un problème. Réel. J’ai commencé à faire des recherches sur internet. Je suis tombée sur des témoignages poignants de jeunes (ou moins jeunes) filles qui se posaient les mêmes questions », poursuit-elle.

Elle espère, avec ce film de moins de deux minutes, apporter des éléments de réponse à toutes celles et ceux qui se questionnent sur ce qu’est un « vrai viol ». « Je ne prétends pas leur apporter la vérité. Juste qu’elles voient, d’un point de vue extérieur. Et qu’elles puissent en juger », précise-t-elle avant d’ajouter: « Ce film, je voulais le faire dans l’espoir d’aider…

« Je suis ordinaire », le court-métrage qui dépeint la glaçante réalité du viol conjugal

Laure Gautherin Laure Gautherin

Une jeune réalisatrice a choisi de traiter de l’effrayante « banalité » du viol conjugal dans une vidéo mettant en scène un couple dont l’homme va commettre l’irréparable sans se poser de questions. Un court-métrage à voir absolument !

Il représente 30% des cas de viols en France et pourtant, il est toujours tabou. Aujourd’hui encore, le viol conjugal, illégal depuis 1990, reste trop toléré et peu puni. Parce qu’il est difficile pour beaucoup de concevoir qu’un couple puisse avoir des relations sexuelles non consenties et parce que, de fait, les personnes qui en ont souffert osent encore moins porter plainte, ne sachant elles-mêmes pas si elles ont été victimes. Le dangereux concept de « devoir conjugal » a la dent dure et les plongent dans le silence, la honte et la peur. Parce qu’il faut en finir avec ce tabou et rappeler qu’un viol est un viol, qu’il soit commis par un inconnu, un proche ou un partenaire, quelle que soit la durée de la relation, Chloé Fontaine a décidé de s’attaquer à ce crime « banal » dans un court-métrage glaçant intitulé Je suis ordinaire.

« Ce thème fait partie d’un des nombreux thèmes que je souhaitais aborder depuis longtemps. J’attendais dans l’espoir que quelqu’un de plus talentueux que moi en parle, au travers d’une réalisation qu’elle soit cinématographique ou autre. Mais j’ai attendu, attendu, elle n’est jamais venue. Alors plutôt que de crier « zai zai zai zai », j’ai décidé de me retrousser les manches« , nous explique-t-elle. On y découvre un jeune couple, joué par la scénariste elle-même et un acteur, traînant au lit et se demandant quel film il pourrait bien regarder. L’homme propose Irréversible, de Gaspard Noé, avec Vincent Cassel et Monica Bellucci. « Oh non, pas celui-là, il me donne envie de vomir« , s’exclame sa petite-amie. En effet, le long-métrage a choqué plus d’un spectateur avec ses scènes de violence et notamment celle d’un viol. Un détail presque ironique quand on assiste à la suite de cet échange entre les deux amoureux.

Après quelques regards langoureux et des gestes tendres, lui commence à l’embrasser et lui fait comprendre qu’il aimerait faire l’amour. Sauf qu’elle ne veut pas et l’exprime clairement, à deux reprises : « j’ai pas envie ! » Il se vexe et remet directement ses sentiments en question : « Tu m’aimes plus c’est ça ? » Elle le rassure et tente de lui expliquer son refus mais lui ne l’écoute plus, il reprend, elle se tait, ne bouge plus, son regard perdu dans le vide. Elle n’est pas revenue sur son « non ». Prend-il son silence pour un « oui » ? Se pose-t-il au moins la question ? Il poursuit néanmoins et conclut. Après quelques secondes, le temps de reprendre son souffle, il balance, comme si rien ne s’était passé : « Bon, Irréversible ? » C’est bien le mot. Ce qu’il vient de commettre, sans en avoir visiblement conscience, est tout simplement un viol, et son acte ne pourra jamais être effacé. Ce que cette jeune femme a vécu, des milliers d’autres le subissent chaque année.

« J’ai l’impression que les femmes qui sont le plus touchées par le scénario sont reconnaissantes qu’enfin « on en parle ». Qu’on les déculpabilise aussi. Car je dis clairement que ce que je dépeins ici est un viol. Et surtout, elles se sentent moins seules. Moins on parle d’un problème, plus on se sent seul à en être victime. Et alors on doute de son statut de victime, car on ne sait même pas si c’est une agression. On n’a pas de comparatif. Un viol nous est toujours montré, dans les films, les campagnes de sensibilisation, les peintures, les livres, accompagné de violences physiques. C’est toujours le même schéma. Du coup, c’est à cela qu’on l’assimile. Et quand je dis « on », je veux dire autant les femmes que les hommes« , explique la plume derrière Je suis ordinaire qui entend s’adresser à travers ce court-métrage aux deux car leur prise de conscience est d’égale importance.
« J’aimerais dire aux femmes : exprimez-vous ! Osez dire « non » sans culpabiliser, sans vous sentir anormale, bizarre. Oui, vous avez une libido comme tout le monde. Il est normal d’éprouver du désir comme il est normal parfois d’en ressentir moins. N’en ayez pas honte. Affirmez le, affirmez-vous. Et je voudrais également que les hommes se rendent compte que parfois, sans le vouloir, ils brusquent la femme qu’ils aiment. Ils la forcent et souvent malgré eux ! Parce qu’ils n’écoutent pas. Ecoutez votre corps mais aussi celui de votre partenaire. Respectez vos désirs mutuels et je pense que cela peut influer très fortement sur l’épanouissement de chacun.« 

« Je m’aperçois que ce qui lie tous mes écrits, c’est le tabou. Le non-dit. Et je suis convaincue qu’en les mettant en lumière, on forcera les gens à les voir. Non plus à les regarder en passant, en détournant le regard. Mais à voir les choses, le monde, dans ce qu’il a de plus sordide, triste et cruel. Des choses qu’on ne voit pas car on en a simplement pas envie. Il y a des choses terribles qui existent dans notre société, dont on a conscience, mais qu’on occulte volontairement. Le fait de ne pas en parler les classent au rang de problèmes secondaires, de priorités relatives« , poursuit Chloé Fontaine. En plus du débat que pourra susciter son oeuvre et d’autres, il lui semble indispensable que l’éducation scolaire intervienne pour que les mentalités changent réellement. « Je pense qu’il faudrait parler davantage de sexualité à l’école. Et en parler bien. Accepter l’idée que les gens aient une sexualité, non plus à visée purement procréatrice mais par simple plaisir parfois. Ne pas les culpabiliser d’éprouver du désir, mais leur apprendre à le gérer, à le maîtriser. Puis apprendre aux jeunes à discuter entre eux librement de ce sujet, sans honte, en se respectant mutuellement.« 

Si vous êtes victime ou témoin d’un viol ou de violences, vous pouvez contacter le 3919, numéro de la Fédération nationale Solidarité Femmes (les appels sont anonymes et gratuits 7 jours sur 7, de 9h à 22h du lundi au vendredi et de 9h à 18h les samedi, dimanche et jours fériés) ou le numéro vert du Collectif Féministe Contre le Viol : 0800 05 95 95.

A lire aussi : Les délais de prescription des crimes sexuels enfin rallongés (mais pas tous)

«Je suis ordinaire», le court-métrage coup de poing sur le viol conjugal

Une soirée banale pour un couple comme les autres. Une petite soirée à deux, au lit, devant un bon film. Jusqu’à ce que l’un des deux ait envie d’initier une relation sexuelle. L’autre refuse, mais rien n’y fait. Après tout, elle « avait envie » la veille.

