Seule l’émotion peut échapper à l’Inquisition

Les dangers de la drogue

Attentat au Kenya : Je suis Garissa

garissa kenya somalie

Des salles de classe de Garissa à la rédaction de Charlie Hebdo en passant par le musée du Bardo, le procédé a été le même : des hommes armés ont fait irruption, tué au nom de leur « Dieu » des gens qui ne pensaient pas la même chose qu’eux ; des gens qui ne pouvaient pas se défendre. Fusils en main, ils ont mitraillé, ouvert des rivières de sang, scandé quelques vils slogans avant de se jeter dans une martyrologie qui les reniera à la seconde. 12 – 22 – 147, vies : la petite arithmétique de la mort n’est pas ici importante : elle est presqu’indécente quand elle verse dans les comparaisons pour réclamer plus d’émotion en fonction du caractère numérique. Les vies humaines ne se quantifient pas. Tous les morts de terrorisme ont la même identité : la mort, surtout injuste, fait un cimetière commun qui commande à une trêve dans la concurrence victimaire. Garissa, Charlie, Bardo et bien d’autres, sont des occasions uniques de faire humanité après tant d’échecs.

J’ai passé le plus clair de mon temps, sans grande rétribution, subissant même du rejet voire de l’hostilité, à consacrer l’essentiel de mes tribunes à « dire l’Afrique ». Oublier l’euphorie fumeuse de l’afro-ferveur qui banalise, voire nie à terme, les problèmes récurrents et urgents de l’Afrique. La croissance et ses mirages éclipsent les morts nombreux du continent : les malades pauvres, les malheureux élus des pandémies, les victimes des guerres, les minorités massacrées… La nouvelle ruée vers l’Afrique et la passion qu’elle suscite relèguent en scènes de vie ordinaire les problèmes structurels qui consument le continent. Tellement aveugles devant nos drames, parfois lassés, souvent dans le déni, les actes de beaucoup de leaders d’opinions ont installé l’idée d’une Afrique presque sans urgences, où seule une attaque terroriste vient tirer les populations de leur rêveries et accommodements avec les drames quotidiens. Aussi douloureuse, traumatisante et abominable soit-elle, l’attaque de Garissa, dans l’échelle des charniers, n’est tragiquement qu’une prolongation. Nos terreaux endogènes, faits de nos propres entêtements, tuent. Nous regardons ailleurs.

Le 7 janvier, nombreux furent-ils à presque ricaner, voire à se réjouir  de l’attaque de Charlie Hebdo. En ces temps de la traçabilité indiscrète d’Internet, l’on n’éprouvera pas de peine à retrouver leurs réactions. L’Afrique, devant les cadavres frais de 12 innocents français, a vu dans plusieurs de ses capitales des manifestants qui « n’étaient pas Charlie ». Insensibles à la mort, ils avaient pour certains brûlé des églises au Niger. Jamais pour les drames de leurs nations, ils n’avaient démontré pareille hargne. L’histoire retiendra qu’ils ne le firent que pour sautiller de joie de la tragédie Charlie, au motif d’une foi souillée. Ici encore, les bandes audiovisuelles sont disponibles. Au fond, cela n’est pas très important : l’émotion est peut-être la seule chose qui échappe à l’Inquisition. Si les larmes ne sont pas évidentes à tomber, on ne saurait les exiger.

Ces gens qui étaient « Mahomet », ces « Pas Charlie », ces ricaneurs vengeurs, pleurent aujourd’hui Garissa. Et tout le monde pleure Garissa, à l’évidence. Dessinateur blasphémateur ou innocent étudiant, ils sont égaux devant la mort qu’ils n’ont pas mérité. Mais cela n’est pas bien intégré par les négateurs de Charlie. Inconfortables avec leur récente posture, il leur faut subterfuge : accuser l’Occident de hiérarchiser les morts. Ils militèrent pour qu’on accole l’étiquette de terroriste à Lubitz, pilote dépressif pour jubiler d’une équivalence dans la folie terroriste. En vain. Ils cherchent bouée tristement. Ils ont l’équation abondante : 147 > 12. Comme si l’enjeu était seulement là. Cette fuite en avant est symptomatique de ceci que le déni, la mauvaise foi, la grossière tentative de falsification, tenaillent une Afrique qui a besoin qu’on libère sa créativité, son savoir, sa liberté. Toutes choses que cherchaient les étudiants de Garissa dans leur université.

