Cauchemar en cuisine

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Violences contre les femmes La loi vous protège

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Face aux violences faites aux femmes, le gouvernement lance un nouveau plan

Eric Leroy-Terquem

ViolencesFemmes_FlickrGRome © Flickr (G. Rome)

La ministre du Droit des femmes, Laurence Rossignol, a présenté, le 23 novembre, le nouveau plan de mobilisation et de lutte contre les violences faites aux femmes. Ce 5ème plan interministériel, qui bénéficie d’une hausse budgétaire conséquente, mise sur l’évolution des dispositifs existants et le renforcement de l’action publique.

Deux jours avant la Journée internationale des violences faites aux femmes du 25 novembre, la ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes, Laurence Rossignol, a présenté, le 23 novembre, le 5ème plan de mobilisation et de lutte contre les violences faites aux femmes (2017-2019).

Ce nouveau plan bénéficie d’un budget plus important que les précédents. Son montant s’élève à 125 millions d’euros, contre 66 millions pour le 4e plan (2014-2016) et 31,6 millions pour le 3e plan (2011-2013). Il fixe une série d’objectifs, qui visent tout d’abord à renforcer les dispositifs existants afin d’améliorer le parcours des femmes victimes de violence :

  • Faciliter la révélation des violences, notamment par le 3919, un service téléphonique d’écoute spécial « violences conjugales>> …

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  • La lutte contre les violences faîtes aux femmes à l’épreuve du terrain

    La lutte contre les violences faîtes aux femmes à l’épreuve du terrain

    Ouverture de nouvelles places d’urgences, guide pour lutter contre le cyber-sexisme, formation des travailleurs sociaux , nouveaux outils juridiques, le préfet du Val-de-Marne, Thierry Leleu, présentait hier le nouveau plan d’action interministériel de lutte contre les violences faîtes aux femmes à l’occasion de la Commission départementale d’action contre ces violences, qui réunit les acteurs de terrain. L’occasion de confronter les dispositifs avec les besoins concrets.

    « Récemment encore nous avons appris le décès, à Valenton, d’une jeune femme de 21 ans, Aïssatou Sow âgée, battue à mort par son ex-compagnon parce qu’«Il n’aurait pas supporté, par jalousie, de la voir rentrer de soirée», a rappelé le préfet en préambule. Ces violences sont une violence à la société toute entière. Les répercussions économiques des violences au sein du couple en France sont estimées à 3,6 milliards d’euros. Ces violences ont des répercussions graves sur les enfants qui en sont témoins et victimes (conséquences sur la santé, troubles du comportement, échec scolaire,…), et la reproduction sociale de ces violences est très importante. »

    Alors que 122 femmes sont mortes  sous les coups de leurs conjoints en 2015 en France, dont une dans le département, et  que 84 000 ont été victimes de viol ou tentative de viol, le nouveau plan est axé autour de trois objectifs : le renforcement des dispositifs déjà en place pour améliorer le parcours des femmes victimes de violences et leur assurer l’accès aux droits, le renforcement de l’aide publique et la lutte contre le sexisme ordinaire, la banalisation de la culture des violences et du viol.

    Les ordonnances de protection font leur preuve

    Pour améliorer la protection dans l’urgence, le plan préconise notamment un recours plus systématique aux ordonnances de protection, créées en 2010. Mathieu Guy, juge aux affaires familiales du tribunal de grande instance (TGI) de Créteil, partage cet objectif. « Il faut renforcer les ordonnances de protection. En situation d’urgence, elles permettent l’attribution de logements avec interdiction de rencontrer les victimes, ou encore la possibilité de la dissimulation de l’adresse, même si cette demande est rarissime », insiste le juge. Valables six mois, et reconductibles en fonction des situations, les ordonnances de protection sont de plus en plus demandées et accordées dans le Val-de-Marne. Au 1er novembre 2016,  100 ont été accordées sur 168 demandes, contre 31 accordées sur 74 demandes en 2013.

    Loger la victime, ou déloger l’agresseur

    Dans le département, aucune structure d’accueil d’urgence n’existe toutefois : le système repose sur des nuitées en hôtels sociaux. En 2015, près de 700 personnes ont été prises en charge dans le cadre des dispositifs d’urgence portés par le Samu Social. Actuellement, les places d’hébergement d’urgence, demandées très rapidement après le dépôt d’une plainte, manquent à l’échelle nationale comme à l’échelle du département. 4900 places devraient donc être créées d’ici à la fin 2019, au niveau national. « Il existe aussi un besoin pour l’hébergement des auteurs de violences intrafamiliales. Décider l’interdiction du retour au domicile est une chose essentielle, mais nous ne pouvons pas loger tous les auteurs en Val-de-Marne« , pointe Marie Deyts, directrice du Service pénitentiaire d’insertion et de probation (SPIP) chargé de prévenir la récidive et du suivi des mesures restrictives ou privatives éventuellement prononcées à l’encontre des auteurs.

