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«L’esclavage moderne existe dans notre pays»

Le Figaro

Caroline Piquet

Dans son rapport rendu public ce jeudi, la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) estime que la France ne consacre pas assez de moyens pour lutter contre la traite et l’exploitation des êtres humains. figarofr: Selon la CNCDH, le gouvernement ne consacre pas assez de moyens pour lutter contre ce phénomène, qui regroupe l'esclavage, le trafic d'organes, la prostitution, la mendicité et le travail forcés. © 78799182/aradaphotography – Fotolia Selon la CNCDH, le gouvernement ne consacre pas assez de moyens pour lutter contre ce phénomène, qui regroupe l’esclavage, le trafic d’organes, la prostitution, la mendicité et le travail forcés. Que fait la France pour lutter contre la traite et l’exploitation des êtres humains? C’est la question à laquelle s’est attelée la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) qui a publié son rapport ce jeudi.

Pendant deux ans, cette instance indépendante a consulté des associations d’aide aux victimes de traite et d’exploitation pour établir un état des lieux de la situation en France et faire un bilan des mesures prises jusqu’ici. Son diagnostic est sans appel: le gouvernement ne consacre pas assez de moyens pour lutter contre ce phénomène, qui regroupe l’esclavage, le trafic d’organes, la prostitution, la mendicité et le travail forcés.

«La traite des êtres humains en France est une réalité méconnue», constate la Commission. Pourtant, «loin des idées reçues, l’esclavage moderne existe dans notre pays, de même que le travail forcé de personnes vulnérables, et que nombre d’enfants et d’adolescents sont contraints à mendier ou à voler», écrit-elle.

Entre janvier 2014 et mai 2015, près d’une centaine d’infractions pour «traite des êtres humains» ont été relevées en France et près de 600 l’ont été pour proxénétisme, selon des données du ministère de l’Intérieur. Pour la CNCDH, ces statistiques ne représentent qu’une partie émergée de l’iceberg car «les victimes potentielles de traite ne s’auto-identifient pas en tant que telles» et «ne dénoncent que très rarement les faits».

Les mineurs, contraints de mendier et de voler

«Si l’exploitation sexuelle est une part importante de la traite des êtres humains en France, il ne faut pas oublier qu’il y a aussi du travail forcé dans des ateliers textiles clandestins à Paris et dans des exploitations agricoles», insiste Céline Riou, conseillère à la CNCDH. Ainsi, un exploitant forestier de 45 ans a été condamné en janvier 2015, à deux ans de prison ferme pour avoir séquestré, extorqué et réduit quasiment en esclavage deux jeunes hommes venus de son village natal au Maroc.

Autre problème largement sous-estimé, selon la commission: la traite des mineurs. La majorité des enfants victimes de traite sont contraints de mendier et de commettre des délits. «Arnaque à la charité, vols aux distributeurs de billets ou dans le métro, les adultes instrumentalisent les enfants pour satisfaire des réseaux criminels d’Europe de l’Est», reprend Céline Riou qui regrette que magistrats et policiers voient davantage ces enfants comme des délinquants, et non des victimes.

Mardi, un vaste réseau de pickpockets très organisé qui utilisaient des enfants et ciblaient des touristes a été démantelé en région parisienne et en Roumanie. «Les grands frères formaient les gamins de 7-8 ans», a précisé une source policière à l’AFP. «Les enfants étaient entraînés, notés et maltraités: ils se prenaient une tarte dans la gueule quand ils ne faisaient pas assez de chiffres».

53 personnes condamnées pour traite des êtres humains en 2013

Autre préjugé que veut battre en brèche la commission: la nationalité des victimes. «Il n’y a pas que des étrangers. Des Français sont aussi victimes de traite», rappelle Céline Riou, qui cite cette «triste affaire» dans l’Essonne: l’histoire de J-P et Jojo, tous deux déficients mentaux, qui travaillaient dans une entreprise d’appâts pour la pêche.

Les deux hommes avaient été recrutés il y a 20 et 40 ans pour transférer des asticots d’une boîte à l’autre, comme le rappelle Le Monde .Hébergés dans des préfabriqués, ils travaillaient parfois plus de 60 heures par semaine. En échange, ils avaient droit à un salaire annuel de 5.000 euros et trois semaines de vacances par an. Le patron de l’entreprise a été condamné à deux ans de prison ferme en avril 2014.

D’après le Code pénal, la traite des êtres humains est punie de sept ans d’emprisonnement et de 150.000 euros d’amende. En 2013, 53 personnes ont été condamnées pour traite des êtres humains dans 21 affaires, selon le ministère de la Justice.

Depuis, d’autres sont passées devant les tribunaux. Comme cette famille de ferrailleurs bulgares, jugée en juillet 2014 à Marseille. Un couple et ses fils ont été condamnés à plusieurs années de prison ferme pour «traite d’êtres humains avec circonstance aggravante» et «proxénétisme». Leurs victimes, des hommes âgés de 43 à 69 ans, avaient été contraintes de mendier et une jeune femme de 27 ans avait été obligée de se prostituer. Quelques mois plus tard, une vingtaine de personnes dans un réseau de proxénétisme ont été condamnées pour traite d’êtres humains à Bordeaux.

La France à la peine

En 2014, le gouvernement avait adopté un Plan national d’action de lutte contre la traite et l’exploitation des êtres humains. Mais sa mise en œuvre est «encore loin d’être effective» et «bon nombre de mesures n’ont pas été mises en place», déplore la CNCDH, qui réclame de «nouveaux moyens financiers». Parmi les nombreux griefs de la CNCDH, on retrouve notamment l’absence de campagne nationale, que le gouvernement s’était pourtant engagé à lancer, ou le retard pris dans la formation des acteurs de terrain.

