La FNSEA décomplexée

1Les fermes géantes sont devenues la norme en Allemagne

France 2 est allée à la découverte de ces gigantesques exploitations laitières outre-Rhin, qui produisent en grande quantité et à faible coût.

FRANCE 2

La ferme des 1000 vaches dans la Somme est loin d’avoir fait l’unanimité pour ses conditions de productions, mais cette fabrication à grande échelle est devenue normale en Allemagne.
Une équipe de France 2 s’est rendue dans une exploitation près de Berlin, où tout est fait pour limiter les coûts et produire en masse, même si c’est au détriment des animaux.
Matin, midi et soir, des vaches sont ainsi placées dans un immense carrousel pour une traite mécanique. « Nous avons une moyenne de 34,5 litres de lait par vache, ce qui nous donne à al fin de la journée entre 38 et 39 000 litres« , détaille Richard Reiss, agriculteur gérant des lieux.

Un système tout automatisé

En un an, cette usine produit presque 14 000 tonnes de lait et pour cela, presque tout a été automatisé : deux apprentis suffisent pour encadrer la traite de plus de 1 100 vaches. Sur un écran, ils peuvent contrôler l’ensemble du carrousel, et surveiller en permanence les bêtes avec des caméras. Pour une telle installation, il a fallu investir pas moins de 8,5 millions d’euros.

Folie des grandeurs Une « ferme » de 23.000 vaches au Vietnam !

  | Terre-net Média

La fièvre laitière gagne les pays émergents, à l’image du Vietnam qui investit dans un projet visant à fournir en lait la moitié du marché intérieur.

TH Milk Vietnam
Chaque bâtiment compte environ 2 x 250 animaux.  Pas de logettes, le sol est en compost. (© Afimilk)

23.000 ! C’est le nombre de vaches que comptera le plus grand projet laitier au monde. Réparti sur douze sites, ce projet intitulé « TH Milk » fournira aux vietnamiens 300.000 tonnes de lait par an d’ici 2015.

TH Milk a été initié par Thai Huong, directrice générale de la banque d’Asie du Nord qui finance le projet et l’entreprise israélienne Afimilk qui est en charge de l’ensemble de la conception du projet. L’élevage compte actuellement 11.000 vaches laitières et 12.000 génisses. « Au cours des six prochains mois, 4.000 génisses seront importés de Nouvelle-Zélande », indique Afimilk dans un communiqué.

A la vue de la vidéo ci-dessous, les bâtiments donnent le tournis :
– des salles de traite 2 x 2 x 30 places
– un centre d’alimentation
– une laiterie
– une station d’épuration
– un laboratoire d’analyse
– …

Afimilk ferme laitière

 Plan de l’un des 12 sites de production. Cliquez pour l’agrandir.  (© Afimilk)

TH Milk Vietnam
Un des couloirs de la salle de traite 2 x 2 x 30 places. (© Afimilk)

Space 2014. Aux États-Unis, visitez la ferme aux 40 000 vaches

La planète laitière est en ébullition. En France, on se déchire à propos d’un projet de ferme de 1 000 vaches à Drucat, dans la Somme. Mais aux États-Unis, la course au gigantisme est déjà lancée, avec une exploitation laitière de 40 000 vaches… Fair Oaks Farms se visite comme un parc d’attraction.

LIRE AUSSI : ++Notre dossier spécial sur le Space 2014


Sur l’autoroute entre Chicago et Indianapolis, impossible de la rater. De vieux camions de lait décorés de vaches ou de cochons hilares servent de panneaux indicateurs. Ils prennent le relais de pubs pour des églises protestantes qui vous projettent dans un autre monde. « Et si vous mouriez ce soir : le paradis ou l’enfer ? » Autant rester sur le plancher des vaches.

Au milieu des champs de maïs, dans les mornes plaines du Middle-West américain, Fair Oaks Farms bat tous les records. À elle seule, cette ferme laitière unique au monde peut fournir un verre de lait quotidien à 3,5 millions d’Américains.