    Sept téléphones grand danger délivrés en Val-de-Marne en un an

    Le recours aux téléphones « très grave danger » devrait aussi être favorisé. Entre septembre 2015 et septembre 2016, sept de ces téléphones ont été délivrés à des femmes victimes dans le Val-de-Marne. Aucun appel d’urgence n’a été émis. « Même si le critère, c’est un danger imminent. C’est une notion très subjective« , reconnait Emilie Rigaber, substitut du procureur de la République et chef de la division Affaires familiales au TGI de Créteil.  Les travailleurs sociaux verront aussi leur formation renforcée : beaucoup font la demande d’être régulièrement mis au courant des évolutions législatives, des structures disponibles, etc…

    Ne pas oublier les enfants

    D’autres besoins ont été identifiés à l’échelle nationale et déclinés à l’échelle locale. Ainsi, les enfants sont parfois mis de côté dans les situations de violences intra-familiales. « On manque clairement d’un centre d’accueil et d’écoute dédié aux enfants, regrette à ce sujet Annie Koskas, bâtonnière de l’ordre des avocats du Val-de-Marne. Très souvent, on les reçoit au sein même des commissariats : c’est une forme de maltraitance supplémentaires pour les victimes. »

    A l’école, le combat contre les clichés sexistes doit aussi perdurer. « Il faut qu’on arrête de sexualiser les métiers : les femmes à la couture, les hommes dans les métiers de l’industrie, etc… Les statistiques montrent que les filles réussissent mieux à l’école, mais les parcours sont totalement différents« , note Pierre Quef, proviseur de vie scolaire à la Direction académique du Val-de-Marne. 16 stages sont désormais proposés aux enseignants et professeurs de l’Education Nationale sur ces questions.

    Stages et groupes de paroles pour les auteurs

    Le plan prévoit également une prise en charge différente des auteurs de violences intra-familiales, dans le prolongement d’initiatives existantes. « On a mis en place des stages de deux jours pour les auteurs des faits. Nous animons aussi des groupes de paroles. Cela fonctionne plutôt bien« , témoigne Alain Legrand, psychologue et directeur de SOS Violences Familiales mais aussi de la Fédération nationale des associations et des centres de prises en charge d’auteurs de violences conjugales. Des stages qui existent aussi, sur trois jours, dans les prises en charge du SPIP. « Le levier de l’obligation est un atout incontestable pour inciter les auteurs à y participer. On la demande de plus en plus aux juridictions« , explique Marie Deyts. Totalement à la charge des auteurs des faits, ces stages de prévention de la récidive affichent des premiers retours d’expérience positifs, même si le suivi des restrictions reste perfectible, selon Marie Deyts: « Je pense par exemple que le bracelet électronique est plus efficace que le contrôle judiciaire dans les cas de violences conjugales. »

    Lutte contre la prostitution

    En ligne de mire également, la lutte contre la prostitution. Dans le Val-de-Marne, il n’existe pas encore d’organismes institutionnels ou associatifs qui chapeautent le réseau entre police nationale, structures sociales et associations locales. Mais les choses évoluent. « On va faire un diagnostic de la situation en Val-de-Marne », annonce Hélène de Rugy, déléguée générale de l’association l’Amicale du Nid, représentée à l’échelle nationale, mais qui n’a pas d’antenne dans le département.

    Déployé sur l’ensemble du territoire, le plan de lutte contre les violences faites aux femmes sera aussi mis en valeur par des campagnes de communication. Au total, 125 millions d’euros sont alloués à ce nouveau plan. Pour rappel, les victimes de violences conjugales peuvent contacter gratuitement et anonymement le 3919. Un site Internet est également disponible.