«Au moment où ce rapport est publié, la France n’est toujours pas dotée d’une politique publique à part entière de lutte contre la traite et l’exploitation des êtres humains», fustige la commission, qui prévoit de remettre ses travaux aux ministres de la Justice, de l’Intérieur, de la Santé, de l’Éducation nationale et au Quai d’Orsay dans une dizaine de jours.

«L’esclavage moderne existe dans notre pays»

Depuis, d’autres sont passées devant les tribunaux. Comme cette famille de ferrailleurs bulgares, jugée en juillet 2014 à Marseille. Un couple et ses fils ont été condamnés à plusieurs années de prison ferme pour «traite d’êtres humains avec circonstance aggravante» et «proxénétisme». Leurs victimes, des hommes âgés de 43 à 69 ans, avaient été contraintes de mendier et une jeune femme de 27 ans avait été obligée de se prostituer. Quelques mois plus tard, une vingtaine de personnes dans un réseau de proxénétisme ont été condamnées pour traite d’êtres humains à Bordeaux.La France à la peine

En 2014, le gouvernement avait adopté un Plan national d’action de lutte contre la traite et l’exploitation des êtres humains. Mais sa mise en œuvre est «encore loin d’être effective» et «bon nombre de mesures n’ont pas été mises en place», déplore la CNCDH, qui réclame de «nouveaux moyens financiers». Parmi les nombreux griefs de la CNCDH, on retrouve notamment l’absence de campagne nationale, que le gouvernement s’était pourtant engagé à lancer, ou le retard pris dans la formation des acteurs de terrain.

«Au moment où ce rapport est publié, la France n’est toujours pas dotée d’une politique publique à part entière de lutte contre la traite et l’exploitation des êtres humains», fustige la commission, qui prévoit de remettre ses travaux aux ministres de la Justice, de l’Intérieur, de la Santé, de l’Éducation nationale et au Quai d’Orsay dans une dizaine de jours.

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Traite des êtres humains: « L’esclavage moderne existe en France »

L’Express

Selon un rapport de la Commission nationale consultative des droits de l’Homme, la France ne lutte pas suffisamment contre la traite des êtres humains. L’institution rappelle que le fléau ne se limite pas à la prostitution mais à toute forme d’exploitation.Pour la CNCDH, la France ne s'est pas dotée d'une véritable politique de lutte contre la traite des êtres humains.© afp.com/Remy Gabalda Pour la CNCDH, la France ne s’est pas dotée d’une véritable politique de lutte contre la traite des êtres humains. Adultes ou enfants contraints de se prostituer, esclaves domestiques, migrants exploités dans des ateliers clandestins, mineurs contraints à la mendicité ou à la délinquance pour le compte d’autrui… La traite des êtres humains recouvre des réalités très diverses et la France ne lutte pas suffisamment contre ce fléau, alerte la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH) dans un rapport publié ce jeudi.

Selon l’institution, le sujet est encore mal connu parmi les Français, qui ont tendance à croire qu’il se limite à la prostitution. « Si l’exploitation sexuelle est une forme importante d’exploitation, elle ne recouvre pas l’ensemble des phénomènes », insiste la CNCDH, composée de 64 représentants syndicaux, associatifs ou personnalités qualifiées.

« Loin des idées reçues, l’esclavage moderne existe dans notre pays, de même que le travail forcé de personnes vulnérables, et que nombre d’enfants et d’adolescents sont contraints à mendier ou à voler ». Or, « la France n’est toujours pas dotée d’une politique publique à part entière de lutte contre la traite et l’exploitation des êtres humains », dénonce l’institution.

Les mineurs sont toujours des « victimes »

Un plan d’action national a certes été lancé en 2014, qui a confié à la CNCDH le mandat de rapporteur national indépendant. Mais « bon nombre de mesures n’ont à ce jour pas été mises en place », estime cette dernière.

Pour la CNCDH, pour faire évoluer la situation, les pouvoirs publics doivent mener et financer des actions coordonnées, en poursuivant les auteurs de la traite et démantelant les réseaux, et en protégeant et prenant en charge les victimes, en particulier les mineurs qui « doivent toujours être considérés comme victimes, et non comme ‘délinquants’ ou ‘migrants irréguliers' ».

Esclavage moderne : un asservissement aux formes diverses toujours bien réel

ESCLAVAGE

ESCLAVAGE – Trois femmes terrifiées et profondément traumatisées ont été libérées le 25 octobre dernier après avoir été retenues comme esclaves pendant plus de trente ans dans une maison du sud de Londres, a annoncé la police britannique le 21 novembre . « Du jamais vu, » selon Scotland Yard qui a arrêté un couple de sexagénaires jeudi à l’aube avant de le libérer sous caution vendredi matin.

Preuve, si besoin en est, que l’esclavage moderne reste un vrai problème et adopte des formes de plus en plus variées dans les pays où la défense des droits de l’Homme est souvent contestée comme dans les États où ils sont garantis par la loi ou des conventions. Selon une estimation, près de 30 millions de personnes seraient touchées par ce fléau.

Lire aussi : » Esclavage à Londres : trois femmes libérées après 30 ans

Tour d’horizon de ces « pratiques déshumanisantes » toujours bien réelles dans le monde entier, comme l’a rappelé l’an dernier le Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon à l’occasion de la Journée internationale pour l’abolition de l’esclavage.

Des formes d’esclavage très variées

Les formes contemporaines d’esclavage sont très variées. Entre l’ONU, les conventions internationales et les associations, cet asservissement peut se décliner en une dizaine de pratiques.

Si l’on retrouve les notions classiques comme le trafic de personnes ou l’esclavage traditionnel (officiellement aboli mais toujours pratiqué dans certains pays d’Asie et d’Afrique) avec lequel des individus sont considérés comme asservis dès leur naissance, des aspects moins évidents comme le travail des enfants ou le recrutement et l’utilisation d’enfants soldats sont considérés comme esclavagistes.