40000 vaches alignées comme à la parade dans d’immenses bâtiments le long de l’autoroute testent un nouveau modèle. « Intensif et respectueux de l’environnement, résume Jed Stockton son directeur de la communication. Nous sommes autonomes pour l’alimentation de nos animaux. L’énergie est fournie par une unité de méthanisation. »

Cet ancien éditeur de presse mis sur la touche par la révolution numérique a fait son retour à la terre. Ses employeurs : un groupe de neuf familles d’agriculteurs lancées dans un projet un peu fou. « Les consommateurs américains ne savent plus d’où vient leur nourriture. Ici, nous leur expliquons. »

Fair Oaks Farms est donc à la fois une exploitation agricole mais aussi un parc pédagogique. À grands renforts d’écrans, de visites panoramiques de la salle de traite et de statistiques, on y présente ce que ces pionniers imaginent comme l’agriculture du XXIe siècle.

« On voulait faire une place aux visiteurs. Mais nous n’imaginions pas un tel succès », explique Jed Stockton sur le parking où se succèdent les départs en bus pour les visites commentées. On voit tout mais on ne touche pas. Et on ne se promène pas.

La traversée des étables se fait en car et se termine devant le magasin des souvenirs et des produits dérivés. Ici, on usine du lait mais aussi des cochons : plus de 7 000 truies et bientôt des poulets. Un studio pour accueillir des scientifiques est inscrit au programme. Et un restaurant de 500 couverts a ouvert en juillet. La campagne américaine a son Disney Land. Tout sauf anecdotique. Fair Oaks Farms est aujourd’hui la vitrine de l’agro-industrie.

La campagne US a son Disney Land

La planète a soif de lait. En Chine, en Inde, au Vietnam, une nouvelle classe moyenne prend goût aux desserts lactés ou remplace l’allaitement par de la poudre de lait infantile. « Le marché est immense. Il faut être capable de répondre à sa demande », explique Fu Wenge, spécialiste de l’agriculture chinoise.

Ce choix, très politique, implique la disparition des petites exploitations. Au nom de l’efficacité mais aussi de la sécurité alimentaire. Tout doit être sous contrôle : les hommes et les animaux. « Il y a aujourd’hui 200 millions d’éleveurs en Chine. Il n’en restera plus que 20 millions dans dix ans », poursuit Fu Wenge.

Pour alimenter des villes tentaculaires, l’accent est mis sur des élevages industriels. Ces HLM horizontaux pour ruminants accueilleront plusieurs milliers de vaches. Confinées dans des étables, équipées de capteurs qui suivent en temps réels leurs performances et leurs moindres pépins de santé, elles ne verront jamais la couleur d’une prairie ni le vert intense des rizières.

Aux États-Unis, ces Formule 1 du lait, boostées par la génétique multiplient les records de production laitière.

« Ici, chaque vache produit 8 500 litres de lait par an », observe Jed Stockton. En France, la moyenne est de 6 652 litres. « Nous sommes une référence pour tous ceux qui s’intéressent à ce type d’élevage. Des Russes et des Chinois veulent s’inspirer de notre expérience. »

La course au gigantisme se retrouve jusque dans les sables du désert. En Arabie Saoudite, le groupe Almarai dispose déjà d’une ferme de 46 000 vaches. Le record de Fair Oaks Farms est battu.

Des voix, pour l’heure minoritaires, dénoncent pourtant ce tournant pris par l’agriculture américaine. Et les risques d’un développement déséquilibré. Wall Street s’intéresse aux terres américaines et ce n’est pas forcément une bonne nouvelle pour l’agriculture, dénonce dans un rapport récent le Oakland Institute, un cercle de réflexion basé en Californie.

« Nous ne sommes pas une firme mais une ferme. Nous restons des agriculteurs », se défend le directeur de la communication de Fair Oaks Farms. Les neuf familles associées disent vouloir garder les pieds sur terre. Avec un sens certain de la communication. La ferme est devenue un parc d’attraction. Le lait une aventure sucrée hollywoodienne.

On en oublierait presque le bourdonnement des voitures, sur l’autoroute qui longe Fair Oaks Farms.