« Si rien ne vous choque, c’est que vous êtes l’un des deux », écrit Chloé Fontaine pour commenter son court-métrage indépendant, Je suis ordinaire, mis en ligne le 26 janvier. Un court-métrage dont le sujet est, vous l’aurez compris, le viol conjugal.

On y découvre un jeune couple, un homme, une femme. « J’ai pas envie, je t’ai dit », affirme-t-elle. « Qu’est-ce qui se passe? Tu m’aimes plus, c’est ça? », demande-t-il. Une question rhétorique puisqu’il n’entend pas, ou plutôt n’écoute pas la réponse de sa copine.

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https://player.vimeo.com/video/201125309

« C’est un viol? »

« Faire ce film est devenu une nécessité pour moi après avoir eu une conversation avec une amie, au sujet d’un garçon avec qui elle avait passé la nuit quelques jours auparavant », raconte Chloé Fontaine auprès du HuffPost. « Elle m’a dit: ‘Je n’en avais pas envie non, mais alors pas du tout. Mais je ne voyais pas d’autre moyen pour qu’il me laisse tranquille alors…' » Alors on devine la suite. La réalisatrice et actrice de ce film entend également une autre amie s’interroger: « non je voulais pas, mais je sais pas si c’est un viol du coup? Je pense pas quand même ». « Et là je me suis dit qu’il y avait un problème. Réel. J’ai commencé à faire des recherches sur internet. Je suis tombée sur des témoignages poignants de jeunes (ou moins jeunes) filles qui se posaient les mêmes questions », poursuit-elle.

Elle espère, avec ce film de moins de deux minutes, apporter des éléments de réponse à tous celles et ceux qui se questionnent sur ce qu’est un « vrai viol ». « Je ne prétends pas leur apporter la vérité. Juste qu’elles voient, d’un point de vue extérieur. Et qu’elles puissent en juger », précise-t-elle avant d’ajouter: « Ce film, je voulais le faire dans l’espoir d’aider quelques-unes de ces filles à y voir plus clair. Quelques-uns de ces garçons à réfléchir sur leurs actes passés, influer sur leurs actes futurs. »

En compétition pour le Nikon Film Festival, dont les résultats sont dévoilés le 24 février, ce film a déjà été visionné plus de 62 000 fois sur la plateforme Vimeo.

« Ça n’arrive pas que dans les ruelles sombres, la nuit »

Pour son premier film, la réalisatrice française de 25 ans a choisi de s’attaquer à un sujet de plus en plus décortiqué dans les médias, celui des mythes qui perdurent autour des violences sexuelles, ou encore la culture du viol.

« Le viol est quelque chose de plus courant que l’on ne croit. Ça n’arrive pas que dans les ruelles sombres, la nuit, lorsque l’on marche toute seule parce qu’on a raté le dernier métro pour rentrer chez soi. Attention, je ne dis pas que ça n’arrive pas. Je dis que c’est un pourcentage minime sur la globalité des viols commis en France », explique-t-elle.

Et elle a raison: trois femmes sur quatre ayant subi une forme d’agression sexuelle au cours de leur vie, l’ont vécu au sein de l’espace privé (famille, proches, conjoints et ex-conjoints, petits amis), selon l’enquête « Virage » publiée par l’Ined en novembre 2016. 94% des agresseurs sont des proches, d’après une enquête de l’association Mémoire Traumatique et Victimologie, avec le soutien de l’UNICEF France, datant de 2015. À l’âge adulte, selon celle-ci, un viol sur deux serait un viol conjugal.

« Il y a des viols qui sont ‘admis’, qui sont ‘tolérés’, qui sont dédramatisés, voire décrédibilisés », poursuit Chloé Fontaine. « Les gens ne peuvent pas croire qu’un mari puisse violer sa femme. »

Yana Mazurkevich
9 photos troublantes qui capturent la violence des agressions sexuelles
En réponse à cette « erreur judiciaire », comme la qualifie l’étudiante Mazurkevich Yana, la jeune femme de 20 a décidé de créer la séré d’images que vous pouvez voir ci-dessous. Le projet nommé It Happened a été réalisé pour sensibiliser les gens à l’agression sexuelle. Selon Yana, les gens doivent comprendre que de se faire agresser peut arriver à n’importe qui et n’importe où.

Viol conjugal : 30% des viols commis en France. Un court-métrage expose « l’ordinaire ».

Si les préjugés sur les circonstances d’un viol perdurent, continuant de se concentrer sur l’image de l’inconnu prédateur tapis dans une ruelle sombre, la réalité est souvent bien plus banale. Alors que la majorité des viols en France sont perpétrés par une personne connue de la victime, un court-métrage finement réalisé revient sur ce crime qui prend parfois place au sein même du foyer.

Des images pour dénoncer un crime tristement banal

Le sujet est hautement délicat, et trouve encore difficilement sa place dans les colonnes des journaux en dépit de sa banalité. Pourtant, le viol conjugal continue d’exister en France aujourd’hui. Reconnu par la loi seulement depuis 1990, et circonstance aggravante depuis 2006, le viol conjugal (perpétré par le mari ou le compagnon de la victime) constituerait 30% des viols commis en France. Un crime qui est souvent passé sous silence par les victimes et difficilement quantifiable. C’est ce que Chloé Fontaine a voulu évoquer dans son court-métrage indépendant intitulé « Je suis ordinaire ».

La question n’a pas été évidente à approcher et il a fallu éviter les écueils : « L’idée d’aborder ce thème me trottait dans la tête depuis quelques temps déjà, au départ sous la forme d’une chronique plutôt cynique comme je peux les faire sur mon blog. Cependant, je me suis vite retrouvée face à une difficulté majeure : comment aborder le sujet pour que ça interpelle le plus grand nombre ? Je ne voulais pas d’un discours moralisateur ayant pour message « ne faites pas ça chez vous », et l’usage d’un ton cynique voire ironique à visée provocatrice me paraissait complètement inapproprié ici. Je voulais justement dénoncer cette banalisation du viol conjugal. Ça me désole de devoir apposer ces deux termes côte à côte mais pourtant, c’est le cas. Je voulais que les gens voient comment cela se passe, vraiment », nous dit la jeune co-réalisatrice.

Et l’effet est plutôt réussi, les deux minutes de film suffisent en effet à poser un décor et des personnages auxquels il est facile de s’identifier. Ici, tout est fait pour montrer que le viol conjugal ne concerne pas un type de personnes en particulier, mais peut bien avoir lieu à n’importe quel moment entre deux personnes, mais où l’une décide cruellement que l’autre n’a plus son mot à dire, n’a plus sa liberté. Au travers de cette scène, Chloé Fontaine voulait interroger la « normalité » de certaines situations qui n’ont rien d’anodines. Comme elle le dit, Il s’agissait alors de montrer « un homme et une femme ordinaires confrontés à une situation qui est malheureusement “ordinaire“, pour bon nombre de français. Quelque chose qu’on ne note même plus. Quelque chose que l’on subit sans même avoir conscience de notre rôle de victime, ou d’agresseur. Quelque chose d’inhérent à notre sexualité. Une sorte d’habitude qu’on aurait prise et qui nous a amenés un jour à nous dire “bon, du coup ça doit être normal“.»

Extrait de « Les Crocodiles » (éd. Le Lombard) par Thomas Mathieu

Le viol en France : entre peurs et réalité

Au travers de ce court-métrage, c’est tout le débat autour de la nature des violeurs et des victimes qui refait surface. Un thème qu’il est encore aujourd’hui très important d’exposer, étant donné que le viol est toujours entouré d’idées reçues et de sombres préjugés très éloignés de la réalité. Alors qu’il est facile d’imaginer le profil-type du violeur comme étant celui d’un inconnu sujet à une pathologie qui attaquerait les femmes au détour d’une ruelle sombre, les faits et témoignages racontent une réalité toute autre. En France, 83% des femmes victimes d’un viol connaissaient leur agresseur. Parfois, leur bourreau n’était autre que leur conjoint ou un membre de la famille — il s’agit d’ailleurs de la majorité des cas.