Les activités forcées (prostitution, travail mais aussi mariage) et la servitude pour dettes (qui consiste à faire travailler une personne pour lui permettre de rembourser un prêt) font elles aussi partie des formes d’esclavage et sont activement combattues par les organisations internationales.

« Aucun continent n’est épargné »

Selon un rapport publié récemment par la Walk Free Foundation — qui lutte contre toutes les formes d’esclavage moderne —, près de 30 millions de personnes dans le monde vivent dans des conditions d’asservissement.

carte esclavage

Plus la couleur est foncée, plus l’esclavage moderne est présent

Les trois-quarts des victimes seraient en Asie, mais « aucun continent n’est épargné », affirme cette nouvelle organisation basée en Australie, soutenue par l’ancienne secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton et le co-fondateur de Microsoft et philanthrope Bill Gates.

L’Inde arrive en tête (14 millions d’esclaves), suivie de la Chine (2,9 millions) et du Pakistan (plus de deux millions). Viennent ensuite le Nigeria, l’Ethiopie, la Russie, la Thaïlande, la République démocratique du Congo (RDC), la Birmanie et le Bangladesh. À eux seuls, ces pays comptabilisent 22 des 29,8 millions de personnes que l’on estime asservies.

8500 esclaves en France

D’après les chiffres et classements publiés par Walk Free, la Grande-Bretagne est — ex aequo avec l’Islande et l’Irlande — le pays qui souffre le moins de l’asservissement contemporain dans le monde. Dans ce contexte, la découverte et la libération à Londres de trois femmes retenues depuis une trentaine d’années en esclavage domestique à Londres a donc de quoi surprendre, en plus de choquer par son ampleur.

Comme d’autres pays d’Europe occidentale, ce pays possède en effet un risque d’esclavage peu élevé en raison du faible niveau de corruption, de faibles niveaux de discrimination à l’encontre des femmes, d’un respect reconnu des droits de l’homme et grâce aux lois contre l’esclavage.

On évalue d’ailleurs que 1,82 % du nombre estimé total des 29,8 millions de personnes dans l’asservissement moderne sont en Europe. La France, qui se classe au 139e rang sur 162 pays analysés, abriterait quant à elle 8500 personnes réduites en esclavage, selon l’organisation.

» Des affaires d’esclavage qui ont marqué les esprits:

AFP

Hong Kong : l’esclavage moderne des domestiques indonésiennes

Amnesty International a qualifié jeudi d' »esclavage moderne » les conditions dans lesquelles vivent et travaillent des milliers d’Indonésiennes employées comme domestiques à Hong Kong.

Norma Kang Muico, spécialiste des droits des migrants d'Asie-Pacifique dénonce l'esclavage moderne des Indonésiennes employées comme domestiques à Hong Kong.
Crédit : JUNG YEON-JE / AFP

Norma Kang Muico, spécialiste des droits des migrants d’Asie-Pacifique dénonce l’esclavage moderne des Indonésiennes employées comme domestiques à Hong Kong.

  rédaction numérique de RTL , avec AFP

Nombre de jeunes femmes d’origine indonésienne sont exploitées par des agences de recrutement et de placement. Ces dernières leur font miroiter des salaires élevés. Mais en réalité, les jeunes femmes se voient confisquer leurs papiers d’identité et soutirer des sommes extravagantes pour des conditions de travail indignes, selon Amnesty qui publie un rapport ce jeudi 12 novembre.

« Dès l’instant où les femmes acceptent de signer pour aller travailler à Hong Kong, elles sont pris au piège d’un cycle d’exploitation qui, dans certains cas, s’apparente à de l’esclavage moderne », a dénoncé Norma Kang Muico, spécialiste des droits des migrants d’Asie-Pacifique à Amnesty.

300.000 domestiques étrangères

Le rapport accuse l’Indonésie et Hong Kong de passivité dans ce dossier. « Les autorités se prévalent d’une batterie de lois nationales censées protéger ces femmes mais ces lois sont rarement appliquées », souligne Muico. Près de 300.000 domestiques étrangères travaillent à Hong Kong. Elles sont en majorité originaires d’Asie du Sud-Est, principalement des Philippines, ou d’Indonésie.

« Les autorités se prévalent d’une batterie de lois nationales censées protéger ces femmes mais ces lois sont rarement appliquées._Norma Kang Muico

Le rapport d’Amnesty, selon lequel deux-tiers des employées domestiques ont subi des violences psychologiques ou physiques, comprend des témoignages accablants. « La femme me maltraitait physiquement à intervalles réguliers. Une fois, elle a donné l’ordre à ses deux chiens de me mordre », a relaté une jeune femme de 26 ans venue de Jakarta. « J’ai été mordue une dizaine de fois. Elle a enregistré la scène sur son téléphone portable et elle la regardait sans cesse, en riant ».

Des conditions de travail indignes

Une interviewée sur trois n’est pas autorisée à quitter la maison de son employeur et nombreuses sont celles qui font état de violences physiques et sexuelles. Elles affirment souffrir de la faim, de longues journées de travail –17 heures par jour en moyenne– et de salaires misérables. Le gouvernement hongkongais n’a pas souhaité réagir dans l’immédiat.

Pour Eman Villanueva, porte-parole de l’Asian Migrant Coordinating Body, une association de défense des droits des travailleurs migrants, les autorités Hong Kong « promeuvent l’exclusion sociale » en traitant les employées domestiques comme des « biens jetables ». Fin septembre, un couple hongkongais a été condamné à plus de cinq et trois ans d’emprisonnement pour avoir fait vivre un véritable enfer à sa domestique indonésienne, brûlée au fer à repasser, ou battue à l’aide d’une chaîne de vélo.

Amnesty a interrogé 97 domestiques indonésiennes et croisé ses conclusions avec une enquête de l’Union des travailleurs migrants d’Indonésie auprès de 1.000 femmes.