    A lire aussi 

    Lutte contre les violences faites aux femmes: les villes du Val-de-Marne mobilisées

    https://94.citoyens.com/evenement/lutte-contre-les-violences-faites-aux-femmes-les-villes-du-val-de-marne-mobilisees/embed#?secret=iUfqIoWG8Q

    Les chiffres, au niveau national

    Violences conjugales
    1 femme décède tous les 2,7 jours victime de son conjoint ou ex-conjoint : 122 femmes ont été tuées
    en 2015.
    Violences sexuelles
    Chaque année, en moyenne, 84 000 femmes majeures sont victimes de viol ou de tentatives de viol. Dans 90% des cas, ces agressions ont été perpétrées par une personne connue de la
    victime. Dans 37% des cas, c’est le conjoint qui est l’auteur des faits.
    Enfants victimes des violences conjugales
    143 000 enfants vivent dans un foyer où leur mère a déclaré être victime de violences de la part de son conjoint ou ex-conjoint. 42% d’entre eux ont moins de 6 ans.
    Les conséquences sont parfois fatales. En 2015, 36 enfants mineurs ont été tués par leur père dans le cadre de violences au sein du couple : 11 en même temps que leur mère et 25 sans que l’autre parent n’ait été tué ; 68 étaient présents sur la scène de l’homicide ou au domicile ; 96 enfants sont devenus orphelins suite aux homicides au sein du couple.
    Les jeunes femmes (18-25 ans)
    1 victime d’agression sexuelle sur 3 était âgée de 18 à 25 ans au moment de l‘agression ; 20% des victimes de violences conjugales sont âgées de 20 à 24 ans en Ile-de-France ; 90% des mariages forcés sont réalisés avant 25 ans ;
    1 jeune fille sur 5 a été insultée en ligne sur son apparence physique et 1 sur 6 a été confrontée à des cyberviolences à caractère sexuel par photos, vidéos ou textos.
    Les femmes en situation de handicap
    Le handicap est un facteur aggravant d’exposition aux violences faites aux femmes : des taux de prévalence plus importants sont enregistrés pour les femmes en situation de handicap. Ils
    correspondent à 3,9% des femmes handicapées et 1,87% des femmes en moyenne.
    Les femmes des territoires ultramarins
    La prévalence des violences faites aux femmes est plus forte dans les territoires ultramarins : elles sont 15% à la Réunion et 18% à la Martinique à se déclarer victimes de violences conjugales, lorsque ces dernières concernent 10% des femmes dans l’hexagone.

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    La lutte contre les violences faites aux femmes, un combat de longue haleine

    Marisol Garcia Vicente, Marie-Françoise Larnaudie, Marie Da Costa, Morgane Colrat (stagiaire) et Daniel Mazet (membre de l'association ; de gauche à droite) ont insisté sur la nécessité de faire preuve de fermeté et de vigilance dans le combat mené contre les violences faites aux femmes./DDM, R.G.
    Marisol Garcia Vicente, Marie-Françoise Larnaudie, Marie Da Costa, Morgane Colrat (stagiaire) et Daniel Mazet (membre de l’association ; de gauche à droite) ont insisté sur la nécessité de faire preuve de fermeté et de vigilance dans le combat mené contre les violences faites aux femmes./DDM, R.G

    Le planning familial de Rodez organisait, hier, une opération portes ouvertes qui s’inscrivait dans la perspective de la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, qui aura lieu vendredi.

    Plus que jamais déterminé à combattre les violences infligées aux femmes, le gouvernement a dévoilé, hier matin, un nouveau plan interministériel comprenant une centaine de mesures étalées sur deux ans (2017-2019) et doté d’un budget de 125 millions d’euros, soit 59 de plus que le précédent. Une hausse significative, que le HCE (Haut conseil à l’égalité) avait appelée de ses vœux dans un rapport rendu public la veille, et révélatrice de l’ampleur d’un phénomène prenant de multiples formes (harcèlement moral ou sexuel, viol, mariage forcé…) et tendant à ne plus répondre au principe de l’iceberg.

    «Les violences faites aux femmes ont toujours existé, souligne Marie Da Costa, salariée du planning familial de Rodez. Ce qui est certain, en revanche, est que l’on en parle davantage aujourd’hui. Elles démontrent que les rapports hommes-femmes ne sont pas égalitaires dans notre société. »

    «Dépendance économique à l’autre»

    Après avoir connu une forte hausse entre 2011 et 2012 (passage de 121 à 147), le nombre de femmes victimes, de la part d’un homme (partenaire ou ex-partenaire de vie), d’assassinat, d’homicide ou de violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner, a diminué au cours des trois dernières années, basculant de 121 en 2013 à 118 en 2014 et 115 en 2015 (1). Cela étant, derrière ces trop nombreux cas, d’autres, dénués d’issue tragique mais présentant un caractère bien plus insidieux, ont tendance à se multiplier, et ce dans toutes les catégories socio-professionnelles.

    «Il y a, à Rodez, des femmes ne touchant qu’une petite retraite qui se “vendent” sur des sites de rencontres afin de trouver un homme qui puisse subvenir à leurs besoins», révèle Marisol Garcia Vicente, membre de la Ligue des Droits de l’Homme.