Je suis naturellement Garissa, parce j’ai été Charlie. Toute hiérarchie dans la mort, symbole de l’avilissement des âmes, n’est que le fait de ceux qui ont été l’un sans être l’autre. Tout le monde se reconnaîtra. Frères kenyans, français, tunisiens, frères du monde. Je pleure nos frères en Humanité maudite.

Nous reviendrons sur la religion des bourreaux quand leurs « frères » accepteront l’altérité, la différence et la laïcité : universelles.

Photo : Ben Curtis/AP/SIPA. AP21717038_00000

« Je suis Kenyan »: les réseaux se mobilisent après le massacre de Garissa et critiquent le silence de la communauté internationale

JE SUIS KENYAN

INTERNATIONAL – Le Kenya pleure ses enfants. Un deuil national de trois jours a été décrété à partir de dimanche 5 avril à la mémoire de la centaine d’étudiants morts sous les balles des shebab. Ces islamistes somaliens ont en effet attaqué l’université de Garissa et tué 148 personnes, dont 142 étudiants, chrétiens en majorité.

Le choc provoqué par ce massacre a dépassé les frontières du pays. Comme après les attentats de Charlie Hebdo et du Bardo à Tunis, les internautes ont créé le mot-cle #JeSuisKenyan pour rendre hommage aux victimes de la tuerie.

La photo de cette bougie a aussi été largement reprise, aussi bien sur Twitter que sur Facebook:

Lundi soir, le premier ministre Manuel Valls a à son tour apporté sa voix à ce concert de soutiens:

Toutefois, la mobilisation est moins marquée que pour les autres attentats, en particulier celui de Charlie Hebdo. De quoi attrister et rendre en colère de nombreux internautes qui déplorent un deux poids, deux mesures.

Des reproches qui s’adressent en particulier aux médias et aux personnalités politiques. Comme le souligne Francetv info, certaines personnalités, comme l’écrivain franco-congolais Alain Mabanckou, s’interrogent sur le manque de mobilisation.

En effet, au-delà du soutien et des hommages, les messages relayés sur les réseaux sociaux dénoncent également le peu d’attention de la communauté internationale au massacre de Garissa. A l’instar du pape, qui a critiqué le mutisme de la communauté internationale, lors de sa bénédiction « urbi et orbi », les internautes sont nombreux à ne pas comprendre ce manque de mobilisation.

Au côté du mot-clé #JeSuisKenyan, un second hashtag, qui illustre ce sentiment, a émergé. Comme l’explique Le Figaro, #147notjustanumber (« 147 n’est pas juste un nombre » en français) a été lancé par l’activiste kenyane Ory Okolloh Mwangi dans le but de mettre un visage et un nom sur tous ces morts.

« Nous les nommerons un par un », a-t-elle écrit le 5 avril dans un tweet. Depuis, elle ne cesse de tweeter ou retweeter le nom et les photos des victimes de ce massacre.

Attaque au Kenya: Mohamed Mohamud, cerveau présumé du massacre de Garissa, un ex-enseignant « tranquille »      

ATTAQUE KENYA

INTERNATIONAL – Mohamed Mohamud, soupçonné par la police kényane d’être le cerveau du massacre dans l’université de Garissa qui a fait 148 morts jeudi, est un ex-enseignant kényan présenté comme « tranquille », qui s’est radicalisé dans son pays.

Egalement connu sous les pseudonymes de « Kuno », « Dulyadin » (« l’homme aux bras longs ») et « Gamadhere » (« l’ambidextre »), Mohamed Mohamud, membre présumé du mouvement islamiste shebab qui a revendiqué le massacre, est aussi recherché pour une série d’autres raids perpétrés en 2014 dans le Nord-Est kényan frontalier de la Somalie. La police offre une récompense de 20 millions de shillings (200.000 euros) pour toute information susceptible de mener à son arrestation.

Un tenant de la ligne dure du mouvement

Mohamed Mohamud, cinquantenaire, serait né en Ethiopie, dans une famille issue du très puissant clan somali Ogaden, réparti aux confins de l’Ethiopie, de la Somalie et du Kenya. Il serait arrivé enfant à Garissa, dans l’est kényan majoritairement peuplé d’habitants d’ethnie somali comme lui, et possède la nationalité kényane. Des photos qui circulent suggèrent un homme mince, à la barbe courte.

