Les gendarmes de Vichy nous gardaient

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Montreuil-Bellay : l’hommage de la France aux Tsiganes internés pendant la Guerre

Jannick Alimi @jannickalimi1

Montreuil-Bellay : l'hommage de la France aux Tsiganes internés pendant la Guerre

Dans ce camp de Montreuil-Bellay, dans le Maine-et-Loire (ici en 1944), plus de 2 000 Tsiganes et sans-domicile -fixe ont été internés

Le chef de l’Etat va reconnaître aujourd’hui la responsabilité de la France dans leur internement entre 1940 et 1946.

 

Toutes les associations de Tsiganes et des gens du voyage l’attendaient. François Hollande, qui se rend aujourd’hui à Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire), devrait reconnaître la responsabilité du pays dans l’internement des nomades et des sans-domicile-fixe durant la Seconde Guerre mondiale… et même après, puisque le dernier camp a fermé en mai 1946.

« Le régime de Vichy, d’abord, puis la France ont interné des Tsiganes contre leur gré et le président dira qu’il faut le reconnaître et l’assumer », explique-t-on dans l’entourage du président. « Cette visite s’inscrit dans le travail de mémoire que le chef de l’Etat a engagé depuis le début de son quinquennat pour réconcilier toutes les mémoires et n’en constituer qu’une seule, celle de la France », ajoute la présidence. L’Etat avait franchi un premier pas vers la reconnaissance de la participation de la France dans cet internement familial en juillet 2010. L’ancien secrétaire aux Anciens Combattants Hubert Falco l’avait alors évoquée lors d’une Journée nationale de la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’Etat français.

Reconnaître la caravane comme un logement

Montreuil-Bellay (où François Hollande inaugurera une stèle mémorielle) était le plus grand des 31 camps gérés par les autorités françaises et entre 6 000 et 6 500 personnes y furent internées. Là, près d’Angers, plus de 2 000 nomades, des Tsiganes mais aussi des sans-domicile-fixe de Nantes, furent internés de novembre 1941 à janvier 1945. Une centaine périrent. Classé monument historique en 2012, le site de Montreuil-Bellay, dont il ne reste que des vestiges, est hautement symbolique. Il témoigne du traitement dramatique — insalubrité, malnutrition et maladies — enduré par les gens du voyage entre 1940 et 1946.

Montreuil-Bellay: Hollande rendra hommage ce samedi aux Tsiganes internés par le régime de Vichy

Le président François Hollande se rendra ce samedi à Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire) pour rendre un hommage très attendu aux Tsiganes internés par le régime de Vichy entre 1940 et 1946. C’est la première fois qu’une visite présidentielle sur le site de cet ancien camp d’internement a lieu.
Cette visite « s’inscrit dans le travail de mémoire que le chef de l’Etat a engagé depuis le début de son quinquennat pour réconcilier toutes les mémoires et n’en constituer qu’une seule, celle de la France ».        ©Thierry Charlier/AFP

François Hollande se rendra ce samedi 29 à Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire) pour rendre un hommage très attendu aux Tsiganes internés par le régime de Vichy et jusqu’en 1946, effectuant la première visite présidentielle sur le site de cet ancien camp d’internement, a-t-on appris auprès de l’Elysée. « L’esprit de ce déplacement est de rendre hommage à tous ces hommes, ces femmes et ces enfants, Tsiganes internés par le gouvernement de Vichy en 1940 et jusqu’en 1946, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale », a-t-on expliqué de même source.

Soixante-dix ans après la libération des derniers Tsiganes internés en France, leurs descendants et les associations attendent une reconnaissance officielle de leurs souffrances. François Hollande, a-t-on précisé à l’Elysée, « reviendra aussi sur la discussion en cours au Parlement dans le cadre de la loi +Egalité et citoyenneté+, (le député PS) Dominique Raimbourg ayant proposé l’abrogation de la loi de 1969 qui avait créé un livret de circulation pour les gens du voyage ».

Toujours selon la présidence, cette visite « s’inscrit dans le travail de mémoire que le chef de l’Etat a engagé depuis le début de son quinquennat pour réconcilier toutes les mémoires et n’en constituer qu’une seule, celle de la France ». Outre le chef de l’Etat, des membres du gouvernement, des élus et des représentants d’associations, une dizaine d’anciens internés à Montreuil-Bellay doivent assister à la cérémonie.