Le nombre de plaintes, également, ne peut être tenu comme représentatif du nombre de victimes d’agressions sexuelles. Dans le cas d’un viol, on estime que seulement 10% des victimes oseront aller porter plainte, la plupart craignant les représailles de leur agresseur, ou encore le regard et le jugement de leur entourage, quand il ne s’agit pas directement d’un manque de confiance en les forces de l’ordre, encore aujourd’hui rarement bien formées pour faire face aux victimes de ces agressions. S’entendre demander comment elles étaient habillées le jour de l’agression reste par exemple une expérience hautement humiliante pour les personnes violées, et témoigne d’aprioris patriarcaux qui continuent de blâmer les victimes pour les actes inhumains de leurs agresseurs. Dans le cas d’un viol conjugal, le taux de plaintes déposées tombe à 2%.

Lorsqu’on lui parle de « devoir conjugal », Chloé Fontaine nous dit que ça lui « hérisse le poil », et enchaîne : « Le but de “Je suis Ordinaire“ est de mettre fin à ces discours abjects qui sont pourtant monnaie courante, visant à dédramatiser voire à décrédibiliser le crime sous prétexte qu’il y ait une institution légitimant le couple. Les gens peuvent dire “Son mari l’a violée ? Vraiment ? Mais comment est-ce possible ?“ Eh bien, regardez. Voilà comment ça se passe. J’aimerais aussi que ce film ait un impact sur les hommes qui pourraient le voir. L’idée n’était pas de faire un film « à charge », mais de faire un film qui interroge. Qui amène la discussion, le débat. »

Le film

https://player.vimeo.com/video/201125309

Pour parler avec un spécialiste, il existe le numéro de la Fédération nationale Solidarité femmes (FNSF), le 3919 ainsi que le numéro vert du Collectif Féministe Contre le Viol : 0800 05 95 95.

En complément, consulter l’article : « 7 raisons pour lesquelles tant d’hommes ne comprennent pas le consentement sexuel. »

Un reportage d’Alice Gauvin et de Julien Ababsa avec les dessins de Pénélope Bagieu, qui sera diffusé jeudi 2 mars sur France 2. Lors d’un nouveau numéro du magazine Envoyé Spécial.

C’est un drame de l’intime qui se déroule dans le huis clos des chambres à coucher : 37% des viols sont commis au sein même du couple. Le viol conjugal est un crime aussi banal que tabou. Difficile à nommer pour les victimes, difficile à admettre pour une société où subsiste encore souvent l’idée du devoir conjugal.

Envoyé Spécial a suivi deux femmes qui ont osé braver le silence.

Pendant 4 jours, l’ancien compagnon de Vanessa et Nadège est jugé devant les Assises de Nanterre. C’est la première fois qu’un homme est poursuivi pour viol conjugal sur plusieurs de ses anciennes compagnes. Des faits qu’il nie avoir commis. Dans ce « parole contre parole », qui les jurés croiront-ils ?

#France 2

Viol conjugal : peu de femmes portent plainte

Viol conjugal : peu de femmes portent plainte
@ Max PPP

DÉCRYPTAGE – Samia assiste depuis mardi au procès de son ex-mari. Mais au nom du devoir conjugal, peu de femmes font comme elle.

C’est un procès rarissime qui s’est ouvert devant les assises du Val-de-Marne. Un homme est jugé depuis mardi pour le viol de son ex-femme, qui était sa conjointe au moment des faits. Les procès pour viol conjugal sont en effet très rares en France. Au nom du devoir conjugal, peu de femmes osent porter plainte. Et lorsqu’elles le font, les faits sont parfois difficiles à établir. On vous explique pourquoi.

>> A lire – Viol conjugal : une femme attaque son ex-mari

Que dit la loi ? La loi française en matière de viol est très complète. L’article L.222-23 du Code pénal indique : « tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise est un viol. Le viol est puni de quinze ans de réclusion criminelle. » La fellation, le coït ou encore la sodomie se caractérisent comme des pénétrations sexuelles, qui, si elles ne sont pas consenties, sont considérées comme un viol, et donc comme un crime. On parle toutefois d’agression sexuelle lorsque la fellation est pratiquée par l’agresseur sur la victime.

Que disent les chiffres des plaintes ? Selon les statistiques de l’Observatoire national de la délinquance et des répressions pénales (ONDRP), 465 plaintes ont été déposées pour viol conjugal en 2011. Ce type de plainte représente ainsi 31 % de l’ensemble des plaintes pour viol recensées en 2011. Sans surprise, les femmes sont principalement touchées par ce phénomène. 419 des 465 viols conjugaux enregistrés ont été subis par une femme, 46 par un homme. Autrement dit, 90% des plaintes déposées pour viol conjugal concernent des femmes. « Les viols conjugaux dont sont victimes les femmes en particulier sont en hausse constante chaque année », note le rapport de l’ONDRP rendu en 2012. Les plaintes déposées en 2011 ont en effet augmenté de 23 % par rapport à l’année précédente.



Et en réalité ? « Plus de 75.000 femmes sont violées chaque année en France », selon la campagne « Viol, la honte doit changer de camp », lancée en 2011 par plusieurs associations. Le rapport de l’Observatoire national de la délinquance et des répressions pénales fait pourtant état de 1.761 plaintes pour viol en 2011, soit près 43 fois moins. Un écart que les spécialistes appellent le « chiffre noir » du viol, indique Slate. Cette différence entre le nombre réel et le nombre de plaintes est établi à l’aide d’un « double système statistique pérenne permettant de mieux appréhender la réalité criminelle », écrit le directeur de l’ONDRP Christophe Soullez.

« Les femmes ont dû mal à s’exprimer ». Une méthode qui s’applique également pour les plaintes des victimes de viol conjugal, où les faits sont d’autant plus difficiles à établir. « Ce n’est souvent qu’après plusieurs mois que les femmes vont révéler ces violences sexuelles, parce qu’elles ont honte, qu’elles se sentent coupables. Elles ont aussi intériorisé la question du devoir conjugal. Donc il faut tout un travail de reconstruction et de révélation après les violences  psychologiques et physiques pour qu’elles décrivent aussi les violences sexuelles qu’elles ont subies. Ça reste les dernières violences sur lesquelles les femmes ont du mal à s’exprimer », commente Françoise Brié, porte-parole du réseau « Solidarités Femmes », interrogée par Europe 1.

Une femme violée doit en effet faire l’objet d’une expertise médicale. Plus la victime met du temps à se déclarer, plus il est difficile d’établir les faits. François Vrié conseille donc aux victimes à se manifester au plus vite et incite les services de police à prendre au sérieux les déclarations des plaignantes. « C’est important, au niveau des services de police, que ces plaintes soient prises avec beaucoup d’attention et que ce ne soit pas renvoyé sur la question du devoir conjugal. C’est vrai que de temps c’est ce qu’on entend : que ce n’est pas grave puisque c’était avec le mari. Non, un viol conjugal, c’est très grave. Il faut absolument comprendre qu’avoir des relations sexuelles imposées, c’est un viol », conclut-elle.

J’ai été victime de viol conjugal — Témoignage

Cette madmoiZelle a été violée par son compagnon, de façon répétée. C’était sa première confrontation au sexe, et il lui a fallu du temps pour prendre conscience du fait qu’elle n’avait pas à subir ça.