    «Il est fréquent que dans le milieu agricole, des épouses travaillent toute leur vie sans être déclarées, ajoute Marie-Françoise Larnaudie, bénévole au planning familial et membre du conseil d’administration. En cas de problème conjugal, elles peuvent hésiter à demander le divorce parce qu’elles n’ont pas assez d’argent de côté. On fait alors face à une dépendance économique à l’autre.»

    Des actions menées auprès des jeunes

    Évolution de la société oblige, le terrain d’expression des violences s’est aujourd’hui étendu à Internet, par le biais, notamment, des réseaux sociaux. Une dérive qui se constate en priorité chez les jeunes et contre laquelle le planning familial lutte tout particulièrement, au travers d’interventions dans les établissements scolaires.

    «C’est un travail de longue haleine, confie Marie Da Costa. On essaye de discuter avec les élèves de toutes les fausses représentations qu’ils peuvent avoir au sujet des rapports entre les garçons et les filles. Ils ne mesurent pas le poids de leurs mots, notamment sur Internet, ce qui a tendance à les déresponsabiliser. Ils oublient que la violence commence fréquemment par des blagues ou des insultes qui, pour eux, semblent anodines. Par ailleurs, les images négatives sont souvent véhiculées par les adultes. Il est donc essentiel d’agir le plus tôt possible, pour éviter que les jeunes les reproduisent plus tard.»

    «Il est nécessaire que les filles et les femmes prennent conscience qu’il ne faut rien lâcher, conclut Marisol Garcia Vicente. On pensait que la société avait évolué et que l’on avait gagné grâce au féminisme, mais on constate que si l’on ne fait pas preuve de vigilance, on revient vite en arrière. C’est un combat de tous les instants.»

    (1) : statistiques issues de l’étude nationale sur les morts violentes au sein du couple au cours de l’année 2015.


    Le chiffre : 223 000 femmes > C’est le nombre de celles qui subissent des violences conjugales chaque année. 84 000 sont victimes de viol ou de tentative de viol.

Un plan renforcé de lutte contre les violences faites aux femmes

Laurence Rossignol a présenté mercredi 23 novembre en Conseil des ministres le 5e plan de lutte contre « toutes » les violences faites aux femmes. Ce plan d’action sur trois ans comporte 122 mesures destinées à faire baisser un nombre de victimes « dramatiquement stable », déplore la ministre.

Laurence Rossignol a présenté mercredi 23 novembre en Conseil des ministres le 5e plan de lutte contre « toutes » les violences faites aux femmes.

ZOOM

Laurence Rossignol a présenté mercredi 23 novembre en Conseil des ministres le 5e plan de lutte contre « toutes » les violences faites aux femmes. / Michelangelo Oprandi/Fotolia

Les chiffres restent implacables. En 2015, en France, 122 femmes ont été tuées sous les coups de leur conjoint ou ex-conjoint. Chaque année en moyenne, 84 000 femmes majeures sont victimes de viol ou de tentatives de viol. Afin de lutter plus efficacement contre ces violences faites aux femmes, la ministre des familles, de l’enfance et des droits des femmes Laurence Rossignol met les bouchées doubles.

Mercredi 23 novembre, elle a annoncé un doublement des moyens alloués à cette lutte. Le 5e plan interministériel, qui couvrira la période 2017-2019 sera doté de 125 millions d’euros. Ce plan compte aussi 122 mesures concrètes. Parmi les plus emblématiques, citons la création de 350 places d’hébergement d’urgence supplémentaires, afin de parvenir à un total de 4 900 places dédiées. De nombreuses avancées concernent par ailleurs la formation des professionnels de santé, travailleurs sociaux et magistrats.

> À lire : Les Françaises davantage victimes de violences que le reste des Européennes

Mieux protéger les enfants

Une attention particulière est portée aux enfants. Ceux-ci paient en effet un lourd tribut aux violences conjugales, rappelle le texte ministériel. En effet, 143 000 enfants vivent aujourd’hui dans un foyer où une femme a déclaré être victime de violences de la part de son conjoint ou de son ex-conjoint. Parmi ces enfants, 42 % sont âgés de moins de 6 ans. Les conséquences sont parfois fatales. En 2015, en effet, 36 enfants mineurs ont été tués par leur père dans le cadre de violences au sein du couple, et 96 sont devenus orphelins.

La prise en charge des mères et des enfants doit être mieux articulée. À cette fin, une formation spécifique des professionnels médico-sociaux sera lancée dans 50 départements. Dans les cas de séparation du couple, la médiation familiale sera par exemple proscrite pour fixer l’exercice de l’autorité parentale, évitant que le conjoint violent n’impose ses choix.