Montreuil-Bellay était le plus grand des 31 camps gérés par les autorités françaises jusqu’en 1946, dans lesquels furent internés entre 6.000 et 6.500 nomades. Plus de 2.000 nomades, des Tsiganes mais aussi des sans domicile fixe de Nantes, y furent internés de novembre 1941 à janvier 1945. Une centaine périrent.

L’Etat avait franchi un premier pas vers la reconnaissance de la participation de la France dans cet internement familial en juillet 2010, par la voix de l’ancien secrétaire aux Anciens combattants Hubert Falco, en l’évoquant lors d’une « Journée nationale de la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’État français ».

Tsiganes: Hollande reconnaît la responsabilité de la France

François Hollande à Paris - STEPHANE DE SAKUTIN - POOL/AFP
François Hollande à Paris STEPHANE DE SAKUTIN  /  POOL/AFP

François Hollande a reconnu samedi la responsabilité de la France dans l’internement de milliers de Tsiganes par le régime de Vichy et jusqu’en 1946, lors de la première visite présidentielle sur le site de cet ancien camp d’internement de Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire).

« Le jour est venu et il fallait que cette vérité soit dite », a dit le président français. « La République reconnaît la souffrance des nomades qui ont été internés et admet que sa responsabilité est grande dans ce drame », a-t-il poursuivi lors d’une cérémonie d’hommage, où étaient présents plusieurs survivants

Tsiganes: Hollande à Montreuil-Bellay pour un hommage attendu

Paris (AFP) – François Hollande se rendra samedi à Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire) pour rendre un hommage très attendu aux Tsiganes internés par le régime de Vichy et jusqu’en 1946, effectuant la première visite présidentielle sur le site de cet ancien camp d’internement, a-t-on appris auprès de l’Elysée.

« L’esprit de ce déplacement est de rendre hommage à tous ces hommes, ces femmes et ces enfants, Tsiganes internés par le gouvernement de Vichy en 1940 et jusqu’en 1946, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale », a-t-on expliqué de même source.

Soixante-dix ans après la libération des derniers Tsiganes internés en France, leurs descendants et les associations attendent une reconnaissance officielle de leurs souffrances.

François Hollande, a-t-on précisé à l’Elysée, « reviendra aussi sur la discussion en cours au Parlement dans le cadre de la loi +Egalité et citoyenneté+, (le député PS) Dominique Raimbourg ayant proposé l’abrogation de la loi de 1969 qui avait créé un livret de circulation pour les gens du voyage ».

Toujours selon la présidence, cette visite « s’inscrit dans le travail de mémoire que le chef de l’Etat a engagé depuis le début de son quinquennat pour réconcilier toutes les mémoires et n’en constituer qu’une seule, celle de la France ».

Outre le chef de l’Etat, des membres du gouvernement, des élus et des représentants d’associations, une dizaine d’anciens internés à Montreuil-Bellay doivent assister à la cérémonie.

Montreuil-Bellay était le plus grand des 31 camps gérés par les autorités françaises jusqu’en 1946, dans lesquels furent internés entre 6.000 et 6.500 nomades.

Plus de 2.000 nomades, des Tsiganes mais aussi des sans domicile fixe de Nantes, y furent internés de novembre 1941 à janvier 1945. Une centaine périrent.

L’Etat avait franchi un premier pas vers la reconnaissance de la participation de la France dans cet internement familial en juillet 2010, par la voix de l’ancien secrétaire aux Anciens combattants Hubert Falco, en l’évoquant lors d’une « Journée nationale de la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’État français ».

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Hollande libère enfin les Tsiganes de Montreuil-Bellay

2.000 Tsiganes ont été internés à Montreuil-Bellay. - 2.000 Tsiganes ont été internés à Montreuil-Bellay. - (Photo archives NR)

2.000 Tsiganes ont été internés à Montreuil-Bellay. – (Photo archives NR)

L’hommage rendu ce samedi aux internés du camp de Maine-et-Loire, éclaire l’une des parts les plus sombres et les plus étouffées de l’histoire française.

Le président de la République dévoilera ce samedi matin le mémorial créé par la céramiste Armelle Benoît, marquant ainsi l’hommage national rendu aux Tsiganes internés au camp de Montreuil-Bellay sous le régime de Vichy.

C’est comme si cette partie de l’Histoire était tirée de l’oubli. Et pourtant, plus de 6.000 nomades, la plupart des Tsiganes, ont été internés voire déportés pendant la Seconde Guerre mondiale, dont 2.000 au camp de Méron, près de Montreuil.