Selon des sources policières kényanes, il a enseigné et même dirigé une école coranique de Garissa, avant de se radicaliser et de traverser la poreuse frontière somalienne pour rejoindre l’Union des tribunaux islamiques (ancêtres des shebab) au sein desquels il dirigeait une unité appelée « Jugta-Culus » (« Ceux qui frappent dur »). Un correspondant de l’AFP qui l’a rencontré plus tard dans la capitale somalienne Mogadiscio, alors qu’il avait rejoint les shebab, se souvient de lui comme d’une figure du mouvement, l’un des tenants de sa ligne dure.

« Tranquille et posé »

A la fin des Tribunaux islamiques, défaits début 2007 par les troupes éthiopiennes, Mohamed Mohamud, qui passe pour une personne éduquée, « tranquille et posée », rejoint d’abord la milice islamiste Ras Kamboni, active dans le sud somalien. Mais cette milice va se scinder en deux, un camp, dont il fait partie, rejoignant les shebab, et l’autre, mené par Ahmed Madobe, s’alliant à l’armée kényane entrée en Somalie fin 2011 pour combattre les shebab.

Au sein des shebab, Mohamed Mohamud devient vite un chef des opérations dans le sud somalien, recevant spécifiquement pour mission, en raison de sa connaissance du terrain, de combattre au Kenya. La police kényane le tient notamment aussi pour responsable de deux attaques meurtrières menées l’an dernier dans la ville kényane de Mandera, frontalière de la Somalie et située à 550 km au nord de Garissa. Ces attaques, qui pour beaucoup auraient dû servir d’avertissement aux autorités kényanes, avaient visé les passagers d’un bus et les ouvriers d’une carrière, faisant respectivement 28 et 36 morts, exécutés de sang froid.

Vendredi, les shebab ont menacé le Kenya de nouvelles attaques, affirmant que celle de Garissa avait été menée en représailles de « persécutions systématiques contre les musulmans du Kenya ». Les shebab ont notamment évoqué le massacre de Wagalla (300 km au nord de Garissa) en 1984, au cours duquel l’armée kényane, qui tentaient d’étouffer un conflit local, a tué un nombre indéterminé de somali – officiellement moins de 100, mais certaines sources parlent de 5000 morts – les laissant agoniser plusieurs jours sans eau ni nourriture au soleil, allongés sur une piste d’atterrissage brûlante.

De nombreuses récompenses ont été offertes en échange d’informations permettant de localiser des commandants shebab. Souvent bien supérieures à celle proposée pour Mohamed Mohamud, et offertes par Washington, elles ont plusieurs fois débouché sur des frappes de drones américaines destinées à les assassiner.

Qui sont les Chabab, à l’origine du massacre de Garissa, au Kenya ?

Le massacre du campus de Garissa, jeudi 2 avril, qui a coûté la vie à cent quarante-huit personnes, dont cent quarante-deux étudiants, a marqué le retour en force des Chabab somaliens. Près de deux ans après l’attaque sanglante du centre commercial Westgate de Nairobi, au Kenya, en septembre 2013, qui avait fait soixante-sept morts, le groupe islamiste a revendiqué l’acte le plus meurtrier dans le pays depuis l’attentat de l’ambassade américaine par Al-Qaida en 1998.

Après cette attaque se pose de nouveau la question de l’identité de ces combattants rattachés à Al-Qaida. Originaires de Somalie, un pays en proie à une guerre civile qui dure depuis une vingtaine d’années, de quelle influence disposent les Chabab ? Combien de combattants comptent-ils dans leurs rangs ? Pourquoi ce groupe armé s’en prend-il au Kenya voisin ?

Lire : Le Kenya pleure ses enfants

  • Qui sont les Chabab ?

Le groupe islamiste Harakat Al-Chabab Al-Moudjahidin (qui signifie « Mouvement de la jeunesse des moudjahidin »), plus connu sous le nom de Chabab (« la jeunesse »), apparaît en Somalie en 2006, dans le sillage de l’Union des tribunaux islamiques, qui contrôle alors Mogadiscio et y impose la charia.

Lorsque les troupes éthiopiennes pénètrent en Somalie pour renverser l’Union des tribunaux islamiques et apporter leur soutien au « gouvernement fédéral de transition » du président Abdullahi Yusuf Ahmed, les Chabab servent de branche militaire radicale à l’Union des tribunaux islamiques.