Un guide contre le cyber-sexisme

Autre cheval de bataille : la lutte contre le cyber-sexisme. Les jeunes femmes y étant davantage exposées (harcèlement en ligne, diffusion de photos à caractère intime), un guide sera publié à leur intention, afin de les aider à connaître leurs droits. Pour les femmes vivant en milieu rural, où les dispositifs sont moins nombreux et accessibles, des « bons taxis » seront, par ailleurs, expérimentés.

À deux jours de la Journée internationale contre les violences faites aux femmes, le vendredi 25 novembre, Laurence Rossignol en a appelé à « la responsabilité » de chacun. Vendredi, une campagne pour faire connaître le 3919, numéro national de Violences femmes info, et déconstruire des stéréotypes associés aux violences faites aux femmes sera lancée.

À lire : Femmes victimes de violences : le 3919 a traité deux fois plus d’appels en 2014

Société – Le gouvernement double les moyens contre les violences faites aux femmes. Violences conjugales : toujours trop

Les terribles chiffres de la violence conjugale en France baissent… très lentement. Les associations en première ligne attendent des pouvoirs publics des moyens durables et une meilleure prise en charge des enfants.

Une femme meurt sous les coups de son compagnon tous les trois jours (122 en 2015, 223 000 victimes de violences conjugales) : ce chiffre diminue très lentement, d’année en année, malgré les nombreuses campagnes de sensibilisation et le succès du numéro d’écoute 3919. « Si le nombre de victimes reste très élevé, c’est aussi parce que le comptage a été amélioré», précise Françoise Brié, porte-parole de la Fédération nationale solidarité femmes.

Violence et lune de miel

Avec la communication massive, pourquoi des victimes ne parlent toujours pas ? « Il y a déjà la question de l’emprise, répond Françoise Brié. Elles sont enfermées, parfois isolées, et le couple alterne entre phases violentes et lunes de miel. Elles ont souvent des enfants. Et puis, viennent les questions socio-économiques. Si toutes les femmes sont susceptibles de connaître la violence conjugale, celles qui vivent en situation précaire ont beaucoup plus de mal à en sortir.»

Qui sont les auteurs?

223 000 victimes, cela signifie au moins autant d’auteurs de violences. Une association fondée en 1987 propose à ces derniers un suivi psychologique et des groupes de parole. «On reçoit des justiciables, mais aussi des gens qui nous appellent d’eux mêmes. On voit de plus en plus de volontaires », indique le directeur de SOS violences familiales, Alain Legrand, psychologue.

Qui sont ces hommes? «Je distingue deux grandes catégories: les hommes violents dans un processus de domination, de sadisme, de perversité. Et ceux qui réagissent à un conflit par la violence. On retrouve chez tous (3500 personnes sont suivies par l’association en France, ndlr) des problèmatiques similaires, comme l’abandon, l’angoisse de la séparation…»

Pour les auteurs de violences, consulter l’association est déjà le signe d’une prise de conscience. Quant aux résultats, ils sont évidemment variables.

« Certains n’ont fait que prendre du recul, d’autres changent profondément», résume Alain Legrand, également président de la Fédération nationale des associations et des centres de prise en charge d’auteurs de violences conjugales et familiales. Il espère uneavancée avec les prochaines campagnes du gouvernement : qu’on ne résume pas l’agresseur à un simple monstre. « Celui qui est susceptible de se remettre en question ne se considère pas comme un monstre, donc le message passe à côté. Et celui qui est vraiment un monstre n’est pas touché.»

Les enfants, ces oubliés

Les autres victimes sont les enfants, longtemps oubliés. «Les associations militent contre la garde alternée et la médiation familiale», explique Françoise Brié. Le gouvernement propose des espaces protégés de dialogue familial et garantit le paiement des pensions alimentaires dans son 5e plan de lutte contre les violences faites aux femmes ( lire par ailleurs ). En 2015, 15600 enfants étaient concernés par les violences conjugales. 36 ont été tués.

Violences faites aux femmes : pour une parole libérée

Émilie Dubourg, du Planning familial (à gauche) ; Fabienne Cutard, de Solidarité accueil (au centre), Valérie Durand, déléguée départementale (troisième en partant de la droite). - Émilie Dubourg, du Planning familial (à gauche) ; Fabienne Cutard, de Solidarité accueil (au centre), Valérie Durand, déléguée départementale (troisième en partant de la droite).