Les barbelés, et les épluchures de patates

Quoique tardif – il arrive soixante-dix ans après la libération du dernier tsigane –, cet hommage honore également le travail inlassable de l’historien local, Jacques Sigot, qui s’est souvent heurté à la résistance de la population montreuillaise pour restituer cette mémoire.

« Je n’ai jamais su pourquoi on a mérité les barbelés, le froid et cette nourriture infecte distribuée une fois par jour, des épluchures de patates… » s’était souvenu « Poulouche » en 1988, à l’inauguration de la stèle du camp (financée avec quelques amis). « Poulouche », pour Jean-Louis Bauer, un des internés, était décédé avant d’avoir vu s’ériger « le vrai monument » qu’il souhaitait.

« Cette histoire doit être révélée car elle est assez peu connue, par certains enseignants eux-mêmes », commente Virginie Daudin, directrice du Centre régional Résistance et Liberté de Thouars (CRRL), à vingt kilomètres de Montreuil (Maine-et-Loire).
Issu de la Résistance, le CRRL sème, depuis des années, les graines de la connaissance en participant à l’information pédagogique des élèves de la région montreuillaise, thouarsaise et bien au-delà.

Il a donc été missionné pour préparer l’hommage national qu’il poursuivra, dans le temps, par un parcours pédagogique sur le site afin d’en assurer la pérennité pour les générations à venir. « Les flux de population génèrent des craintes totalement infondées », rappelle Virginie Daudin. Résonance. La peur de l’autre – des migrants de jadis à ceux d’aujourd’hui – est un ressort qui ne s’use jamais.

De la BD au cinéma

Lanceur d’alerte avant l’heure, Jacques Sigot qui était instituteur à l’époque, redécouvre soigneusement enfouie dans la mémoire collective, la triste histoire du camp d’internement de Montreuil-Bellay. Compilant les documents, croisant les témoignages, l’enseignant publie une première synthèse en 1983, posant le sujet et par là-même la question de la responsabilité morale de la société du moment.

Cette piste ouverte a inspiré le cinéaste Tony Gatlif, auteur en 2010 d’un docu-fiction intitulé « Liberté ». La BD s’est fait écho de cette tragédie sous le trait précis de Kkriss Mirror, Saumurois d’origine, et signataire de deux albums sur le sujet : « Le Jollec, histoire du camp de Montreuil » (Ed. EHP, 1994) et « Tsiganes » paru en 2008 aux Éditions Proust.

Hollande samedi à Montreuil-Bellay pour un hommage aux Tsiganes

Le président François Hollande en visite le 27 octobre 2016 à la Cité des Sciences et de l'Industrie de la Villette à Paris  / POOL/AFP

Le président François Hollande en visite le 27 octobre 2016 à la Cité des Sciences et de l’Industrie de la Villette à Paris / POOL/AFP

François Hollande se rendra samedi à Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire) pour rendre un hommage très attendu aux Tsiganes internés par le régime de Vichy et jusqu’en 1946, effectuant la première visite présidentielle sur le site de cet ancien camp d’internement, a-t-on appris auprès de l’Elysée.

« L’esprit de ce déplacement est de rendre hommage à tous ces hommes, ces femmes et ces enfants, Tsiganes internés par le gouvernement de Vichy en 1940 et jusqu’en 1946, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale », a-t-on expliqué de même source.

Soixante-dix ans après la libération des derniers Tsiganes internés en France, leurs descendants et les associations attendent une reconnaissance officielle de leurs souffrances.

François Hollande, a-t-on précisé à l’Elysée, « reviendra aussi sur la discussion en cours au Parlement dans le cadre de la loi +Egalité et citoyenneté+, (le député PS) Dominique Raimbourg ayant proposé l’abrogation de la loi de 1969 qui avait créé un livret de circulation pour les gens du voyage ».

Toujours selon la présidence, cette visite « s’inscrit dans le travail de mémoire que le chef de l’Etat a engagé depuis le début de son quinquennat pour réconcilier toutes les mémoires et n’en constituer qu’une seule, celle de la France ».

Outre le chef de l’Etat, des membres du gouvernement, des élus et des représentants d’associations, une dizaine d’anciens internés à Montreuil-Bellay doivent assister à la cérémonie.