Séquestrées de Londres : « L’esclavage moderne se porte bien »

Séquestrées de Londres : "L'esclavage moderne se porte bien"
Le détective Kevin Hyland s’adresse aux médias devant Scotland Yard à Londres, le 21 novembre 2013. ((BEN STANSALL/AFP))

Trois femmes ont été retenues et exploitées pendant trente ans dans la maison d’un couple de 67 ans. Les suspects ont été libérés sous caution.

Trois femmes terrifiées et profondément traumatisées ont été libérées après avoir été retenues comme esclaves pendant plus de trente ans dans une banale maison du sud de Londres. « Du jamais vu », dit Scotland Yard qui a arrêté un couple de sexagénaires jeudi 21 novembre à l’aube.

Le couple, âgé de 67 ans, qui n’est pas de nationalité britannique, a été libéré sous caution jusqu’en janvier prochain dans l’attente d’informations complémentaires, a précisé Scotland Yard. Ils sont soupçonnés de travail forcé et d’esclavagisme, selon la police.

« On a eu des cas d’esclavage où des gens ont été retenus contre leur gré pendant dix ans, mais jamais rien d’une telle ampleur », a souligné le détective Kevin Hyland après l’annonce de la libération d’une Malaisienne de 69 ans, d’une Irlandaise de 57 ans et d’une Britannique de 30 ans.

« Ces cas ne sont pas rares »

Au-delà de l’émotion, la Grande-Bretagne tentait de comprendre vendredi comment une telle chose était encore possible. « Comment est-ce possible ? On a tellement peu d’informations de la police », s’est interrogée la député travailliste Tessa Jowell qui dit s’être réveillée « trois fois dans la nuit » en pensant au sort de ces « pauvres femmes ». « L’esclavage est un dossier que les gens pensaient consigné aux livres d’histoire. La triste réalité est que le problème est toujours là », a souligné le secrétaire d’Etat à l’Intérieur James Brokenshire.

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« Les gens doivent comprendre que ces cas ne sont pas rares. L’esclavage moderne est une réalité et se porte bien en Grande-Bretagne », regrette de son côté Frank Field, vice-président de la Fondation contre le trafic des êtres humains.

« Totalement terrifiées par ces gens »

Les arrestations des deux sexagénaires ont eu lieu jeudi à 7h30 du matin mais les trois femmes ont été libérées dès « le 25 octobre », a précisé la police en fin d’après-midi. « Il y a eu un délai jusqu’aux arrestations parce qu’on a dû prendre le temps pour travailler avec des personnes très traumatisées et parce qu’il était très difficile d’établir les faits », a commenté le détective Kevin Hyland.

« On est sûr que toutes les trois se sont trouvées dans cette situation pendant trente ans au moins. On pense que la plus jeune n’a jamais été en contact avec le monde extérieur », a ajouté Kevin Hyland qui n’était pas en mesure de confirmer si la plus jeune des trois victimes était née en captivité. « Toutes les trois sont extrêmement traumatisées et ont été emmenées dans un endroit sûr où elles se trouvent toujours », a déclaré Scotland Yard.

« Les dames étaient totalement terrifiées par ces gens », a rapporté Aneeta Prem, fondatrice de Freedom Charity. L’association de lutte contre l’esclavage et les mariages forcés a alerté la police en octobre dernier, et a travaillé avec les autorités. Les trois femmes, qui ont pu sortir de la maison par leurs propres moyens, n’avaient, semble-t-il, pas été victimes de violences sexuelles, mais elle pense qu’elles ont subi des sévices physiques.

« Cela défie l’imagination »

L’association avait été directement contactée par l’une des victimes après que celle-ci a regardé un reportage sur les activités de Freedom Charity. L’association a été en contact avec la victime par téléphone pendant une semaine pour gagner sa confiance, avant d’alerter la police.

« Cela a été le catalyseur qui a conduit l’une des victimes à appeler au secours et qui a permis en définitive de les sauver », a souligné le détective Kevin Hyland, ajoutant que la police ne connaissait pas grand-chose, à ce stade, des conditions dans lesquelles vivaient les trois recluses, toujours trop traumatisées pour donner davantage de détails.

« Il semblerait qu’elles vivaient sous une forme de liberté contrôlée, mais nous sommes encore en train d’évaluer le degré de cette liberté. Leur existence a été fortement entravée et elles ont passé l’essentiel de leur temps dans la maison », a explique le détective. « Cela défie l’imagination, c’est impossible d’imaginer qu’une chose pareille puisse arriver en Grande-Bretagne, à Londres, en 2013″.

« Heureusement, elle a vu cette émission et était suffisamment confiante pour décrocher le téléphone », a encore déclaré Aneeta Prem. « Je ne pense pas que les voisins savaient quoi que ce soit. C’était juste une maison ordinaire dans une rue ordinaire », à Lambeth, dans le sud de Londres. « J’espère », a-t-elle conclu, « que ces trois femmes auront des vies heureuses et épanouies une fois qu’elles auront surmonté le traumatisme, si jamais elles y arrivent un jour ».

Entre 4.200 et 4.600 esclaves modernes au Royaume-Uni

Aussi spectaculaire soit-elle, l’histoire des trois femmes séquestrées n’est de fait que le dernier épisode d’une série d’histoires sordides au Royaume-Uni, 183 ans après l’abolition de l’esclave dans l’Empire britannique. Le 23 octobre dernier encore, un octogénaire et son épouse ont été condamnés à des peines de respectivement treize et cinq ans de prison pour l’exploitation et le viol pendant près d’une décennie d’une jeune Pakistanaise sourde et muette, soumise « à une vie de misère et d’humiliation », selon le jugement.