Émilie Dubourg, du Planning familial (à gauche) ; Fabienne Cutard, de Solidarité accueil (au centre), Valérie Durand, déléguée départementale (troisième en partant de la droite).

Le 25 novembre sera la Journée internationale d’élimination des violences faites aux femmes. Des animations auront lieu dans tout le département.

Il faut dire le mot « violence ». Il faut le banaliser. Les femmes n’osent pas le dire et la honte doit changer de camp, affirme sans détours Émilie Dubourg, de l’accueil du Planning familial de l’Indre. L’association adhère au Collectif de l’Indre pour les droits des femmes qui organise des actions dans tout le département, dans le cadre de la Journée internationale d’élimination des violences faites aux femmes, vendredi 25 novembre.

S’autoriser à parler

L’Indre a lancé, en 2014, un protocole départemental pour l’accueil et l’accompagnement des victimes de violences faites aux femmes, auquel adhèrent vingt-sept structures. « Il faut que les femmes s’autorisent à parler, à dénoncer, insiste Valérie Durand, déléguée départementale aux droits des femmes qui coordonne l’opération. Ce n’est plus possible aujourd’hui que des femmes meurent sous les coups de leurs conjoints. »
Depuis 2014, une cellule spéciale, Accueil et écoute 36, a été lancée. Installée dans les locaux du Planning familial, elle reçoit des appels réguliers de femmes victimes de violences. « Le premier contact est souvent un appel téléphonique. Nous avons souvent un pic d’appel autour du 8 mars, Journée internationale de la femme, et du 25 novembre », explique Fabienne Cutard, chef de service à Solidarité accueil. Un travail qui consiste essentiellement à écouter, puis à réorienter la personne vers des réseaux partenaires spécialisés. « Quand elles appellent, c’est souvent en période de crise. On a soixante-douze heures maximum avant qu’elles ne passent à une autre phase. Après, le doute s’installe, le sentiment de honte reprend le dessus », poursuit la responsable. Attention aux clichés : cette situation touche tout le monde. « On reçoit des femmes de médecins, de gendarmes, des jeunes comme des anciens. On se trompe aussi en pensant que ces personnes sont faibles. Elles sont souvent combatives, et c’est en partie pour cela qu’elles sont attaquées, car les conjoints veulent les rabaisser. »
La journée du 25 novembre se présente comme un premier pas vers la sortie du cercle vicieux de la violence conjugale.

Violences faites aux femmes : tous mobilisés


34711778216 000 femmes sont victimes de violences dans un cadre conjugal…
Cyril Dodergny

Un numéro vert, une campagne d’affichage, une rencontre avec une experte dans la prise en charge des victimes de violences… Demain, la principauté unie contre ce fléau

La journée de demain est dédiée aux violences faites aux femmes. Si une journée est ainsi consacrée à cette cause, c’est bien parce qu’il s’agit de ne plus se voiler la face. En France, 216 000 femmes sont victimes de violences dans un cadre conjugal. À Monaco, aucun chiffre n’est communiqué. Il ne correspondrait pas, du reste, à grand-chose, considérant le nombre d’habitants. Mais il s’agit bien, toutefois, pour le gouvernement, de lutter contre un fléau qui n’a pas de frontières.

“Crimes passionnel”, “drame familial”: pour en finir avec la banalisation médiatique des violences faites aux femmes

(© JACQUES DEMARTHON / AFP)

Derrière le collectif “Prenons la une”, une trentaine de journalistes encouragent les médias à signer leurs 11 recommandations “Pour un traitement plus juste des violences faites aux femmes” où l’on apprend à quel point il est important de bannir les expressions “Crime passionnel”, ou encore “elle avoue avoir été violée”.

“Pédophile ou immature, un jeune homme condamné à un an ferme”, “Peine de cœur et cocktails Molotov “, ou encore “Marche blanche pour Aïssatou, 21 ans, tuée par ‘jalousie’… Vous avez certainement vu passer ces titres de presse, sans pour autant vous formaliser. Pourtant, ces mots ont un sens, et pas n’importe lequel. C’est ce que cherche à mettre en lumière le collectif Prenons la une qui soumet, depuis le 17 novembre, aux médias des outils pour utiliser les mots justes afin de ne plus minimiser les violences faites aux femmes. Au total, onze recommandations qui rappellent combien le poids des mots dans les médias est important.

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Prenons la une né en mars 2013, “dans le but de plaider et d’oeuvrer à une meilleure représentation de ces femmes”, nous explique Audrey Lebel, journaliste indépendante et porte-parole du mouvement. Le collectif regroupe une trentaine de journalistes de médias différents qui organisent plusieurs actions dans l’année, afin de sensibiliser sur cette thématique, “sans pour autant être dans une posture moralisatrice”, insiste la journaliste.