Montreuil-Bellay était le plus grand des 31 camps gérés par les autorités françaises jusqu’en 1946, dans lesquels furent internés entre 6.000 et 6.500 nomades.

Plus de 2.000 nomades, des Tsiganes mais aussi des sans domicile fixe de Nantes, y furent internés de novembre 1941 à janvier 1945. Une centaine périrent.

L’Etat avait franchi un premier pas vers la reconnaissance de la participation de la France dans cet internement familial en juillet 2010, par la voix de l’ancien secrétaire aux Anciens combattants Hubert Falco, en l’évoquant lors d’une « Journée nationale de la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’État français ».

Montreuil-Bellay Avant l’hommage aux nomades, il raconte l’enfer qu’il a vécu

Jean Durville, mardi 25 octobre, sur le camp de Méron. 

 

Samedi, à Montreuil-Bellay, sur le site de l’ancien camp de Méron, un hommage national sera rendu aux nomades internés, sous le haut patronage du président de la République François Hollande.

Jean Durville, prisonnier à 12 ans, n’a rien oublié des souffrances endurées. Il raconte, dans Le Courrier de l’Ouest de ce vendredi.

Voici le programme de la journée de samedi à Montreuil-Bellay :

9 h 30 : accueil des participants. La RD 347 sera fermée d’un côté au niveau de la zone de La Petite Champagne et à l’entrée de la zone industrielle de Méron. De l’autre côté, route de Loudun, un parking sera installé dans la zone sur le site de France Champignon. De là, des navettes conduiront les personnes ayant des difficultés de déplacement vers le lieu de la cérémonie.

10 heures : cérémonie d’hommage national, sous le haut patronage de François Hollande, Président de la République, en présence de membres du Gouvernement. Inauguration du monument conçu par Armelle Benoît, peintre-céramiste de Durtal.

14 heures à 17 heures : Médiathèque François-Mitterrand : exposition de planches de BD de Kkrist Mirror, tirées de l’ouvrage « Manouches et Tsiganes ».

À 16 heures : visite commentée par l’auteur.

16 heures à 18 heures : Hôpital Saint-Jean de Montreuil-Bellay : exposition photographique « Traces de l’internement, conçue par le Centre Régional Résistance et Liberté de Thouars.

Jusqu’au 13 novembre, l’exposition sera ouverte tous les jours de 14 heures à 18 heures, hors jours fériés. Entrée libre. 20 h 30: A La Closerie de MontreuilBellay. Concert de Levis Reinhardt, l’arrière petit-fils de Django, en duo avec Flavio Annicchiarico, avec la participation de l’AMCT.

La mémoire retrouvée du camp de Montreuil-Bellay

Rédigé par

De 1941 à 1945, plus de 3 000 Tziganes ont séjourné ou transité dans un camp d’ « internement » à Montreuil-Bellay. 70 ans après, un mémorial national y est inauguré samedi prochain en présence au moins d’une ministre et peut-être du président de la République, François Hollande.

Sortant de l'ancienne prison du camp, Jacques Sigot, l'homme qui a exhumé cette page oubliée de l'Histoire.

Sortant de l’ancienne prison du camp, Jacques Sigot, l’homme qui a exhumé cette page oubliée de l’Histoire.

Ça ne ressemble déjà plus tout à fait l’Anjou. Du moins à l’image que l’on s’en fait. A la sortie de Montreuil-Bellay, la route de Méron coupe en deux une immense plaine où voisinent zones de cultures et de pâturages, terrains en friche, hameaux isolés et bâtiments industriels éparses. Un décor austère que traverse chaque jour une noria de poids-lourds et de voitures, en transit vers Poitiers ou Angers. Au volant, bien malin qui peut prêter attention à la stèle en ardoise plantée au bout d’un champ, à un kilomètre du célèbre château de Montreuil.

« En ce lieu se trouvait le camp d’internement de Montreuil-Bellay. De novembre 1941 à janvier 1945, plusieurs milliers d’hommes, femmes et enfants tziganes y souffrirent, victimes d’une détention arbitraire. » Sous-pesés, ce sont les mots qui figurent gravés sur la petite plaque fixée sur cette stèle. Jusqu’alors, ils étaient aussi les seuls moyens pour les promeneurs d’approcher ce que fut autrefois la réalité de ce site, en très grande partie détruit. A une exception notable, une petite cave enterrée juste derrière la stèle : la prison, fraîchement restaurée, de l’ancien camp.