L’histoire des trois femmes est « horrible » au regard de la durée de leur calvaire, a déclaré Andrew Wallis, président de l’association « Unseen » à la BBC. « Mais elle ne fait qu’illustrer un problème qui s’étend au Royaume Uni et dans le monde entier. Il y a 200 ans on avait recours aux chaînes de fer pour enfermer les esclaves. Aujourd’hui on utilise des entraves psychologiques pour contrôler ces personnes. »

Le mois dernier, une ONG britannique a chiffré entre 4.200 et 4.600 le nombre de personnes victimes au Royaume-Uni d’esclavage moderne sous ses formes diverses, comme le travail forcé, le trafic d’être humains et les mariages forcés.

Esclavage moderne : la France rappelée à l’ordre

La traite des êtres humains existe en France et ne se limite pas à la prostitution. Mendicité forcée, esclavage domestique… Les visages de cet esclavage sont nombreux.

Esclavage moderne : la France rappelée à l'ordre © Stocklib / Oleg Doroshenko

La traite des êtres humains revêt de nombreux visages. Ceux de la prostitution et du proxénétisme sont les plus représentés. Mais un rapport de la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH) remet de l’ordre dans les idées reçues. Les auteurs de la traite ne sont pas toujours ceux que l’on croit et les victimes sont trop souvent jugées coupables.

En 2013, 420 affaires de traite ont été recensées par les services judiciaires. Au total, 781 individus ont été condamnés. Le nombre de victimes, lui, reste méconnu. Une première zone grise que déplore la CNCDH dans son rapport.

Esclavage moderne

Mais la principale orientation de ce document, c’est bien de lutter contre les idées reçues autour de l’exploitation des êtres humains. Ainsi, les réseaux organisés – souvent évoqués – coexistent avec les familles de classe moyenne originaires d’Afrique ou d’Asie et les Français revenus d’expatriation. Le rapport souligne aussi qu’un tiers des condamnations prononcées entre 2009 et 2013 concernaient des femmes.

« Si l’exploitation sexuelle est une forme importante d’exploitation, elle ne recouvre pas l’ensemble des phénomènes », lit-on. De fait, esclavage domestique, ateliers clandestins, mendicité forcée et délinquance pour le compte d’autrui, sont autant de réalités que la France connaît au quotidien. « L’esclavage moderne existe dans notre pays », tranche le rapport.

Plus d’aide aux victimes

Le pays se fait d’ailleurs épingler pour sa passivité face à cette exploitation. La CNCDH souligne l’absence totale de politique publique de lutte contre la traite d’êtres humains. Les quelques mesures lancées en 2014 n’ont pas été mises en place.

Des actions sont pourtant possibles. La Commission plaide notamment en faveur d’une poursuite plus systématique des auteurs de la traite et du démantèlement des réseaux. Mais cela sera impossible sans une meilleure protection et prise en charge des victimes, martèle-t-elle. Les associations d’aide à celles-ci doivent recevoir davantage de moyens.

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    Esclavage : plus de 36 millions de victimes dans le monde

    Le Parisien

    L’Inde est le pays du monde où les victimes de l’esclavage sont les plus nombreuses, la Mauritanie celui où la proportion de la population touchée est la plus importante, l’Afrique et l’Asie les continents les plus touchés par ce fléau. Telles sont les conclusions, dévoilées ce lundi, d’une étude menée par une organisation de défense des droits de l’Homme, la Fondation Walk Free.L’organisation a comptabilisé 35,8 millions d’hommes de femmes et d’enfants réduits en esclavage. Ce chiffre est en hausse de 20% par rapport à 2013, non pas à cause d’une explosion du nombre de cas, mais en raison d’une meilleure méthodologie. «L’esclavage moderne est présent dans l’ensemble des 167 pays» couverts par l’étude, avance la Fondation : il peut s’agir de traite d’êtres humains, d’exploitation sexuelle, de travail forcé, de servitude pour dette ou de mariage forcé ou arrangé.

    Cinq pays concentrent à eux seuls 61% des personnes exploitées : l’Inde, où «existent toutes les formes d’esclavage moderne», concentre 14,3 millions de victimes, devant la Chine, (3,2 millions), le Pakistan (2,1), l’Ouzbékistan (1,2) et la Russie (1,1). Suivent le Nigeria, la République démocratique du Congo, l’Indonésie, le Bangladesh et la Thaïlande. En Mauritanie, 4% de la population est touchée, soit la plus forte proportion au monde. «L’esclavage est enraciné dans la société mauritanienne», souligne le rapport, expliquant que les «Maures noirs», descendants de Noirs asservis par les Arabes berbères arrivés en Mauritanie au XIe siècle, continuent de servir de génération en génération les «Maures blancs». «Le statut d’esclave est héréditaire», constate la Fondation. La Mauritanie est suivie, dans ce classement établi sur la proportion de personnes réduites à l’esclavage par rapport à la population du pays, par l’Ouzbékistan (3,97%). Là-bas, chaque automne, plusieurs millions d’Ouzbeks, homme, femmes et enfants, sont contraints par le gouvernement de participer à la récolte du coton, dont le pays est un des plus grands producteurs.

    Viennent ensuite Haïti, et ses «restaveks», des enfants pauvres placés comme domestiques dans des familles riches, et le Qatar et ses milliers de travailleurs migrants souvent d’origine asiatique, exploités sur des chantiers ou comme domestiques dans des familles. Suivent l’Inde, le Pakistan, la RD Congo, le Soudan, la Syrie, et la Centrafrique.

    Quelque 8600 victimes en France

    En bas du classement, l’Islande et le Luxembourg sont les deux pays les plus exemplaires, avec seulement 100 victimes chacun. Ils sont suivis par l’Irlande (moins de 300 victimes). La France compte 8.600 victimes.

    Même si l’Europe dispose de la proportion de personnes exploitées la plus faible (1,6%), elle compte quand même 566.200 victimes, souvent d’une exploitation sexuelle ou économique. La Bulgarie, la République Tchèque et la Hongrie arrivent en tête des mauvais pays européens, mais c’est la Turquie qui compte le plus grand nombre de cas (185.500), dont notamment des mariages d’enfants, du travail forcé et de la prostitution.