J’ai été victime de viol conjugal — Témoignage

Le viol conjugal, ça reste un tabou. Le viol est déjà tabou en lui-même. On n’en parle pas, ou si peu, en baissant la voix… Pourtant, des femmes (et des hommes) violé-e-s, on en croise tous les jours.

Je suis toujours choquée d’entendre autant de « Tu sais, moi aussi… » quand je raconte mon histoire, quand je casse la barrière de « la victime digne », celle qui se fait oublier. Moi aussi, ça m’est arrivé. Moi aussi, j’ai un-e ami-e, ou plusieurs, qui ont vécu ça.

Mais le viol conjugal gagne des sommets en la matière. Il est invisible, et il reste nié par beaucoup. Pour exemple, Bruno Gollnisch (du FN, vous savez le premier parti de France aux dernières élections ? ), qui a cru bon de déclarer en 2011 :

« Quand je faisais mon droit, il n’y avait pas de viol entre époux. On en était resté à la sagesse traditionnelle selon laquelle le mariage comportait en principe, comme l’avait déclaré un sociologue, une exclusivité donnée par chaque époux à l’autre sur son corps.

(…) il est beaucoup plus grave (et plus lourdement condamné) pour un homme de « violer » sa femme dans le lit conjugal où elle est entrée volontairement que de violer la femme d’un autre, inconnue agressée dans un parking ou un chemin sombre. On croit rêver… »

Je ne prendrai pas la peine de démontrer point par point l’absurdité et la violence de ce commentaire, parfait produit de la culture du viol.

Mais en tant que victime de violence, et en tant qu’amie de victimes de violences, je me dis que plus je serai silencieuse, plus certains s’octroieront le droit de faire ce genre de déclaration. Le genre qui dit aux victimes qu’elles sont deux fois coupables : coupables d’avoir été là au mauvais moment, et coupables de se plaindre.

Qu’elles souffrent en silence ; leurs douleurs n’existent pas, leurs intégrités n’existent plus. Qu’elles crèvent en silence : elles ne sont pas complètement humaines, puisqu’on peut nier leurs paroles, leurs volontés et leurs corps.

Et pour ma part, j’aimerais qu’on arrête deux minutes de nous insulter ainsi. C’est bien trop facile : on ne nous voit jamais. Facile de cracher sur une masse anonyme, facile même de laisser entendre qu’il y a pas de victimes finalement.

Je vais enlever mon masque, et je vais vous raconter comment j’ai vécu la survie à un viol conjugal. En anglais, pour désigner une victime de viol, on utilise le terme de « survivor ». Ça valorise la force qu’a eu la victime pour continuer à vivre, plutôt que de souligner le fait qu’elle a subi quelque chose. Et ça mérite d’être souligné, parce que c’est ça le plus important : nous avons survécu.

Nous avons gagné.

Une relation toxique

Je vais contextualiser le plus simplement possible : je suis restée deux ans avec mon violeur. Notre première fois, ma première fois, a été un viol : j’ai dit non, et il m’a forcée. Mais je n’ai pas été en mesure de l’identifier ainsi à l’époque. J’ai cru que c’était ça, la norme. Contraindre.

Nous avons eu par la suite des relations régulières. Je n’ai plus dit « Non ». Mais étant donné que notre relation était basée sur l’idée que je devrais de toute façon céder, que je le veuille réellement ou non, je ne suis pas sûre qu’on puisse parler de relations consenties. Même si j’en avais envie, souvent. Même si j’y ai pris du plaisir, parfois. Parce que c’était bien le problème : que j’aie mal ou je prenne du plaisir, que j’en aie envie ou non et que je sois d’accord ou non, c’était au final anecdotique.

L’ensemble de notre relation était très toxique, mais j’étais aveugle : il y avait des bons moments, et c’est tout ce que je voyais. Je le sentais très attaché à moi, très possessif, et j’ai cru que c’était ça l’amour. Que ça pouvait tout justifier.

Mais en deux ans, j’ai commencé à me rapprocher des milieux féministes (via madmoiZelle, d’ailleurs), et à réfléchir à la notion de viol et de consentement. Par ailleurs notre relation a décliné, et les bons moments se sont fait rares.

Est arrivé le moment où je n’avais plus du tout envie de lui. Je ne voulais pas, ou plus, « faire d’efforts ». Qu’il me touche me dégoûtait. Et j’ai dit non, à nouveau, comme la première fois.

Je ne raconterai pas l’acte en lui-même, parce que c’est juste un fait sordide, et que vous pouvez très bien l’imaginer sans mon aide.

Je serais tentée de me justifier. De dire que j’ai vraiment essayé de m’opposer, que j’ai insisté, que je l’ai repoussé… mais ça n’a servi à rien, et je suis finalement restée figée, à regarder le plafond, avec l’impression d’être une poupée de chiffons. Une poupée glacée, sans sensations ni émotions.

Mais au final, s’il y a bien une morale dans cette histoire, c’est celle ça : j’ai dit non, et ça aurait dû être suffisant. Je n’ai pas à me justifier. Je n’ai pas été faible, j’ai fait de mon mieux. Mon mieux n’était juste pas suffisant dans cette situation.

Cette fois a été la fois de trop. Ce n’était pas le premier viol, finalement, mais c’est le premier que j’ai vécu comme tel.

Tout de suite après, il y a eu le déni pur et simple.

Je crois que je serais devenue folle sans. Mon esprit s’est automatiquement débranché, et a rejeté en bloc les souvenirs, pour n’en laisser que quelques images désincarnées.

Il y avait juste quelques mots qui tournait dans ma tête : plus jamais. Plus jamais ça.

Mon violeur est parti au matin, comme d’habitude. Je l’ai appelé quelques jours après, et je lui ai dit que je le quittais. Je sentais confusément qu’il fallait à n’importe quel prix que j’empêche cet événement de se reproduire une fois de plus. J’y aurais laissé ma santé mentale, sinon ma vie.

J’ai donc sorti cet homme de ma vie. Puis j’ai tout mis dans un coin, et j’ai décidé que j’allais continuer de vivre, coûte que coûte. Ce n’était pas du courage, c’était juste la conscience que si je m’arrêtais pour reprendre mon souffle, je ne serais pas forcément capable de repartir ensuite.

Je voulais toujours vivre. Alors j’ai continué à sortir, à étudier, à danser, à lire et à rire – plus que jamais, même avec cette impression tenace d’être morte à l’intérieur, un goût de cendres dans la bouche.

La prise de conscience

Mais les souvenirs sont vite revenus.

La première fois que j’ai couché avec un autre homme, quinze jours après avoir quitté mon violeur, ça a été une grande révélation Alors c’était ça le sexe. Ce n’était pas la peur, le malaise. On pouvait choisir. On pouvait être respectée. L’autre n’est pas obligé de vous faire plier, l’autre peut très bien entendre votre « non ».

J’ai réalisé tout ça, sans mettre de mots, juste des sensations. J’ai fait une crise d’angoisse entre ses bras. Et c’est lui qui a formulé le problème : « Tu sais, j’ai eu une amie, elle faisait des crises d’angoisses parfois après le sexe. Elle avait été violée ».

J’ai eu un gros débat avec moi-même : était-ce un viol ?

J’avais toujours cette idée qu’une victime de viol se faisait forcément passer à tabac, qu’elle avait lutté de toutes ces forces. J’étais bien moins à plaindre que les personnes terrorisées, celles qui ont attendu que ça passe en tremblant pour leurs vies.