C’est dans cette lutte contre les forces éthiopiennes que les Chabab s’imposent progressivement. Ils prennent de l’ascendant, avant de devenir un groupe puissant. L’Ethiopie retire finalement ses troupes du pays à la fin de l’année 2008, laissant la force de paix de l’Union africaine (UA) en première ligne face à l’insurrection islamiste. Les Chabab adhèrent à la vision salafiste de l’islam. Leur objectif est d’instaurer un Etat fondé sur la charia.

Le groupe s’est également lié avec Al-Qaida par l’intermédiaire de certains responsables de l’organisation à travers ses cellules en Afrique orientale. Les liens entre les Chabab et l’organisation djihadiste n’auront de cesse de se renforcer jusqu’en 2009, date à laquelle le mouvement armé somalien lui prête explicitement allégeance.

Lire notre décryptage : Les Chabab, une milice divisée au pouvoir de nuisance durable

  • Qui les dirige ?

En septembre, les Chabab ont nommé un nouveau chef, Ahmed Umar Abou Oubaïda, après avoir confirmé la mort de leur chef suprême, Ahmed Abdi « Godane », tué par une frappe américaine. Ils ont également renouvelé à cette occasion leur allégeance à Ayman Al-Zaouahiri, chef du réseau terroriste Al-Qaida.

Ahmed Umar Abou Oubaïda a enseigné dans des écoles coraniques à Jamaame, puis dans le port de Kisimayo, avant de s’engager dans les rangs des Chabab et d’y diriger notamment les opérations de renseignement.

  • Qui forment leurs rangs aujourd’hui ?

Leurs effectifs sont estimés entre cinq mille et neuf mille hommes, selon les sources. Parmi eux, des locaux favorables à l’application de la charia, mais aussi des combattants islamistes étrangers, venus notamment de pays arabes et du Pakistan (entre sept cents et huit cents combattants, selon les sources).

Les auteurs du massacre de l’université de Garissa s’exprimaient en swahili (une langue méprisée par de nombreux Somaliens). Selon le ministère de l’intérieur, l’un des assaillants s’appelle Abdirahim Mohammed Abdoullahi, diplômé de l’université de droit de Nairobi, fils d’un chef local de Mandera, une ville de l’extrême-nord du Kenya frontalière de l’Ethiopie et de la Somalie.

Lire : L’un des assaillants de Garissa identifié au Kenya

Son père avait déclaré sa disparition en 2014, le soupçonnant d’avoir rejoint les Chabab. Cette information confirme que des Kényans alimentent les rangs des djihadistes (un Tanzanien fait également partie des cinq personnes arrêtées depuis jeudi par la police pour leur implication présumée dans le massacre).

Lire notre reportage : A Garissa, la sidération après le massacre des étudiants

  • Pourquoi ont-ils reculé en Somalie ?

Entre 2008 et 2011, les Chabab, qui ont absorbé quantité de petites milices locales, parviennent à contrôler jusqu’aux deux tiers du territoire somalien. La souveraineté du « gouvernement fédéral de transition » se limite, elle, à quelques quartiers de Mogadiscio.

Mais la Mission de l’Union africaine en Somalie (African Union Mission to Somalia, AMISOM), force de paix composée essentiellement d’Ougandais et de Burundais, parvient au fil des mois à reprendre la main. Elle profite notamment des divisions qui se font jour au sein des Chabab, et de la défiance de la population après le refus des Chabab en 2011 d’accepter l’aide humanitaire pour lutter contre la sécheresse et la famine.

Au fil des mois, les Chabab essuient donc une importante série de revers : ils perdent Mogadiscio en août 2011, l’un de leurs bastions ; la ville centrale de Baidoa, en août 2012 ; et, en septembre 2012, le port de Kismaayo, poumon économique de la rébellion dans le sud du pays, qui est libéré par les soldats kényans.

Considérablement affaiblis depuis 2011, les Chabab continuent toutefois de contrôler de vastes zones rurales de Somalie, notamment dans le Sud. Le chaos politique qui règne dans le pays permet également aux Chabab de continuer à mener régulièrement des attaques dans les villes, notamment à Mogadiscio.

  • Pourquoi les Chabab s’en sont-ils pris au Kenya ?

Longtemps, le Kenya a tenté de garder ses distances avec son voisin, de peur d’importer chez lui la guerre civile qui y faisait rage. Mais pour la première fois, en octobre 2011, il intervient militairement dans le conflit en Somalie, pour tenter d’éradiquer définitivement les Chabab, alors en perte de terrain. Accusés d’avoir commis plusieurs enlèvements d’étrangers, ces derniers menacent l’industrie touristique, deuxième source de devises du pays.