    Hormis la Corée du Nord, tous les pays ont mis en place des lois pour criminaliser certaines formes d’esclavage moderne. Le rapport note cependant que seuls trois gouvernements (Etats-unis, Brésil et Australie) ont mis en place des mesures pour endiguer l’esclavage moderne dans les marchés publics et les chaînes logistiques des entreprises établies dans leur pays.

    Esclavage domestique: des Népalaises et Bangladaises prises au piège en Syrie

    Ammu KANNAMPILLY, avec Sam JAHAN


    Sunita Magar montre son passeport le 25 janvier 2016 à Dhadhing au Népal de retour de Syrie © Fournis par AFP Sunita Magar montre son passeport le 25 janvier 2016 à Dhadhing au Népal de retour de Syrie Sunita Magar pensait avoir quitté son village au Népal pour un emploi sûr au Koweit, mais ce n’est qu’à l’atterrissage à Damas qu’elle a réalisé que « quelque chose avait très mal tourné ».

    Battue et ne recevant qu’un repas par jour, Magar raconte avoir passé 13 mois comme domestique dans un foyer syrien.

    « J’étais en état de choc, je ne pouvais m’arrêter de pleurer », dit cette mère célibataire de deux enfants à l’AFP.

    Sunita Magar entourée de ses engants le 25 janvier 2016 à Dhadhing au Népal de retour de Syrie © Fournis par AFP Sunita Magar entourée de ses engants le 25 janvier 2016 à Dhadhing au Népal de retour de Syrie Magar est l’une de ces nombreuses femmes pauvres du Népal et du Bangladesh parties au Moyen-Orient avec la promesse d’un emploi rémunérateur et qui se sont retrouvées en Syrie, prises au piège des trafiquants dans un pays en guerre.

    Le chef de la représentation diplomatique du Népal au Moyen-Orient, basée au Caire, explique que les émigrés des Philippines et d’Indonésie – autres grands pays d’émigration de travail – ont cessé de travailler en Syrie en raison du danger: alors depuis deux ou trois ans, « les trafiquants ciblent les Népalais », dit Kaushal Kishor Ray.

    « Nous estimons qu’il y a environ 500 Népalaises en Syrie, leur nombre a fortement augmenté au cours des dernières années », déclare Ray à l’AFP.

    Au Bangladesh, depuis son lit d’hôpital à Dacca, Shahinoor Begum tente de reprendre pied après ses sept mois de cauchemar comme esclave sexuelle en Syrie.

    « J’ai été vendue à un Syrien qui m’a torturée et violée chaque jour, parfois avec ses amis », raconte à l’AFP cette mère célibataire de deux enfants. « J’implorais leur pitié mais ils n’en avaient aucune. Au contraire, ils m’ont frappée jusqu’à me casser les bras ».

    Accompagnée par des agents de recrutement, cette mère de 28 ans a quitté le Bangladesh avec d’autres femmes, avec la promesse de devenir domestique en Jordanie.

    Sunita Magar le 25 janvier 2016 à Dhadhing au Népal de retour de Syrie © Fournis par AFP Sunita Magar le 25 janvier 2016 à Dhadhing au Népal de retour de Syrie Mais elles aussi se sont retrouvées en Syrie, où les combats entre le régime et les rebelles ont fait plus de 260.000 morts.

    Begum a contracté sur place une maladie du genou, poussant ses bourreaux à contacter sa mère âgée pour lui extorquer de l’argent en échange d’un rapatriement.

    Son cas et deux autres font l’objet d’une enquête au Bangladesh, indique le lieutenant Colonel Golam Sarwar, des forces d’élite du Rapid Action Battalion (RAB). Les familles de 43 autres femmes ont déposé plainte pour les mêmes raisons.

    « Le Bangladesh semble être une cible facile pour les trafiquants », dit Sarwar à l’AFP.

    – ‘Terrorisée en permanence’ –

    Les femmes du Népal et du Bangladesh sont les proies des réseaux de trafiquants car leurs gouvernements ont peu influence dans la région et n’ont aucune ambassade en Syrie.

    Sunita Magar le 25 janvier 2016 à Dhadhing au Népal de retour de Syrie © Fournis par AFP Sunita Magar le 25 janvier 2016 à Dhadhing au Népal de retour de Syrie L’interdiction décidée par le Népal de toute immigration de travail vers la Syrie n’a eu aucun effet sur ces réseaux, explique un représentant du Organisation internationale du travail (OIT).

    « Le gouvernement népalais pense que l’interdiction est la solution la plus facile, cela lui permet de se débarrasser du problème », estime Bharati Pokharel, coordinateur de projets de l’OIT à Katmandou.

    « L’Inde a beaucoup plus d’influence que le Népal et le Bangladesh et les trafiquants en sont conscients. Ils savent que le Népal est faible et qu’ils ne risquent donc aucune poursuite », dit-il à l’AFP.

    Illettrée, soucieuse de sortir à tout prix de la pauvreté, Magar n’a pas hésité à suivre l’agent l’ayant approchée avec la promesse d’un emploi bien payé au Koweit. Jusqu’à Damas, la jeune femme de 23 ans ne s’est doutée de rien.

    Ensuite, « j’ai été en permanence épuisée, affamée et terrorisée », dit-elle en racontant ses journées de 20 heures non payées et ses rares heures de sommeil passées sur le balcon de son employeur.

    La nuit, pour masquer le bruit des tirs et chasser ses idées suicidaires, Magar écoutait de la musique népalaise sur son mobile – dont elle disposait, à la différence de son passeport, qui lui avait été confisqué.