Un projet d’exploitation laitière de 100 000 vaches en Chine pour livrer la Russie

La presse chinoise annonce la création en Chine d’une ferme laitière de 100 000 têtes dont la production sera entièrement destinée au marché russe, rapporte le numéro de juillet de la lettre de veille et d’analyse de l’économie de l’élevage en Chine. Le projet est porté par une société chinoise Zhongding Dairy Farming et une société russe d’équipements miniers. «Située dans le Heilongjiang (nord-est du pays, ndlr), l’investissement coûtera 1 milliard de yuans (140 millions d’euros) et la ferme-usine accueillera 100 000 vaches, explosant le « record » actuel, 40 000 vaches dans une exploitation appartenant à Dairy Farming», explique la lettre de veille. L’alimentation proviendrait de 100 000 hectares de terres situées en Russie.

En Chine, les fermes sont déjà passées aux 10.000 vaches

Tom HANCOCK

Gannan (Chine) (AFP) – La consommation de lait explose en Chine. A quel prix? Des fermes géantes comptant parfois 10.000 vaches y produisent des monticules de fumier noir pestilentiel et des effluents verdâtres qui s’infiltrent dans les sols.

L’industrie laitière, soutenue par le gouvernement, représente un chiffre d’affaires de 38 milliards d’euros en Chine. Elle illustre l’attrait croissant des 1,4 milliard de Chinois pour le lait, malgré une intolérance de nombre d’entre eux, plus ou moins forte, au lactose.

Pour répondre à cette demande, la production, naguère assurée par de petites exploitations, est confiée de façon croissante à des « méga-fermes ». Mais celles-ci génèrent en parallèle d’immenses quantités de déchets.

« En été, l’odeur du fumier est très forte », explique Ren Xiangjun, un paysan du district de Gannan.

Du doigt, il pointe la ferme géante du groupe agroalimentaire chinois Feihe International, de laquelle s’échappe un flux d’eau verte. Des seringues et des emballages de médicaments vétérinaires usagés jonchent le sol à proximité: « Après les injections, ils jettent tous ces déchets ici. Mes terres sont directement affectées ».

Lors de son ouverture en 2012 dans les vertes prairies de la province du Heilongjiang (nord-est), non loin de la Russie, la ferme Feihe s’enorgueillissait d’élever 10.000 vaches.

« Le fumier est aussi haut qu’une montagne. Pour nous, cela n’apporte rien de bon. Juste de la pollution et du bruit », peste Mme Ren, habitante du village voisin de Daxing.

L’industrie laitière a bondi de plus de 12% par an depuis 2000 en Chine. Un boom alimenté par l’attrait de la classe moyenne grandissante pour le lait, perçu depuis peu comme un aliment sain en Chine après une absence millénaire dans la culture et l’alimentation de ce pays.

– ‘L’odeur est insoutenable’ –

En 2008, un vaste scandale de lait infantile frelaté, lors duquel six enfants sont morts et plus de 300.000 tombés malades, avait toutefois durablement affecté la confiance des consommateurs.

Les petits producteurs avaient alors été accusés d’ajouter de la mélamine à leur lait, une substance chimique utilisée pour gonfler artificiellement le taux de protéines.

« Le gouvernement a alors pensé que des fermes géantes seraient plus faciles à gérer et inspecter », explique David Mahon, fondateur d’une société d’investissement spécialisée dans le secteur.

Des méga-fermes existent dans d’autres pays, comme la Nouvelle-Zélande, mais dépassent rarement les 3.000 têtes.

En 2014, la Chine possédait selon un média d’Etat 56 exploitations d’au moins 10.000 vaches, générant une série de problèmes de pollution dans plusieurs provinces, en raison de dizaines de milliers de tonnes d’effluents en tout genre.

Des règlements en Chine imposent aux fermes d’utiliser ces effluents comme engrais, mais ils sont souvent ignorés.

« A cause de cette montagne de fumier, mieux vaut visiter certains endroits de Chine en hiver, car au moment du dégel, l’odeur est insoutenable », souligne M. Mahon. « La Chine est en train d’apprendre, et son manque d’expérience en matière d’élevage laitier aboutit à ce genre de choses ».

– Vers un changement ? –

Mais les comportements évoluent. « Plus la taille des fermes est grande, plus les problèmes d’environnement, de pollution et de biosécurité sont importants », convenait en 2014 Yang Liguo, vice-directeur de l’Association laitière de Chine, un organisme lié au gouvernement.

Les autorités sont en train de « vraiment repenser » la politique laitière et « ciblent de plus en plus l’objectif de fermes limitées à 350 têtes », souligne David Mahon.