Ça n’était pas mon cas. Mes viols étaient sans réelle violence physique. Ils étaient enrobés de tendresse et de douceur. Mais on peut agresser quelqu’un en lui chuchotant des mots doux en même temps : ça n’a rien d’incompatible. C’est de la manipulation psychologique : on perturbe suffisamment quelqu’un pour qu’il ne fasse plus la part des choses entre ce qui est normal et ce qui ne l’est pas, pour qu’il associe naturellement viol et amour.

Et c’est pour ça que je lui en veux le plus, c’est ça qui est le plus terrible, à mes yeux, dans le viol conjugal – faire croire qu’on peut agresser les gens par amour, qu’un viol est une preuve d’affection. Six mois après l’avoir quitté, j’ai toujours peur quand on me touche avec tendresse. Je me demande ce que ça cache. Je me demande quand et à quel point l’homme avec qui je suis me le fera payer.

La survie

Suite à cela, il a fallu faire face à cette réalité : j’avais été violée.

Il y a d’abord eu la réaction physique. Mon esprit s’était arrêté de tourner et mon corps entier s’est révolté. C’était comme avoir de la fièvre, c’était comme délirer et sentir son corps se déliter.

Ça a été des semaines noires : difficile de gérer au jour le jour une carcasse qui se laisse mourir. Impossible de manger normalement, rien ne passait. Impossible de dormir puisque mon cerveau tournait à vide, incapable de lâcher prise. Je regardais le plafond toutes les nuits, je sombrais dans des léthargies de deux heures, et je me levais, épuisée.

J’ai regardé mon corps se détériorer, et je crois que c’était comme une maladie : il faut d’abord souffrir un bon coup avant d’aller mieux. J’ai regardé mon corps fondre, les os de mes côtes et de mes hanches se dessiner avec de plus en plus de netteté. Ce n’était plus le même corps que celui qui avait subi le viol. J’avais, d’une certaine façon, réussi à faire disparaître l’ancien.

Ça a aussi été une période de violentes crises d’angoisses. Mon corps hurlait, mon esprit expiait… trop de terreur pour une seule personne. Et ça a été une période où je me suis auto-mutilée. Faire souffrir mon corps était, à mes yeux, le meilleur moyen de me prouver qu’il m’appartenait toujours.

Je pouvais « choisir » la souffrance, et non plus la subir par le biais d’autrui. Et puis quelques égratignures face à toute cette douleur… c’était dérisoire. C’était aussi l’expression d’une honte. Je me « marquais » comme on signale un objet cassé.

J’ai également couché avec pas mal de gens à cette période. Certaines fois ont été sans désir, si ce n’est celui de me prouver que c’était mon corps, et que je le partageais avec le premier venu si ça me chantait.

Mais il y a eu des belles rencontres, de très belles fois. Cette période de sexe effréné m’a permis de découvrir le plaisir, le partage, le respect et l’écoute, et je pense sincèrement que c’est ce qui m’a sauvée.

La perception du viol (conjugal) par la société

J’en ai parlé autour de moi, très peu au début, et un peu plus par la suite.

Certains amies n’ont pas eu envie de l’entendre. Elles ont été là, elles ont essayé de me changer les idées, elles m’ont fait rire et elle m’ont entourée d’énormément d’amour. Mais le sujet du viol en lui-même a été soigneusement évité, ou remis en cause. L’idée que je m’étais laissée faire, que j’avais fait preuve de faiblesse en n’étant pas capable de me défendre davantage est revenue dans plusieurs bouches.

Et j’ai dû me battre pour qu’elles comprennent, parce que la plupart ont entendu mes mots mais n’ont pas identifié les actes comme étant un viol. Les euphémismes ont fait surface : elles disaient « il a dérapé », « il a forcé » ou « il a abusé ».

Les euphémismes, c’était un bon moyen d’ignorer l’éléphant dans la pièce, parce que c’était trop effrayant pour elles comme pour moi de regarder ces horreurs en face. Je peux difficilement leur en vouloir : je crois qu’elles n’étaient tout simplement pas aptes à gérer ce genre d’informations, et qu’elles ont essayé de faire au mieux, prises entre leurs propres angoisses et dénis, et ma douleur.

J’ai vu une différence de réaction entre les filles et les garçons. Les trois garçons auxquels j’en ai parlé ont fait preuve de beaucoup plus de recul, de sobriété. Ils m’ont crue sans rien remettre en cause. Je crois que c’est parce que ça restait un domaine inconnu pour eux.

Les filles ont été plus dures, et c’était terrible d’une certaine façon. Je crois que pour elles, le risque de viol était tout naturellement inhérent à notre statut de femmes, qu’à partir du moment où on sort, ou on voit des mecs, on se met en jeu. Les filles ont été plus brusques dans leurs mots : c’était arrivé mais ce n’était pas si grave, ça arrivait et il ne fallait pas s’y arrêter…

Mais ce genre de raisonnement, c’est faire l’autruche ; c’est nier le fait qu’un viol n’est pas un acte ordinaire. C’est abominable, et ça ne devrait pas arriver.

Notre culture éduque les petites filles pour qu’elles comprennent que leurs corps ne leur appartiennent pas, que leurs corps sont à la disposition de n’importe quel homme leur montrant une once d’humanité. Des hommes que j’ai aimés et en lesquels j’avais confiance m’ont fait comprendre que mon corps ne m’appartient pas.

Un autre fait intéressant à noter, c’est que je me suis toujours consolée avec des livres et des chansons. Mais cette fois-ci les livres et les chansons n’ont rien pu pour moi. Parce que le viol, son introspection et le point de vue des victimes, ce sont de grands invisibles. Il faut croire que les victimes se débrouillent seules pour s’en remettre : il n’y a pas de mentor, pas de représentations, de possibilité d’identification ou de comparaison.

Le seul texte que j’ai trouvé vraiment pertinent sur le sujet a été King Kong théorie de Virginie Despentes. Il a été fondateur pour moi. Quelqu’un mettait des mots, enfin. Enfin je n’étais plus seule. Et ce sont des mots qui valorisent nos forces, qui analysent les mécanismes sociaux menant au viol, des mots qui racontent ce qu’on ressent quand on doit vivre avec ça. Des mots en colère. Comme c’est libérateur, d’être en colère !

Je me suis aussi rapprochée des milieux féministes sur Tumblr et sur les blogs. Mon côté Hermione est ressortie à ce moment-là. Il fallait absolument que je comprenne ce viol. Il fallait que j’analyse, que je décortique et que je comprenne les rouages psychologiques qui amènent ce geste. Il fallait que j’inscrive cet événement dans un contexte sociologique global.

Je peux dire que les réseaux féministes m’ont énormément aidée. Ils m’ont proposé beaucoup de réflexions et d’analyses sur le sujet. Ils m’ont permis de comprendre que oui, c’était bien un viol, que j’avais le droit d’en souffrir. Que c’était lui le monstre, pas moi. Ils m’ont permis de comprendre tout les ressorts qui permettaient à ce genre de chose d’arriver : la culture du viol, la victime digne, le slut-shaming, le victim-blaming

J’y ai trouvé beaucoup de soutien finalement, beaucoup de bienveillance. Des gens qui veulent une société meilleure, mais qui n’oublient jamais qu’il y a des vrais être humains derrière tout ça, des gens qui souffrent pour de bon.

Vers la reconstruction

Maintenant, ça fait six mois que je l’ai quitté. Il y a des jours noirs, des jours où j’y pense tout le temps, des flash-backs et une angoisse diffuse, oppressante, comme de l’eau dans mes poumons.

Je n’arrive toujours pas à effacer cette idée tenace que j’ai dû le mériter, que c’est ma faute. Je n’ai pas encore fini de me laver de la honte et du sentiment du culpabilité. Je fais toujours des cauchemars, et j’ai toujours peur, beaucoup trop souvent. J’ai des réactions que je ne comprends pas et je me sens rarement en paix, en sécurité.