« Les nomades eux-mêmes avaient enfoui l’histoire en eux, sans l’écrire. Ce n’est pas dans leur culture. »

Derrière les barbelés du camp de Montreuil-Bellay, 1944 (archives Jean-Claude Leblé et Jacques Sigot).

Derrière les barbelés du camp de Montreuil-Bellay, 1944 (archives Jean-Claude Leblé et Jacques Sigot).

L’homme à la barbe fleurie qui nous y fait descendre ce matin là s’en étonne encore. Ancien instituteur, Jacques Sigot a découvert par hasard l’existence du camp en 1980, en cherchant des ammonites, ces mollusques fossilisés dont regorge la plaine de Méron : « Je suis tombé sur des ruines, des bouts de murs, des marches. Jamais un Montreuillais ne m’avait parlé de cette histoire alors même que je travaillais dans la région depuis huit ans. Ça m’a soufflé. » Au prix d’un patient travail d’investigation, l’enseignant va remonter pièce par pièce le puzzle d’une histoire (lire plus-bas) en réalité occultée.

En 1983, la sortie de son livre – « Ces barbelés oubliées par l’Histoire » (1) – ne passe pas inaperçue. Pour les Montreuillais et pour l’administration française locale soudain confrontés à de peu glorieux souvenirs. Pour les historiens professionnels passés à côté du sujet. Mais surtout pour les familles des quelques 3 000 tziganes qui ont vécu dans ce camp, administrativement nommé « de concentration » – « on m’en veut encore souvent de le rappeler » soupire Jacques Sigot –  bardé d’une double rangée de barbelés, sous la surveillance de gendarmes français : « Les nomades eux-mêmes avaient enfoui l’histoire en eux, sans l’écrire. Ce n’est pas dans leur culture. A la suite de mes publications, le premier à m’avoir contacté en a pleuré. » L’homme s’appelle Jean-Louis Bauer, alias Poulouche. C’est lui qui représentera les anciens internés lors de la première cérémonie commémorative en janvier 1988. Singulière cérémonie : la stèle fut installée aux frais… de Jacques Sigot, de son éditeur, du député-maire de Doué-la-Fontaine Jean Bégault (1921-2007) et de quelques amis.

Un lieu de mémoire national des souffrances infligées aux nomades

 

Le carnet anthropométrique d'un ancien interné de Montreuil-Bellay. Imposé aux nomades à partir de 1912, ce document permettait de surveiiller leurs déplacements sur le territoire (archives privées).

Le carnet anthropométrique d’un ancien interné de Montreuil-Bellay. Imposé aux nomades à partir de 1912, ce document permettait de surveiiller leurs déplacements sur le territoire (archives privées).

Comme beaucoup d’autres témoins passés par Montreuil-Bellay, Jean-Louis Bauer, est décédé avant le classement officiel des vestiges aux monuments historiques en 2010. Etape décisive pour la protection officielle des lieux, aujourd’hui considérés comme le plus grand camp d’internement de Tziganes en France. A l’initiative du député de Loire-Atlantique Dominique Raimbourg, le site a été choisi pour devenir lieu de mémoire national des souffrances infligées aux nomades.

Une œuvre d’art, commandée à une artiste angevine, Armelle Benoît, y sera inaugurée –logiquement- par le président de la République, ce samedi 29 octobre. « On sait ce qu’est l’agenda présidentiel. Sa venue n’est pas complètement confirmée. Mais on sait qu’Emmanuelle Cosse, la secrétaire d’Etat au Logement sera là » indique Marc Bonnin, le maire de Montreuil-Bellay qui voit dans l’événement « un juste aboutissement » du travail de recherches historiques mené sur le site. Et l’occasion de mettre enfin en place, sur cette route du Poitou, « un espace de recueillement » à la hauteur de l’Histoire.

Le camp de Montreuil-Bellay en six dates

1940 (janvier). Le ministère de l’Armement engage la construction d’une poudrerie sur le site de Méron, loin du front, et donc à l’abri, pensent ses responsables. 250 Républicains espagnols sont embrigadés de force sur le chantier pour éviter d’être refoulés vers l’Espagne.

1940 (juin). Les travaux à peine terminés, les Allemands entrent dans Montreuil-Bellay. La poudrerie devient un « stalag » où sont internés militaires en fuite et quelques civils étrangers.