La promiscuité des animaux augmente par ailleurs le risque de maladies comme la brucellose, provoquée par la bactérie Brucella et qui peut se transmettre à l’homme par contact ou par ingestion de produits laitiers et provoquer de l’arthrite.

Wang Dali, employé de Feihe autrefois chargé du nettoyage des étables à la ferme de Gannan, a contracté la brucellose en 2012. Aujourd’hui invalide, il souffre de douleurs quasi-permanente aux articulations. Et dénonce le manque d’hygiène des fermes laitières.

« Les vaches étaient serrées les unes contre les autres », explique-t-il, chacune ayant 12 mètres carrés en moyenne. « On n’était pas en mesure de traiter le lisier. Alors on creusait juste un trou… Aujourd’hui, tout s’y est empilé comme une montagne ».

De son côté, le groupe agroalimentaire Feihe rejette les accusations des riverains. « Ces choses sont impossibles », a assuré au téléphone à l’AFP une employée de l’entreprise à Gannan.

Non loin de l’immense pile de fumier, un paysan pointe l’horizon: « La pollution n’a pas été bien traitée. Bien sûr, ça a des répercussions », dit-il.

Puis il montre des plants de maïs poussant à côté de seringues abandonnées. « Ce maïs, on ne le mange pas nous-mêmes », souligne-t-il. « On le vend au marché ».

En Chine, les fermes sont déjà passées aux 10.000 vaches

La consommation de lait explose en Chine.

A quel prix? Des fermes géantes comptant parfois 10.000 vaches y produisent des monticules de fumier noir pestilentiel et des effluents verdâtres qui s’infiltrent dans les sols.
L’industrie laitière, soutenue par le gouvernement, représente un chiffre d’affaires de 38 milliards d’euros en Chine. Elle illustre l’attrait croissant des 1,4 milliard de Chinois pour le lait, malgré une intolérance de nombre d’entre eux, plus ou moins forte, au lactose.
Pour répondre à cette demande, la production, naguère assurée par de petites exploitations, est confiée de façon croissante à des « méga-fermes ». Mais celles-ci génèrent en parallèle d’immenses quantités de déchets.
« En été, l’odeur du fumier est très forte », explique Ren Xiangjun, un paysan du district de Gannan.
Du doigt, il pointe la ferme géante du groupe agroalimentaire chinois Feihe International, de laquelle s’échappe un flux d’eau verte. Des seringues et des emballages de médicaments vétérinaires usagés jonchent le sol à proximité: « Après les injections, ils jettent tous ces déchets ici. Mes terres sont directement affectées ».
Lors de son ouverture en 2012 dans les vertes prairies de la province du Heilongjiang (nord-est), non loin de la Russie, la ferme Feihe s’enorgueillissait d’élever 10.000 vaches.
« Le fumier est aussi haut qu’une montagne. Pour nous, cela n’apporte rien de bon. Juste de la pollution et du bruit », peste Mme Ren, habitante du village voisin de Daxing.
L’industrie laitière a bondi de plus de 12% par an depuis 2000 en Chine. Un boom alimenté par l’attrait de la classe moyenne grandissante pour le lait, perçu depuis peu comme un aliment sain en Chine après une absence millénaire dans la culture et l’alimentation de ce pays.
– ‘L’odeur est insoutenable’ –
En 2008, un vaste scandale de lait infantile frelaté, lors duquel six enfants sont morts et plus de 300.000 tombés malades, avait toutefois durablement affecté la confiance des consommateurs.
Les petits producteurs avaient alors été accusés d’ajouter de la mélamine à leur lait, une substance chimique utilisée pour gonfler artificiellement le taux de protéines.
« Le gouvernement a alors pensé que des fermes géantes seraient plus faciles à gérer et inspecter », explique David Mahon, fondateur d’une société d’investissement spécialisée dans le secteur.
Des méga-fermes existent dans d’autres pays, comme la Nouvelle-Zélande, mais dépassent rarement les 3.000 têtes.
En 2014, la Chine possédait selon un média d’Etat 56 exploitations d’au moins 10.000 vaches, générant une série de problèmes de pollution dans plusieurs provinces, en raison de dizaines de milliers de tonnes d’effluents en tout genre.
Des règlements en Chine imposent aux fermes d’utiliser ces effluents comme engrais, mais ils sont souvent ignorés.
« A cause de cette montagne de fumier, mieux vaut visiter certains endroits de Chine en hiver, car au moment du dégel, l’odeur est insoutenable », souligne M. Mahon. « La Chine est en train d’apprendre, et son manque d’expérience en matière d’élevage laitier aboutit à ce genre de choses ».
– Vers un changement ? –
Mais les comportements évoluent. « Plus la taille des fermes est grande, plus les problèmes d’environnement, de pollution et de biosécurité sont importants », convenait en 2014 Yang Liguo, vice-directeur de l’Association laitière de Chine, un organisme lié au gouvernement.
Les autorités sont en train de « vraiment repenser » la politique laitière et « ciblent de plus en plus l’objectif de fermes limitées à 350 têtes », souligne David Mahon.
La promiscuité des animaux augmente par ailleurs le risque de maladies comme la brucellose, provoquée par la bactérie Brucella et qui peut se transmettre à l’homme par contact ou par ingestion de produits laitiers et provoquer de l’arthrite.
Wang Dali, employé de Feihe autrefois chargé du nettoyage des étables à la ferme de Gannan, a contracté la brucellose en 2012. Aujourd’hui invalide, il souffre de douleurs quasi-permanente aux articulations. Et dénonce le manque d’hygiène des fermes laitières.
« Les vaches étaient serrées les unes contre les autres », explique-t-il, chacune ayant 12 mètres carrés en moyenne. « On n’était pas en mesure de traiter le lisier. Alors on creusait juste un trou… Aujourd’hui, tout s’y est empilé comme une montagne ».
De son côté, le groupe agroalimentaire Feihe rejette les accusations des riverains. « Ces choses sont impossibles », a assuré au téléphone à l’AFP une employée de l’entreprise à Gannan.
Non loin de l’immense pile de fumier, un paysan pointe l’horizon: « La pollution n’a pas été bien traitée. Bien sûr, ça a des répercussions », dit-il.
Puis il montre des plants de maïs poussant à côté de seringues abandonnées. « Ce maïs, on ne le mange pas nous-mêmes », souligne-t-il. « On le vend au marché ».