Moi qui ai toujours été légère, à tomber amoureuse au bout de deux jours, à faire confiance à tout le monde, je suis devenue beaucoup plus distante, froide et méfiante. Et ce n’est pas moi, cette personne.

J’ose espérer que je retrouverai cette facilité à aimer et à compatir, parce que c’était ce qu’il y avait de meilleur en moi. J’ose espérer qu’il a réussi à me prendre mon corps, mais pas mon intégrité, pas mon esprit.

Ce qui est compliqué également, c’est que cette expérience coupe des autres. J’ai parfois l’impression d’évoluer dans une autre réalité. Il y a tellement d’horreurs dans ma tête, mais les autres ne le savent pas, et je ne peux pas leur dire. Pendant qu’ils parlent de la météo, de la dernière soirée ou d’un épisode de série, moi j’ai mes souvenirs qui prennent toute la place. La violence, ça isole terriblement. Il y a plein de choses que j’aimais avant, et qui me semblent maintenant un peu creuses.

Je suis pas guérie, mais je continue à avancer. J’ai des millions de projets d’avenirs : des pays où voyager, des projets professionnels, des festivals où danser, des films à voir, des livres à lire et des gens à aimer. Je suis entourée de belles personnes. Et je suis vivante. Plus que tout le reste, c’est ça l’important.

Il aurait pu me briser pour de bon, comme un gamin casse son jouet. Mais je suis vivante, en bonne santé physique et mentale, et c’est un putain de miracle. J’y pense chaque jour. Chaque jour est un jour gagné. Et le plus beau, c’est que je me suis relevée toute seule, j’ai été la maîtresse de mon destin. J’ai décidé.

« L’important n’est pas ce qu’on fait de nous, mais ce que nous faisons nous-mêmes de ce qu’on a fait de nous. » écrivait Sartre. Je suis en vie, et j’entends profiter de chaque jour, parce que chaque jour est miraculeux, et je suis la créatrice de mon propre miracle.

Je ne blâme certainement pas celles qui n’ont pas supporté le choc, celles qui ne peuvent plus vivre, au sens propre ou au figuré. Ce ne sont pas elles qui sont faibles, c’est cette société qui est malade. Et je pense à elles, très fort, où qu’elles soient et qui qu’elles soient. Je sais qu’il y a eu des pertes, et je pleure cette horreur, je pleure les pertes silencieuses.

J’ai compris que je récupérerais jamais ce qu’il m’a volé. Mais je peux vivre avec cette perte-là. C’est juste un deuil à faire. Je sais que je finirai par y arriver. Parce que tout guérit, mais une fracture ouverte met forcément plus de temps à guérir qu’une ecchymose.

Simplement, j’aurais aimé ne jamais avoir à me remettre d’un truc pareil.

Il faut que ça change

J’aimerais que cette mauvaise expérience serve. Si elle peut réveiller quelques consciences engourdies, elle aura eu le mérite de ne pas être inutile.

Le viol conjugal touche une victime de viol sur deux. Il serait temps qu’on en parle. Il serait temps que les représentations évoluent. Par exemple, que les séries télé cessent de nous montrer une relation abusive comme une belle histoire d’amour (coucou Game of Thrones et la relation entre Drogo et Daenerys).

Réfléchir au viol conjugal, c’est réfléchir à la notion de consentement. Et c’est rappeler que le consentement, c’est quelque chose de sobre, de volontaire, permanent et non forcé. Tout le reste, c’est du viol.

Je n’en peux plus d’entendre des « Mais c’est pas un viol s’ils sont ensemble ! ». À chaque fois, on me balance en pleine figure que ce que mon ex a fait, c’était normal. Et je ne veux plus entendre qu’un viol, quel que soit le contexte, c’est normal.

Mon violeur ne sait pas qu’il est un violeur. Ou plutôt, je pense qu’il ne veut pas le savoir. Parce que les violeurs s’arrangent très bien avec leurs consciences : ce n’était pas un viol, juste une fille dont on est venu à bout des résistances. Mon violeur estime sans doute qu’il a agi par amour, parce qu’il confond désir personnel et amour. Parce que la société lui a enseigné que les femmes sont passives, et que leurs « non » ne sont pas des vrais « non ».

Si un soir votre copine ne veut pas et que vous insistez encore et encore, que vous lui faites du chantage, que vous avez recours à la manipulation émotionnelle ou à la violence physique, c’est du viol. Si d’une façon ou d’une autre vous ne lui donnez pas le droit de refuser, ce n’est pas du sexe. C’est du viol.

Vous êtes un violeur. Et maintenant, vous le savez, vous n’avez plus d’excuse. N’écoutez pas cette société qui vous dit que c’est plus grave d’être frustré que de violer. Je vous en prie, ne violez pas, ne violez plus.

Je suis un homme victime de viol conjugal — Témoignage

Doug a été victime de viol conjugal, une réalité encore tabou tant certains stéréotypes sur les hommes sont forts.

Je suis un homme victime de viol conjugal — Témoignage

Un début est toujours un moment important, à ne pas négliger, et je me suis longuement demandé comment entamer ce témoignage. J’ai finalement choisi cette simple phrase :

« J’ai été violé. »

Il m’a fallu longtemps pour le savoir, le comprendre, l’admettre. Parce que je suis un homme. Parce que la coupable était une femme. Parce qu’il n’y a pas eu de violence physique. Parce que nous avons vécu une longue histoire ensemble et qu’elle était ma compagne.

Parce qu’on dit qu’un homme a toujours envie.

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Quand l’envie de sexe disparaît

C’est cette phrase qui a tout déclenché. Nous étions jeunes, j’avais 22 ans, elle 19, nous avions l’insouciance et la sexualité débridée qui vont avec ; nous avions ce petit rituel qui consistait à nous sauter dessus sous la douche pour terminer, à peine séchés, sur le canapé, le lit ou le sol.

Et après six mois, le drame. Malgré les baisers tendres et les câlins, un jour l’envie ne venait pas. Lassitude d’une routine, manque de sommeil, soucis professionnels… Je me rends compte en écrivant ces mots que je n’ai pas encore abordé le problème que je cherche déjà à me justifier, comme si j’étais fautif.

Alors peu importe.

J’ai gentiment expliqué à ma compagne que je n’étais pas d’humeur. Ce furent des cris, des larmes, des récriminations. Je ne l’aimais plus, je me cherchais des excuses pour ne plus coucher avec elle parce que je la trouvais trop moche et grosse.

marissa newport beach

J’ai alors tenté de lui expliquer que ça n’avait rien à voir, que je n’étais simplement pas dans le bon état d’esprit, pas d’humeur, qu’elle n’avait rien à se reprocher.

Vint l’argument massue :

« Mais c’est pas possible, un mec ça a toujours envie ! Et si tu m’aimais vraiment tu banderais rien qu’en me voyant nue ! »

J’ai donc essayé de lui dire. Que non, un homme n’a pas envie 24/24h. Que non, aimer une femme ne veut pas dire bander juste en voyant son décolleté. Que oui, parfois j’avais envie d’autre chose que de m’envoyer en l’air.

Non, un homme n’a pas envie 24h/24.

Mais elle ne m’écoutait déjà plus, elle en était à crier qu’elle allait se suicider parce que je ne l’aimais plus et n’avais plus envie d’elle.Je l’ai alors prise dans mes bras pour la calmer, la rassurer. Et au milieu de ses pleurs, elle a commencé à m’embrasser, me caresser, à placer sa main sur mon entrejambe. Réflexe naturel, j’ai eu une érection. Elle m’a enjambé, introduit en elle.