    – Fonctionnaires corrompus –

    Sunita Magar le 25 janvier 2016 à Dhadhing au Népal de retour de Syrie © Fournis par AFP Sunita Magar le 25 janvier 2016 à Dhadhing au Népal de retour de Syrie Après le séisme meurtrier d’avril au Népal, la jeune femme a supplié ses employeurs de pouvoir rentrer chez elle. Alertée par sa famille, la presse népalaise s’est fait l’écho de cette histoire et une campagne sur les réseaux sociaux s’est organisée pour sauver Magar. La diaspora népalaise s’est mobilisée pour verser 3.800 dollars et la libérer de ses employeurs.

    Rentrée en août, Magar s’estime chanceuse d’avoir pu fuir.

    Le Népal reconnaît être impuissant à agir en Syrie. L’ambassade au Caire, qui couvre neuf pays dont la Syrie, est débordée, souligne le responsable du ministère des Affaires étrangères népalais. « Nous avons surtout besoin d’action préventives pour empêcher ces femmes de venir en Syrie », dit le diplomate Ray.

    Les experts estiment que des liens entre les agents de recrutement népalais impliqués dans le trafic et des fonctionnaires permettent à ces réseaux de traite et d’exploitation de femmes de prospérer.

    « Même dans les rares cas de poursuites, les affaires trainent ou n’aboutissent pas à une condamnation », dit Krishna Gurung, coordinatrice de l’ONG Pourakhi à Katmandou, qui organise l’hébergement d’urgence de femmes migrantes.

    Dans le village de Murali Bhanjyang au centre du Népal, Magar a peu d’espoir de voir les trafiquants devant la justice. « Je continue d’avoir ces cauchemars et je me mets à pleurer dans mon sommeil », raconte-t-elle.

    Népal: du rêve d'un emploi dans le Golfe à esclave en Syrie. Durée: 01:59 © Fournis par AFP Népal: du rêve d’un emploi dans le Golfe à esclave en Syrie. Durée: 01:59

    Trente esclavagistes signent pour le projet El Khomri

    Gérard le Puill (*)
     
    Humanite.fr

    Photo : AFP

    Photo : AFP

    Alors que la pétition contre le projet de casse du code du travail voulu par François Hollande et Manuel Valls a dépassé le million de signatures, un texte collectif de soutien au projet El Khomi a été publié dans le Monde du 5 mars avec 30 signatures. D’une grande médiocrité, l’argumentaire porte, entre autres, la signature de Philippe Aghion, Olivier Blanchard, Pierre Cahuc, Elie Cohen, Augustin Landier et Jean Tirole (photo).

    Ils sont 30 dont 25 hommes et 5 femmes. Plus précisément encore, 25 professeurs de grandes écoles et quelques directeurs de recherche. Tous ont un statut professionnel peu concerné par le projet de réforme du code du travail par le projet El Khomri, dont ils disent qu’il s’agit d’une « avancée pour les plus fragile». Car leur souci premier ne serait pas de venir en aide au MEDEF ou au gouvernement de Manuel Valls. Depuis leurs tours d’ivoire respectives, ils nous disent que le chômage «se concentre sur les jeunes et les moins qualifiés. Un chômeur sur quatre a moins de 25 ans ; un sur trois n’a aucun diplôme et 80% n’ont pas dépassé le bac. Ces publics sont les grands perdants d’un marché du travail qui exclut les plus fragiles ou les relègue dans des emplois précaires, tant les entreprises craignent d’embaucher en CDI. Ces inégalités sont insupportables. En réduisant les incertitudes qui entourent le CDI, le projet de loi El Khomri est de nature à changer la donne : c’est avant tout à ces publics défavorisés qu’elle va donner accès à un emploi durable. Une réforme d’ampleur est nécessaire », disent nos 30 experts qui se livrent ensuite à plaidoyer en faveur du patronat et contre le code du travail.
    Les 30 disent que l’adoption d’une loi voulue par François Hollande et Manuel Valls « est de nature à change la donne». Ils ne disent pas qu’elle la changera. Ils disent aussi prendre la défense des « grands perdants d’un marché du travail qui exclu les plus fragiles ou les relègue dans des emplois précaires ». Mais ces penseurs sont trop éloignés de la réalité économique et sociale de ce pays pour savoir que les « grands perdants » qu’ile voient dans la jeunesse d’aujourd’hui sont souvent les enfants de précédents perdants : ceux et celles qui ont perdu leur emploi industriel ou artisanal ces quarante dernières années pour cause de délocalisation de la production dans des pays où le salaire mensuel d’un ouvrier était inférieur à 100€.
    J’ai moi-même été ouvrier d’usine de 1965 à 1983, année où j’ai connu une fermeture de site et assisté à la casse d’un outil industriel performant. Tout simplement parce que le coût de la main d’œuvre était nettement plus bas ailleurs. J’ai vu aussi comment des ouvriers et des ouvrières devenaient des gens « en trop », victimes du chômage de longue durée ou amenés à reprendre une nouvelle activité avec un salaire réduite de 40%. Cette désindustrialisation continue encore aujourd’hui selon une étude récente.
    Dans un entretien accordé à Libération de ce mardi, Philippe Aghion, l’un des 30 signataires du texte publié samedi par le Monde, affirme que « nous vivons dans un monde, celui de la destruction créatrice, dans lequel les entreprises sont amenées à changer souvent de domaine d’activité». Cet argument n’a aucune valeur quand la fermeture d’une usine est motivée par de plus bas coûts de main d’œuvre sur un autre site et souvent dans un autre pays. La fermeture de l’usine Citroën à Aulnay-sous-Bois de relevait pas de la théorie de Schumpeter, puisque le constructeur au losange a continué de fabriquer les mêmes voitures sur d’autres sites. Mais la théorie de la destruction créatrice telle qu’elle fut conceptualisée par l’économiste autrichien Joseph Schumpeter est devenue plus que discutable aujourd’hui. Elle est gourmande en matière première et très émettrice de gaz à effet de serre. Or nous entrons dans le monde de la rareté des matières premières tandis la théorie de la « destruction créatrice » appliquée à l’économie augmente considérablement le bilan carbone de chaque objet produit. Le cerveau obtus de Philippe Aghion n’a pas encore intégré ces données. C’est embêtant pour un professeur d’économie, surtout quand il conseille le président de la République avec le succès que l’on sait sur l’emploi depuis 2012.
    Dans la même page du Monde daté du 5 mars, les économistes Cédric Durand et Razmig Keucheyan critiquent le projet El Khomi en montrant comment la concurrence par la baisse de la rémunération du travail dans les pays européens nourrit une spirale du déclin qui appauvrit les travailleurs dans toute l’Union européenne. « La seule rationalité de cette politique est une logique nationale de compétitivité selon laquelle les gains économiques ne peuvent se faire qu’au détriment des voisins », écrivent-ils avant d’ajouter un peu plus loin: « Dans ce jeu a somme nulle, il s’agit toujours de reprendre des parts de marché aux autres. Les salariés sont chaque fois perdants, l’embellie passagère ici ou là sabote l’activité ailleurs, tandis que la stagnation économique enkyste un peu plus la région dans son ensemble ».
    Voilà aussi ce que ne veulent pas voir les 30 esclavagistes signataires de la tribune contigüe dans Le Monde. Pour le coup, nous découvrons aussi qu’un prix Noble d’économie comme l’ancien chef économiste du FMI sont capables de raisonner comme des abrutis pour défendre des causes inavouables. Mais Pierre Gattaz a de quoi être satisfait. Mais c’est peut-être là l’essentiel aux yeux des 30 signataires.
    (*)Journaliste, auteur de « l’Ecologie peut encore sauver l’économie » une coédition de Pascal Galodé et de l’Humanité