1941. Le « camp de concentration » de Montreuil-Bellay ouvre ses portes le 8 novembre à 250 nomades transférés du camp d’Avrillé-les-Ponceaux (Indre-et-Loire). 213 autres, raflés dans l’Ouest, les rejoignent en décembre. En avril 1940, une loi a décrété le rassemblement des nomades dans des lieux déterminés sous surveillance.

1942. En août, on recense 1096 internés –l’effectif maximum du camp-, principalement des nomades mais aussi des clochards raflés à Nantes au printemps, dont une partie va mourir au cours de l’hiver.

1944. Le camp est bombardé en juin et juillet par les Alliés, entrainant le transfert des nomades dans un second « lotissement » de l’ancienne poudrerie.

1945. Les derniers internés du camp de Montreuil le quittent pour… d’autres camps, notamment à Jargeau (Loiret) et Angoulême (Charente) où certains resteront jusqu’en juin… 1946. Près de deux ans après la Libération de Paris et plus d’un an après la capitulation allemande.

Hollande à Montreuil-Bellay pour rendre hommage aux Tsiganes internés par le régime de Vichy

SOCIETE Une cérémonie d’hommage aux 6.000 nomades internés en France entre 1940 et 1946 a lieu samedi sur le site de l’ancien camp de Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire)…

François Hollande.
François Hollande. – Thibault Camus / AP / SIPA

F.B. avec AFP

C’est une page d’Histoire longtemps occultée de la mémoire nationale. François Hollande se rend samedi à Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire) pour rendre un hommage très attendu aux Tsiganes internés par le régime de Vichy et jusqu’en 1946, effectuant la première visite présidentielle sur le site de cet ancien camp d’internement. Soixante-dix ans après la libération des derniers Tsiganes internés en France pendant la Seconde Guerre mondiale, un hommage national leur sera rendu pour la première fois, samedi, sur le site de l’ancien camp. Une « reconnaissance officielle » très attendue par leurs descendants et les associations.

Entre 6.000 et 6.500 nomades furent enfermés entre 1940 et 1946 dans 31 camps gérés par les autorités françaises, sur ordre des Nazis. Le camp de Montreuil-Bellay était le plus grand. Plus de 2.000 Tsiganes et sans domicile fixe de Nantes y furent internés de novembre 1941 à janvier 1945, une centaine y périrent.

« Ce n’est jamais trop tard »

Une œuvre monumentale comprenant 473 patronymes d’internés sera dévoilée sur cet ancien camp dont il ne reste que quelques vestiges classés aux monuments historiques.

>> A lire aussi : Gens du voyage: le livret de circulation devrait disparaître

« C’est la première fois dans notre histoire qu’on va nous reconnaître. On va passer de l’ombre à la lumière, c’est extraordinaire ! (…) Cette reconnaissance, on va la prendre à bras-le-corps, ce n’est jamais trop tard », confie Jean Richard, dit « Jeanjean », 75 ans, en parcourant l’ancienne poudrerie où furent internés 17 de ses proches, « marqués à vie par l’enfermement, la faim, la crasse ». Cet hommage est « un aboutissement après beaucoup de fausses joies et de désespoir », insiste de son côté Karim Fikri, secrétaire de l’association Les Amis de la Mémoire du camp tsigane de Montreuil-Bellay (AMCT)

« L’histoire est très peu, voire pas du tout connue »

L’État avait franchi un premier pas vers la reconnaissance de la participation de la France dans cet internement familial en juillet 2010, par la voix de l’ancien secrétaire aux Anciens combattants Hubert Falco, en l’évoquant lors d’une « Journée nationale de la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’État français ». Puis, en décembre 2015, le gouvernement avait rendu hommage aux Tsiganes internés dans le camp de Jargeau (Loiret), 70 ans après sa fermeture.

A Montreuil-Bellay, où survivants et population ont partagé la même « gêne » sur cette page d’Histoire, ce passé ne ressurgit que dans les années 1980, quand un instituteur féru d’histoire locale, Jacques Sigot, tombe par hasard sur les vestiges de l’ancien camp. Son livre, Ces barbelés que découvre l’Histoire, contribuera largement à faire sortir de l’oubli les persécutions des Tsiganes et inspirera Tony Gatlif pour son film « Liberté ».

Outre le mémorial dévoilé samedi, un projet de parcours pédagogique doit voir le jour sur ce site racheté par la commune en 2013, « indispensable car l’histoire de l’internement des Tsiganes est très peu, voire pas du tout connue », même par les enseignants, souligne Virginie Daudin, directrice du Centre régional Résistance & Liberté (CRRL) de Thouars (Deux-Sèvres).