Responsabilité médiatique

En plus de souligner l’importance de l’usage des termes, le collectif plaide pour une meilleure représentation des femmes dans les médias, et encourage notamment les initiatives de création d’annuaires d’expertes.

“Les femmes expertes n’apparaissent que très peu, elles ne sont que 17 % à être invitées à prendre la parole dans les médias. Mais on est toutes journalistes, donc nous sommes également confrontées à cette problématique. Quand il s’agit de faire un papier dans l’urgence, on peut avoir tendance à contacter souvent les mêmes experts, qui ont l’habitude des médias et qui répondent facilement”, indique Audrey Lebel. “Mais on s’est dit que c’était peut-être aux journalistes elles-mêmes de pointer du doigt ces choses-là.”

Le 17 novembre dernier, à quelques jours de la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes (25 novembre), Prenons la une organisait un colloque sur le traitement médiatique des violences faites aux femmes. C’est dans ce cadre que le collectif a encouragé les médias en s’engager pour un traitement plus juste “de ce fait de société, qui n’est pas un fait divers”, rappelle Audrey Lebel. “Nous sommes parties du constat qu’il y a encore énormément de médias qui utilisent des termes qui n’ont aucune valeur juridique”. Parmi eux, on trouve “crime passionnel”, “drame familial “, ou encore “dérapage”, qui traitent des violences faites aux femmes de façon légère, voire carrément dédramatisantes.

“Drame familial”, “crime passionnel” : une invention journalistique ?

Des expressions que l’on retrouve fréquemment, comme en atteste “Les mots tuent”, le tumblr de la journaliste et blogueuse féministe, Sophie Gourion, qui compile certaines de ces unes de presse pour dénoncer le traitement médiatique des violences faites aux femmes.

https://embed.tumblr.com/embed/post/lgn6nMR1UnCxIwykiI_itQ/151565492707?width=542&language=en_US&did=967ce9911706c2b2665ca2fdb30031c467196d21 https://embed.tumblr.com/embed/post/lgn6nMR1UnCxIwykiI_itQ/149598948477?width=542&language=en_US&did=01d45f55ca09becd444829f191abb9bd2de8de2f

“L’expression ‘drame familial’ est issue du champ lexical du théâtre : le drame n’est pas une expression neutre, il fait appel à l’affect et à l’émotion. Il a pour but de romantiser l’horreur du crime. Le meurtrier n’est plus un homme violent mais presque un héros de roman, pris dans les turpitudes de la passion ou de la jalousie. Il tue malgré lui. Par ailleurs, l’expression ‘drame familial’ laisse entendre que la cellule familiale, la conjointe ont ont une part de responsabilité sans ces violences”, nous expliquait-elle.

De même “Crime passionnel” ne correspond à aucune qualification juridique, il s’agit en réalité d’une invention journalistique. Le 24 novembre 2014, Prenons la une publiait une tribune dans les colonnes de Libération intitulée “Le crime passionnel n’existe pas”. Utiliser l’expression contribue à “minimiser d’emblée la responsabilité du meurtrier présumé, voire à l’effacer. La passion, c’est ce qui nous dépasse”.

Le drame évoque l’accident, et occulte la violence. A chaque fois qu’un(e) journaliste utilise ces termes, c’est l’argumentaire qui emprunte à l’inconscient romanesque et se délecte des archétypes, il n’y aurait que de l’amour déçu et des meurtriers malgré eux.(…) Le fait divers ne vaut d’être raconté que s’il est contextualisé, pour ce qu’il dit de notre société, et ce qu’il nous permet de ne plus reproduire.”

(bfmtv.com)

Bien qu’on la retrouve souvent classée dans la rubrique “faits divers” la question des violences faites aux femmes est un véritable sujet de société. Selon une étude de l’Observatoire nationale des violences faites aux femmes, chaque année, plus de 216 000 femmes sont victimes de violences de la part de leur ancien ou actuel partenaire intime. Et 84 000 femmes sont victimes de viol  ou tentatives de viol. Des chiffres que le collectif rappelle en prélude de ses recommandations pour “permettre un traitement journalistique le plus juste possible”.