    Comment la loi El Khomri va pénaliser les femmes

    Le Parisien

    Catherine Gasté 

    Le Parisien© Fournis par Le Parisien Le Parisien Voilà un avis rendu le 11 mars, en toute discrétion, par le Conseil supérieur de l’égalité professionnelle (CSEP, rattaché au ministère des Droits des femmes) qui risque de faire jaser. A la demande du gouvernement, plusieurs personnalités qualifiées, mais aussi les organisations syndicales, patronales et les associations familiales ont été chargées de passer le projet de loi Travail au crible de l’égalité hommes-femmes. Le verdict est salé : « Un déséquilibre apparaît dans ce texte en défaveur des salarié(e)s et singulièrement des femmes », lit-on en conclusion de ces 23 pages dont nous nous sommes procuré une copie.Deux lignes plus loin, ils enfoncent le clou : « Même si ces mesures ne visent pas explicitement une dégradation de la situation des femmes, elles auront un impact négatif sur elles. Il s’agit bien d’un risque de discrimination indirecte. » Au total, quatre syndicats ont rendu un avis négatif (CFDT, CGT, FO et CFE-CGC). La CFTC et la CGPME émettent des réserves importantes. Quant au Medef, qui soutient totalement le texte, il a refusé de se prononcer sur l’impact du projet de loi en termes d’égalité hommes-femmes, comme l’UPA (Union professionnelle artisanale).

    La négociation en entreprise va nuire aux salarié(e)s

    Certes, le préambule de l’avant-projet de loi rappelle bien que « l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes doit être respectée dans l’entreprise », relève le Conseil. Voilà pour la théorie, mais tout au long des 150 pages « à aucun moment la prise en compte » du problème « n’apparaît dans le texte », critique dans cet avis l’économiste Rachel Silvera, spécialiste des inégalités salariales. Certains articles du futur Code du travail sont même « moins-disant » par rapport aux règles européennes. Comme l’article 31 qui prévoit que « l’employeur assure l’égalité de rémunération entre les salariés pour un même travail », et non pas « l’égalité de rémunération entre les hommes et les femmes », pointe ainsi le Conseil.Et d’affirmer plus loin : « Cela signe une méconnaissance notoire de la construction des inégalités. » Même chose pour la primauté des accords d’entreprise sur les accords de branche ou la loi. Pièce maîtresse du projet de la loi El Khomri, ce principe est selon l’avis du CSEP nuisible aux avancées de l’égalité professionnelle. Car « les femmes sont plus nombreuses dans les secteurs les moins couverts syndicalement », comme le commerce, l’aide à domicile ou encore dans les PME de moins de 50 salariés où les syndicats sont absents.

    Une flexibilité du temps plus défavorable aux femmes

    Autre point noir, les mesures touchant au « temps de travail, premier facteur discriminant pour les femmes ». Le projet de loi renforce considérablement la flexibilité en augmentant les durées maximales de travail, notamment pour les cadres et les possibilités pour l’employeur de modifier de façon unilatérale les horaires. Pour la CFDT, « il convient de dénoncer le fait qu’un certain nombre d’articles sont en complète contradiction avec le principe de conciliation entre la vie professionnelle et la vie familiale ». La CGT y voit « une double peine pour les salariés à temps partiel (80 % sont des femmes) dont les heures supplémentaires seront demain encore moins bien payées ». En effet, le projet de loi prévoit une majoration de 10 % seulement des heures complémentaires, contre 25 % actuellement dans un grand nombre de branches.L’avis pointe enfin un « risque de licenciement plus grand pour les femmes ». Le texte prévoit notamment d’élargir les accords « compétitivité » qui permettent aux employeurs d’imposer une modulation des horaires de travail, des salaires, de la mobilité. En cas de refus, le salarié sera licencié. « Ces mesures sont particulièrement défavorables aux femmes, pour qui cela peut signifier d’être obligé de renoncer à son emploi. Car du fait d’autres charges qu’elles assument, elles ont beaucoup moins de possibilités d’adaptation », rappelle le CSEP. Quant aux congés légaux « de solidarité familiale » ou « de proche aidant » — majoritairement utilisés par des femmes —, le Conseil redoute « une régression » puisque leur durée n’est plus fixée par la loi.

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