France: hommage national aux Tsiganes internés de 1940 à 1946

media Quelque 250 Tsiganes se recueillent près d’une stèle, le 28 avril 2007, à Montreuil-Bellay, sur le site d’un ancien camp d’internement. AFP PHOTO FRANK PERRY

Le président François Hollande va rendre un hommage national aux Tsiganes internés pendant la Seconde Guerre mondiale, ce samedi 29 octobre, à Montreuil-Bellay, dans l’ouest de la France, là où se situait le plus grand camp, géré par les autorités françaises du régime de Vichy. Pendant la guerre, 6 500 tsiganes auraient été internés dans des camps en France.

De ce camp, il ne reste presque rien. Quelques marches et les ruines d’un cachot. Un rond-point a même failli être construit sur ce site. Pourtant, c’est à cet endroit, à Montreuil-Bellay dans le Maine-et-Loire que plus de 2 000 personnes furent internés de 1941 à 1946 : des Tsiganes, mais aussi des sans-abri. Le plus grands des 31 camps français destinés à ceux qu’on appelait à l’époque « les nomades », situé dans un village de 4 000 habitants.

Devant une dizaines d’anciens internés et des proches de victimes, François Hollande, accompagné de plusieurs membres du gouvernment, rendra un hommage à tous les Tsiganes internés par le gouvernement de Vichy, 70 ans après leur libération.

Le dernier Tsigane libéré deux ans après la fin de la guerre

Le dernier interné fut libéré en juin 1946 du camp des Alliers près d’Angoulême, près de deux ans après la Libération de la France, une page d’Histoire longtemps occultée de la mémoire nationale.

L’État avait franchi un premier pas vers la reconnaissance de la participation de la France dans cet internement familial en juillet 2010, par la voix de l’ancien secrétaire aux Anciens combattants Hubert Falco, en l’évoquant lors d’une « Journée nationale de la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’État français ». Puis, en décembre 2015, le gouvernement avait rendu hommage aux Tsiganes internés dans le camp de Jargeau dans le Loiret, 70 ans après sa fermeture.

A Montreuil-Bellay, un mémorial national sera dévoilé. Une œuvre monumentale comprenant 473 patronymes d’internés rappellera désormais cette page longtemps occultée de l’histoire française.

La France admet sa responsabilité dans l’internement de Tsiganes de 1940 à 1946

Lors d’une cérémonie d’hommage sur le site de l’ancien camp de Montreuil-Bellay, dans le Maine-et-Loire, François Hollande a reconnu « la souffrance » des milliers de nomades internés par le régime de Vichy de 1940 à 1946.

Le Monde.fr avec AFP | 29.10.2016 à 11h56 • Mis à jour le 29.10.2016 à 12h54

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« Le jour est venu et il fallait que cette vérité soit dite. » Samedi 29 octobre, le président de la République François Hollande a reconnu la responsabilité de la France dans l’internement de milliers de Tsiganes par le régime de Vichy de 1940 à 1946, lors d’une cérémonie d’hommage sur le site d’un ancien camp à Montreuil-Bellay, dans le Maine-et-Loire. « La République reconnaît la souffrance des nomades qui ont été internés et admet que sa responsabilité est grande dans ce drame », a-t-il poursuivi lors de cette cérémonie, à laquelle étaient présents plusieurs survivants.

Soixante-dix ans après la libération des derniers Tsiganes internés en France, leurs descendants et les associations attendaient avec émotion une reconnaissance officielle de leurs souffrances. Des 31 camps gérés par les autorités françaises jusqu’en 1946, dans lesquels furent internés entre 6 000 et 6 500 nomades, Montreuil-Bellay était le plus grand. Plus de 2 000 nomades, des Tsiganes mais aussi des personnes sans domicile fixe de Nantes, y furent internés de novembre 1941 à janvier 1945. Une centaine périrent.

Changer la loi

L’Etat avait franchi un premier pas vers la reconnaissance de la participation de la France dans cet internement en juillet 2010, par la voix de l’ancien secrétaire aux anciens combattants Hubert Falco, en l’évoquant lors d’une Journée nationale de la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’Etat français.