Et pendant tout l’acte, je me suis demandé ce que je faisais. Je n’en avais pas envie, je n’étais pas excité, je ne VOULAIS pas faire ça, et surtout pas comme ça. Pour la première fois de ma vie, nos sécrétions me paraissaient dégoûtantes, je me sentais atrocement sale.

J’ai essayé de relativiser. C’était ma compagne, je l’aimais, je la savais un peu fragile psychologiquement. J’ai même fini par me convaincre qu’il n’y avait rien eu là d’autre qu’une relation entre adultes consentants et que j’aurais dû avoir honte de moi rien que pour m’être senti mal à l’aise.

D’après L’Express,

« En 2009-2010, 280 000 hommes âgés de 18 à 75 ans auraient subi au moins un acte de violence physique ou sexuelle au sein de leur ménage, selon un rapport de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP). S’ils sont beaucoup moins nombreux que les femmes (663 000, selon la même étude), les hommes battus ne sont pas très bien identifiés : ce n’est que depuis 2007 que l’ONDRP les prend en compte dans ses enquêtes sur les violences conjugales. »

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Le « devoir conjugal » frappe les hommes aussi

Mais les choses ne se sont pas arrangées par la suite. Mon désir pour elle s’est émoussé à l’aune de cette fois-là, contrairement au sien ; chaque fois que je repoussais ses avances, le même cinéma recommençait et je finissais par céder.

Parce que j’étais paralysé lorsqu’elle s’asseyait sur moi, pour qu’elle me fiche la paix, parce que je me levais tôt pour travailler et qu’elle ne m’aurait pas laissé dormir sans une partie de jambes en l’air avant et que je m’évitais de longues heures de dispute stérile et inutile, parce que je n’aurais jamais pu la convaincre que ne pas avoir envie n’était pas un avis de rupture…

Ma sexualité a pris un tour malsain, de plus en plus pornographique.

Et puisque je ne pouvais pas me soustraire à cet ignoble « devoir conjugal » sans encourir larmes, cris et menaces de suicide, j’ai tout fait pour contourner. Ma sexualité a pris un tour malsain, de plus en plus pornographique.J’espérais la dégoûter, mais pris à mon propre piège, c’est moi qui me trouvait écœuré par mon comportement alors qu’elle-même n’y trouvait rien à redire. Sa libido s’en trouvait même renforcée, sans limites.

Elle pouvait ainsi exiger que nous le fassions pendant ses règles et refuser m’exposait en plus à des railleries du type « tu parles d’un mec; tu peux même pas supporter un peu de sang ? ».

Je n’osais plus la regarder pendant l’acte, essayais d’abréger le plus vite possible, je simulais parfois l’orgasme pour y mettre fin au plus tôt. Je me masturbais cinq fois par jour, sans la moindre envie, au point de me faire mal, de me laisser des lésions, simplement en espérant avoir une panne, pour que, malgré ses caresses, aucun réflexe ne vienne légitimer ses ardeurs.

En pure perte : je n’y ai gagné que des mycoses qui avaient au moins le mérite de m’accorder trois jours de répit.

cook skins

En désespoir de cause, je me suis remis à fumer après avoir lutté deux ans pour arrêter, je buvais plus que de raison tous les soirs, et j’ai fini par me faire virer de mon travail pour avoir débarqué plusieurs fois encore ivre de la veille. En l’espace de six mois, j’ai pris plus de vingt kilos.

Mais rien n’y a fait, ses envies étaient toujours aussi fortes et moi, je n’arrivais toujours pas à m’y opposer, je finissais toujours par céder à ses caprices.

Le pire dans tous ça, c’est que je me sentais terriblement coupable.

Le pire dans tous ça, c’est que je me sentais terriblement coupable. Coupable de la rejeter, de n’avoir pas envie d’elle autant que je l’aurais dû. Coupable de trouver tous les subterfuges pour me soustraire à elle.Coupable d’entretenir une liaison platonique avec une autre qui, si elle ne passa jamais le stade du baiser, m’offrit autant de soulagement que de remords. Coupable de ne plus savoir si je l’aimais ou non, mais d’être pourtant trop effrayé par la solitude pour la quitter.

Coupable, enfin, pour chaque fois où j’ai eu envie, parce que je savais que je n’améliorais pas les choses.

Parce que je suis un homme, et qu’il paraît qu’un homme a toujours envie. Parce qu’un homme qui n’a pas envie de baiser doit avoir un sérieux problème psychologique.

Toujours selon L’Express, en 2010 :

« seuls 110 000 ont déposé plainte. « Nous sommes encore dans une société latine, où l’homme doit savoir « tenir » sa femme », explique Sylvianne Spitzer, fondatrice de l’Association SOS hommes battus, la seule structure française consacrée à ce phénomène. Ceux qui osent dénoncer leur bourreau sont souvent mal reçus : moqueries de la part des policiers, plaintes non enregistrées… « La violence féminine est à la fois minimisée et banalisée, déplore Sylvianne Spitzer. Comme toujours, les femmes sont perçues comme inoffensives.» D’autant plus qu’on juge souvent impossible qu’une femme puisse dominer physiquement un homme, plus grand et plus fort. »

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La prise de conscience

J’ai fini par la quitter après avoir passé la nuit avec une inconnue rencontrée dans un bar. Où j’ai compris que ma sexualité et mon couple n’avaient plus rien de sain depuis bientôt deux ans, compris que je pouvais encore plaire aux femmes.

Compris que si une fille que je connaissais depuis trois heures pouvait montrer plus de respect et de douceur que celle qui partageait ma vie, c’est qu’il y avait un sacré souci.

Compris qu’il n’y avait pas de fatalité et que je n’avais en définitive pas grand-chose à faire pour m’en tirer.

garden state natalie portman zach

Lors de la rupture, j’ai simplement dit avoir couché avec une autre fille et avoir ainsi réalisé ne plus être amoureux – ce qui, au moment où c’est arrivé, constituait la pure vérité.

Il m’a fallu de nombreux mois après ça pour retrouver une vie plus saine, et j’ai mis des années à effacer toutes les séquelles.

J’ai mis des années à effacer toutes les séquelles.

J’ai arrêté de fumer, je ne bois plus qu’avec modération (une bière à l’apéro, un verre de vin au repas, mais seulement quand il y a du monde, jamais seul ou à deux), je fais du footing avec régularité.Côté séquelles, les mycoses à répétition que je me suis provoqué ont fini par laisser quelques traces sur le pénis (des micro-cicatrices à force de gratter pendant le sommeil), mais c’est surtout du côté psychologique que cela a été difficile. Il m’a fallu pas loin de deux ans pour retrouver une sexualité et une relation stables.

J’avais beaucoup trop peur de m’engager, de revivre la même chose ; du coup je n’ai pas eu le comportement le plus sympathique qui soit avec mes partenaires, et elles m’ont souvent reproché mon détachement ou une manière trop « mécanique » de procéder.

Avec le recul, je me rends compte que j’agissais vraiment comme un robot sans âme, mais avec un pénis qui DEVAIT servir (parce que « je suis un homme après tout »…).

Il y a aussi le doute, qui a commencé dès le départ et continue encore aujourd’hui à me hanter : est-ce que je ne m’imagine pas des choses ? Est-ce que ce n’est pas plutôt moi qui me fais des films ? Qui ne suis pas normal ? On essaye de relativiser, mais il subsiste toujours ce petit relent nauséabond…

Il y a le doute qui continue à me hanter, et la perte totale de confiance en moi.