Une minimisation du crime

Prenons la une encourage par exemple à éviter l’utilisation des termes quiminimisent l’acte de l’agresseur en le considérant comme emporté par l’amour et la passion”. Il convient alors de privilégier les expressions “meurtre conjugal”, ou “meurtre par le partenaire intime”, explique le document. Le collectif appelle également à éviter d’utiliser les verbes “avouer” et “reconnaître” lorsque l’on parle d’un viol. “Elle avoue avoir été violée, laisse croire à un rôle joué par la victime dans son agression, et une forme de culpabilité. Préférer l’expression ‘a été violée’ ou ‘a subi un viol’ . Les recommandations invitent également à intégrer le “3919”, le numéro d’écoute national destiné aux femmes victimes de violences.

Prenons la Une

“Nous sommes là avant tout pour sensibiliser les journalistes sur la question, et non pas pour leur dire ce qu’ils doivent faire”, rappelle Audrey Lebel qui se réjouit que certaines rédactions aient affiché les onze recommandations dans leurs bureaux. France Medias MondeLibération, France Info, France InterNéon, Causette, ou encore L’Humanité, font partie des signataires.  “Les chiffres sont là. Les violences faites aux femmes sont une réalité, donc il faut prendre conscience que ce sujet ne peut pas être traité à la légère ou sur un ton qui se veut humoristique. Les journalistes doivent être irréprochables sur l’usage des mots si l’on veut une réelle une prise de conscience de la société”, conclut-elle.

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#BatsMoi, la campagne géniale contre les violences faites aux femmes qui file des frissons (Vidéo)

Laure Gautherin  Laure Gautherin

La branche pakistanaise d’ONU Femmes a dévoilé dimanche un clip percutant pour dénoncer les violences faites aux femmes tout en mettant en lumière la force de ces dernières capables d’accomplir de grandes choses. A voir absolument !

Depuis des années, ce chiffre ne bouge pas. Dans le monde, 1 femme sur 3 est toujours victime de violences (physiques, verbales, conjugales, etc.). Il faut que cela change et les nombreuses campagnes ont un rôle important à jouer. Mais tandis que beaucoup d’entre elles agissent comme une piqûre de rappel et présentent les femmes comme des victimes, l’ONU Femmes au Pakistan a voulu insister sur un autre point, peu exploité et pourtant puissant : leur force. Avec sa campagne #BeatMe (Bats Moi), l’organisation a réussi à brillamment mettre en lumière ces deux sujets pour transmettre un message plus motivant que jamais.

Dans ce clip en noir et blanc, des femmes de toutes générations se succèdent. « Bats-moi », murmurent-elles, presque implorantes, à tour de rôle. Mais ce ne sont pas des coups qu’elles supplient les hommes de leur donner ! « Bats-moi avec tes poings ! » lance l’une d’elles, retirant son peignoir pour dévoiler une tenue de boxeuse. « Bats-moi avec tes pieds« , défie la deuxième, qui n’est autre que l’athlète Naseem Hameed, multi-médaillée et surnommée la femme la plus rapide de l’Asie du Sud. « Bats-moi avec ta voix, n’importe quel mot« , provoquent ensuite Meesha Shafi, chanteuse, et Sana Bucha, journaliste. « Je peux supporter les coups. Mais toi, le peux-tu ?« 

Chacune de leur parole fait très habilement référence à une forme d’abus subi par tant de femmes à travers le monde tout en mettant en avant leur spécialité, la réussite qu’elles sont parvenues à atteindre malgré une société patriarcale qui a tenté de les écraser. « Bats-moi au sommet de la montage« , challenge ainsi, sûre d’elle, Samina Baig, seule Pakistanaise à avoir gravi le Mont Everest. Vient finalement le défi ultime : « Bats-moi à la vie« , déclare sereinement une future mère. La vidéo s’achève sur ces mots : « Parce que je n’attends qu’une chose, te montrer que je suis imbattable » ! Qui dit mieux ?

« Partout, il y a des femmes talentueuses et courageuses »

« La campagne #BeatMe fait comprendre de manière émouvante et à travers un message universel que les violences verbales et physiques à l’encontre des femmes au Pakistan et ailleurs sont inacceptables, explique Jamshed Kazi, représentante d’ONU Femmes au Pakistan. Si les hommes choisissent de traiter les femmes aussi mal, en les battant, en les brûlant, en les violant et en les tuant, et que cela n’a que peu ou aucune conséquence, cela réduit à néant tous les efforts faits pour construire un monde plus sûr où les filles et les femmes peuvent s’épanouir. Dans tous les pays, il y a des filles et des femmes résistantes, pleines de ressources, talentueuses et courageuses. Cette campagne célèbre leurs forces et leurs réussite, le fait qu’elles sont imbattables, et reconnaît l’égalité comme un moteur conduire les nations et société vers le succès.

A lire aussi : L’armée polonaise donne des cours de self-defense aux femmes gratuitement

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