En Chine, les fermes sont déjà passées aux 10.000 vaches

Des vaches dans une ferme géante le 3 mai 2016 à Gannan en Chine (AFP/Nicolas ASFOURI)

La consommation de lait explose en Chine. A quel prix? Des fermes géantes comptant parfois 10.000 vaches y produisent des monticules de fumier noir pestilentiel et des effluents verdâtres qui s’infiltrent dans les sols.

L’industrie laitière, soutenue par le gouvernement, représente un chiffre d’affaires de 38 milliards d’euros en Chine. Elle illustre l’attrait croissant des 1,4 milliard de Chinois pour le lait, malgré une intolérance de nombre d’entre eux, plus ou moins forte, au lactose.

Seringues et emballages de médicaments vétérinaires usagés jonchent le sol à proximité d’une ferme géante le 3 mai 2016 à Gannan en Chine (AFP/Nicolas ASFOURI)

Pour répondre à cette demande, la production, naguère assurée par de petites exploitations, est confiée de façon croissante à des « méga-fermes ». Mais celles-ci génèrent en parallèle d’immenses quantités de déchets.

« En été, l’odeur du fumier est très forte », explique Ren Xiangjun, un paysan du district de Gannan.

Du doigt, il pointe la ferme géante du groupe agroalimentaire chinois Feihe International, de laquelle s’échappe un flux d’eau verte. Des seringues et des emballages de médicaments vétérinaires usagés jonchent le sol à proximité: « Après les injections, ils jettent tous ces déchets ici. Mes terres sont directement affectées ».

Le sol infiltré d’effluents à proximité d’une ferme géante le 3 mai 2016 à Gannan en Chine (AFP/Nicolas ASFOURI)

Lors de son ouverture en 2012 dans les vertes prairies de la province du Heilongjiang (nord-est), non loin de la Russie, la ferme Feihe s’enorgueillissait d’élever 10.000 vaches.

« Le fumier est aussi haut qu’une montagne. Pour nous, cela n’apporte rien de bon. Juste de la pollution et du bruit », peste Mme Ren, habitante du village voisin de Daxing.