Et surtout, il y a la perte totale de confiance en soi. Il m’a fallu des mois, sinon des années, pour me croire à nouveau capable de faire quelque chose de ma vie, de mon être. Encore aujourd’hui, sans ma compagne pour me soutenir, j’aurai du mal à avancer dans la vie.Je n’ai d’ailleurs raconté ce qui est arrivé qu’à elle, et je pense qu’elle sera la seule à qui je raconterai jamais ce calvaire. Je pourrais trouver toutes les excuses que je veux (ils n’ont pas à savoir, ça ne regarde que moi, c’est du passé, etc.), la vérité est que j’ai peur de leur réaction.

Même si le plus dur est derrière moi, je ne suis pas encore prêt à entendre mon meilleur ami ou mon frère dire que j’exagère, que j’aurais pu me défendre ou ce genre de bêtises.

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J’ai juste pu parler du fait qu’il y avait eu des problèmes dans la relation avec mes parents et amis — enfin, ceux avec qui j’ai gardé le contact, toute cette histoire n’ayant pas forcément amélioré mon tissu social. Tout le monde savait qu’un truc clochait, mais ils mettaient ça sur l’instabilité psychologique et le côté tyrannique de mon ex ; je n’ai rien fait pour les détromper (après tout, ils n’ont pas totalement tort).

Aujourd’hui, j’ai retrouvé du travail dans le social, je suis pacsé depuis un peu plus d’un an et j’attends mon premier enfant. C’est mon actuelle compagne qui m’a aidé à mettre un nom sur ce qu’il m’était arrivé. Un nom que je n’aurais jamais envisagé et qui, pourtant, m’a semblé une évidence.

« Viol conjugal. »

Pour aller plus loin…

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  • hugueshugues                                      Tels que sont présentés les faits dans ce film, il y a clairement viol : elle a dit non, il ne l’a pas écoutée. L’amour, c’est avant tout être attentif au bonheur de l’autre…

    jeanloui                                    l’amour c’est avant tout le respect de l’autre et le désir de son bonheur : il faut convaincre et non forcer :

    MaraetetoaMaraetetoa                              Est un viol si c’est le mec qui refuse l’acte parce qu’il n’a pas envie.
    KarimaKarima                                     Vos commentaires me dégoutent.
    PascalPascal                                      J’aimerais aussi un spot ou la femme demanderait pour la énième fois à son compagnon de lui faire un gamin sans tenir des incessants refus de ce dernier…pourtant quand un homme dit NON c’est NON
  • PhilippePhilippe                                    Le problème vient surtout du fait que les hommes sont égoïstes et pensent d’abord à leur plaisir avant celui de leur femme. Beaucoup pensent que les femmes fonctionnent comme les hommes, ce qui n’est pas vrai, bien évidemment. D’où la lassitude bien compréhensive des femmes après quelques années de vie commune. Les hommes devraient de temps en temps se rappeler les débuts de la liaison, la manière avec laquelle ils ont su séduire, et faire durer les préliminaires.
    S’ils n’y parviennent pas, c’est que la flamme n’est plus là.
    Il est alors temps d’en tirer la conclusion.
  • Tous les problèmes viennent de ce que l’Église a imposé la fidélité, une foutaise qui consume les couples à petit feu.
    L’amour conjugal et le sexe ne doivent pas être confondus.
    Si un couple ne fait plus l’amour et que l’un d’eux n’accepte pas l’infidélité de l’autre, c’est qu’ils n’ont plus rien à faire ensemble.

    nanie                                            c’est triste de voir les réactions ici, sous prétexte que ce n’est pas un inconnu dans une ruelle sombre qui la viole sauvagement, c’est pas un « vrai » viol. sauf que elle elle l’a tous les jours dans son lit, elle vit avec, il n’est pas toujours comme ça, elle a des sentiments pour lui et du coup va trouver normal que mr se vide les c….. sans faire l’amour avec elle.
    le sexe dans un couple c’est à 2, pas un qui se vide et l’autre qui n’est plus qu’un corps inerte. et si il veut la convaincre, les préliminaires sont là pour ça. perso je n’ai pas forcément envie dès que mon mec a envie (comme lui) mais il ne me grimpe pas dessus, il arrive à me donner envie et on fait alors l’amour à 2 pas lui qui se vide. et des fois, je n’arrive pas à lui faire préferer mes bras à ceux de morphée, et bien je le laisse dormir, tant pis, une autre fois.
    là dans ce cas là, le sexe rime avec se forcer, déplaisir (pas sur qu’elle ait pu mouiller), sentiment de n’exister que comme un bout de viande pour l’autre. ça serait l’homme qui serait violé, ça serait pareil, être consideré comme un sextoy sur pattes, pas top non plus.
    c’est pas ça l’amour en tout cas et si on accepte ça, ensuite on peut accepter les insultes, les baffes, c’est déjà une forme de violence de ne pas entendre ce que l’autre dit pour n’en faire qu’à sa tête comme si son avis ne comptait pas

  • Chichite Chichite

    Merci pour cet article! Merci de partager cette expérience et de permettre de mieux comprendre le phénomène. De mettre en lumière que la violence ce n’est pas seulement physique. Cette femme n’a pas frappé cet homme. Mais elle l’a brisé autrement.
    Un homme ou une femme violenté ce n’est pas seulement par les coups physiques, parfois ces coups n’existent absolument pas. Non ça peut aussi (et ça passe aussi) par une violence mentale.

    D’autre part en effet un homme peut ne pas avoir envie. Et évidemment ça n’empêche rien au fait d’aimer. Aimer quelqu’un c’est pas seulement sexuel. Pour moi en tout cas. J’apprécie tous les moments partagés avec celui qui partage ma vie en ce moment, que ce soit les moments de sexe, ou les moments où on passe juste à discuter dans les bras l’un de l’autre. J’adore m’endormir sur le canapé en l’utilisant comme oreiller alors qu’il joue sur le portable. Tous ces moments-là sont aussi importants pour moi que le sexe, qui au final n’est qu’une partie du couple selon moi.
    Donc s’il a pas envie, ça ne me gène pas. Je ne trouve même pas ça bizarre. Je me dis pas qu’il m’aime moins. Je me dis juste que c’est la même chose que quand on te propose de manger quelque chose que tu adores mais que ce jour-là tu n’as pas envie. Il accepte quand je suis fatiguée, quand j’ai pas envie sans rechigner. Si je dois avoir envie et pas lui, c’est simplement à moi d’accepter ça comme il l’accepte pour moi. On est pas obligé de satisfaire toutes ses envies à l’instant T, ça en rendra la chose meilleure quand elle reviendra.
    ça me rend tristre d’ailleurs quand je me rend compte que les hommes se sentent « obligés » de le vouloir. même chose avec les pratiques, ils doivent aimer la fellation. C’est comme ça. Ce sont des hommes alors ils doivent. Eh bien non, tu n’es pas obligé. Comme une femme n’est pas obligée d’aimer avoir des enfants, de savoir faire la cuisine.
    On a aussi du chemin à faire dans ce sens-là, accepter que les hommes sont des femmes comme les autres.

    LadyC819                                                après avoir lu cet article,j’me sens une nouvelle femme,je comprends maintenant tout ce que j’ai vécu.J’me sens moins seule et j’ai envie de faire changer les choses.Aucune femme ne devrait vivre avec un tel fardeau.Il faut qu’on se mette à dénoncer ce genre d’acte.Pendant 10ans j’ai vécu ça plus jamais !!

    henrymauricejea                               soi-disant,dalil boubakeur,prêt à recevoir Malala,mais toujours muet lorsque une musulmane est victime de la misogynie de ses coreligionnaires.

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