François Hollande est aussi revenu sur la discussion en cours au Parlement du projet de loi Egalité et citoyenneté, émettant l’espoir que la législation d’exception sur les gens du voyage, dénoncée par les associations, soit bientôt abolie. Le député socialiste de Loire-Atlantique et président de la commission nationale consultative des gens du voyage Dominique Raimbourg, a-t-il rappelé, « a proposé l’abrogation de la loi de 1969, dans le cadre du projet de loi Egalité et Citoyenneté. Il en sera, je l’espère, décidé par le Parlement, pour que les gens du voyage n’aient plus ce livret de circulation à produire, pour qu’ils soient des citoyens comme les autres ».

Dès 1912, dans le but de les sédentariser, les autorités françaises avaient imposé aux « nomades » un carnet anthropométrique d’identité. Supprimé en 1969, il a été remplacé par des carnets et livrets de circulation que doivent détenir les « gens du voyage » sous peine d’amende, et une obligation de rattachement à une commune.

Tsiganes internés sous Vichy: Hollande reconnait la responsabilité de la France

Par LIBERATION, AFP
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Vue en date du 4 août 2010 d’une plaque en hommage aux Tziganes installée sur les ruines d’un camp d’internement à Montreuil-Bellay. Photo DAMIEN MEYER. AFP

Le président reconnaît publiquement, ce samedi 29 octobre, la France responsable dans l’internement de milliers de Tsiganes durant la guerre.

François Hollande a reconnu ce samedi 29 octobre la responsabilité de la France dans l’internement de milliers de Tsiganes par le régime de Vichy et jusqu’en 1946, lors de la première visite présidentielle sur le site de cet ancien camp d’internement de Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire).

«Le jour est venu et il fallait que cette vérité soit dite», a dit le président français. «La République reconnaît la souffrance des nomades qui ont été internés et admet que sa responsabilité est grande dans ce drame», a-t-il poursuivi lors d’une cérémonie d’hommage, où étaient présents plusieurs survivants.

Soixante-dix ans après la libération des derniers Tsiganes internés en France, leurs descendants et les associations attendaient une reconnaissance officielle de leurs souffrances.

Outre le chef de l’Etat, des membres du gouvernement, des élus et des représentants d’associations, une dizaine d’anciens internés à Montreuil-Bellay doivent assister à la cérémonie.

Montreuil-Bellay était le plus grand des 31 camps gérés par les autorités françaises jusqu’en 1946, dans lesquels furent internés entre 6 000 et 6 500 nomades.

Hollande dit le rôle de l’Etat dans la persécution des Tsiganes

François Hollande a reconnu samedi la responsabilité de l'État français dans l'internement de membres de la communauté tsigane durant la Seconde Guerre mondiale. C'est la première fois qu'un président évoque ainsi la responsabilité de l'Etat dans la persécution des gens du voyage. /Photo prise le 28 octobre 2016/REUTERS/Stephane de Sakutin

François Hollande a reconnu samedi la responsabilité de l’État français dans l’internement de membres de la communauté tsigane durant la Seconde Guerre mondiale. C’est la première fois qu’un président évoque ainsi la responsabilité de l’Etat dans la persécution des gens du voyage. /Photo prise le 28 octobre 2016/REUTERS/Stephane de Sakutin

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François Hollande a reconnu samedi la responsabilité de l’État français dans l’internement de membres de la communauté tsigane durant la Seconde Guerre mondiale.

Le chef de l’Etat a prononcé un discours en ce sens à Montreuil-Bellay, ville du Maine-et-Loire qui abrita un camp où furent internés quelque 4.000 membres de la communauté des gens du voyage entre 1940 et 1946, date la libération des lieux dont on célèbre cette année le 70e anniversaire.

« Il fallait que cette vérité fût dite au plus haut niveau de l’Etat, la République reconnaît la souffrance des nomades qui ont été internés et admet que sa responsabilité est grande dans ce drame », a déclaré François Hollande.

C’est la première fois qu’un président évoque ainsi la responsabilité de l’Etat dans la persécution des gens du voyage, une reconnaissance réclamée de longue date par l’Union française des associations tsiganes.

Les gens du voyage se battent aujourd’hui pour l’abrogation totale de la loi de 1969 qui instaura le « livret de circulation » pour les personnes « circulant en France sans domicile ni résidence fixe », les obligeant à se présenter à un commissariat tous les trois mois pour indiquer où elles se trouvent.

Une proposition de loi prévoyant la suppression de ce document a été votée en juin 2015 par l’Assemblée nationale.

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