L’industrie laitière a bondi de plus de 12% par an depuis 2000 en Chine. Un boom alimenté par l’attrait de la classe moyenne grandissante pour le lait, perçu depuis peu comme un aliment sain en Chine après une absence millénaire dans la culture et l’alimentation de ce pays.

– ‘L’odeur est insoutenable’ –

En 2008, un vaste scandale de lait infantile frelaté, lors duquel six enfants sont morts et plus de 300.000 tombés malades, avait toutefois durablement affecté la confiance des consommateurs.

Eaux usagées déversées à même le sol à proximité d’une ferme géante le 3 mai 2016 à Gannan en Chine (AFP/Nicolas ASFOURI)

Les petits producteurs avaient alors été accusés d’ajouter de la mélamine à leur lait, une substance chimique utilisée pour gonfler artificiellement le taux de protéines.

« Le gouvernement a alors pensé que des fermes géantes seraient plus faciles à gérer et inspecter », explique David Mahon, fondateur d’une société d’investissement spécialisée dans le secteur.

Des méga-fermes existent dans d’autres pays, comme la Nouvelle-Zélande, mais dépassent rarement les 3.000 têtes.

En 2014, la Chine possédait selon un média d’Etat 56 exploitations d’au moins 10.000 vaches, générant une série de problèmes de pollution dans plusieurs provinces, en raison de dizaines de milliers de tonnes d’effluents en tout genre.

Des paysans dans une ferme géante le 3 mai 2016 à Gannan en Chine (AFP/Nicolas ASFOURI)

Des règlements en Chine imposent aux fermes d’utiliser ces effluents comme engrais, mais ils sont souvent ignorés.

« A cause de cette montagne de fumier, mieux vaut visiter certains endroits de Chine en hiver, car au moment du dégel, l’odeur est insoutenable », souligne M. Mahon. « La Chine est en train d’apprendre, et son manque d’expérience en matière d’élevage laitier aboutit à ce genre de choses ».

– Vers un changement ? –

Mais les comportements évoluent. « Plus la taille des fermes est grande, plus les problèmes d’environnement, de pollution et de biosécurité sont importants », convenait en 2014 Yang Liguo, vice-directeur de l’Association laitière de Chine, un organisme lié au gouvernement.

Un paysan regarde par dessus le mur d’une ferme géante le 3 mai 2016 à Gannan en Chine (AFP/Nicolas ASFOURI)

Les autorités sont en train de « vraiment repenser » la politique laitière et « ciblent de plus en plus l’objectif de fermes limitées à 350 têtes », souligne David Mahon.

La promiscuité des animaux augmente par ailleurs le risque de maladies comme la brucellose, provoquée par la bactérie Brucella et qui peut se transmettre à l’homme par contact ou par ingestion de produits laitiers et provoquer de l’arthrite.

Wang Dali, employé de Feihe autrefois chargé du nettoyage des étables à la ferme de Gannan, a contracté la brucellose en 2012. Aujourd’hui invalide, il souffre de douleurs quasi-permanente aux articulations. Et dénonce le manque d’hygiène des fermes laitières.

Les riverains d’une ferme géante le 3 mai 2016 à Gannan en Chine (AFP/Nicolas ASFOURI)

« Les vaches étaient serrées les unes contre les autres », explique-t-il, chacune ayant 12 mètres carrés en moyenne. « On n’était pas en mesure de traiter le lisier. Alors on creusait juste un trou… Aujourd’hui, tout s’y est empilé comme une montagne ».

De son côté, le groupe agroalimentaire Feihe rejette les accusations des riverains. « Ces choses sont impossibles », a assuré au téléphone à l’AFP une employée de l’entreprise à Gannan.

Non loin de l’immense pile de fumier, un paysan pointe l’horizon: « La pollution n’a pas été bien traitée. Bien sûr, ça a des répercussions », dit-il.

Puis il montre des plants de maïs poussant à côté de seringues abandonnées. « Ce maïs, on ne le mange pas nous-mêmes », souligne-t-il. « On le vend au marché ».

© 2016 AFP

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  • Abou De Nayre     Ils en ont purin à faire du fumier là-bas.

 

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