L’objectif affiché de l’intervention kényane est d’instaurer une zone tampon pour empêcher les incursions des Chabab au Kenya. « Notre intégrité nationale est compromise par de graves menaces de terrorisme, nous ne pouvons pas tolérer que cela se produise, justifie alors le gouvernement kényan. Cela signifie que nous allons désormais poursuivre les ennemis, il s’agit des Chabab, où qu’ils soient. »

Lire notre analyse : La Somalie, théâtre des ambitions kényanes

C’est depuis cette incursion militaire que les insurgés Chabab, qui estiment résister à une invasion étrangère, ne cessent de menacer le Kenya de représailles et sont déjà passés à l’action à plusieurs reprises.

Lire : Le Kenya, théâtre de nombreuses attaques terroristes

Les Chabab disent ainsi avoir perpétré la tuerie de Garissa pour punir le Kenya de sa présence militaire en Somalie au sein de l’Amisom (environ quatre mille hommes aujourd’hui). Ils ont proféré de nouvelles menaces au cours du week-end, promettant de « nouveaux bains de sang » dans les villes du pays et le menaçant d’une « longue, épouvantable guerre ».

Du centre commercial Westgate, en septembre 2013 — symbole d’une certaine réussite économique kényane — à l’université de Garissa, la semaine dernière — symbole d’un pays tout entier tourné vers l’instruction —, les objectifs visés par les Chabab sont les mêmes : faire payer par le sang en infligeant le maximum de pertes humaines ; s’assurer une propagande mondiale en diffusant la terreur ; et miser sur les divisions ethniques et religieuses.

C’est ainsi qu’ils choisissent, notamment, d’assassiner des chrétiens et d’épargner ceux qui sont capables de réciter des versets du Coran. Selon les Chabab, l’université de Garissa a été choisie parce qu’elle se trouvait « sur une terre musulmane colonisée »

6 questions pour comprendre pourquoi les shebab attaquent le Kenya

Qui sont les shebab ? Pourquoi sont-ils en guerre contre le Kenya ? Pourquoi visent-ils des chrétiens ?

Des soldats kenyans le 4 avril 2015. (Ben Curtis/AP/SIPA)Des soldats kenyans le 4 avril 2015. (Ben Curtis/AP/SIPA)

Trois jours après le massacre à l’université de Garissa, qui a fait 148 morts, des étudiants chrétiens pour la plupart, l’aviation kenyane a bombardé dimanche 5 avril deux positions du groupe islamiste al-Shebab dans la région de Gedo en Somalie, selon un porte-parole du gouvernement kenyan.

Au petit matin du 2 avril, plusieurs terroristes portant des masques, passant de dortoir en dortoir à l’université de Garissa, avaient séparé musulmans et chrétiens, avant de massacrer ces derniers par balles.

Cet attentat effroyable s’inscrit dans un contexte complexe, sur fond de guerre civile en Somalie et de tensions frontalières. Six questions pour mieux comprendre.

1- Qui sont les « shebab » qui revendiquent le massacre de Garissa ?

« Al Shaabab » est une organisation islamiste somalienne, qui cherche à reprendre le pouvoir dans ce pays en proie à une guerre civile qui dure depuis près d’un quart de siècle (elle a commencé en 1991).

« Shebab » signifie « jeune » en arabe : ce groupe, apparu en 2006, représentait alors la branche la plus turbulente et radicale de « l’Union des tribunaux islamiste », une coalition de groupes islamiques impliquée dans cette guerre civile. L’Union des tribunaux islamistes avait alors pris le pouvoir sur une grande partie du territoire  : le centre et le sud.

Elle a imposé pendant deux ans la charia, avant d’être battue en brèche par un gouvernement de transition soutenu militairement l’Union africaine.
Les Shebab, qui se réclamment depuis 2009 d’Al-Qaida, ont perdu du terrain.

2- Les shebab, combien de combattants ?

On estime le nombre de shebab à plusieurs milliers – la presse avance généralement le nombre de 5.000, mais ce ne peut-être qu’une grossière approximation.

Ils sont repliés sur une partie du sud de la Somalie, des zones rurales dans lesquels ils sont retranchés. Ce sont des régions d’élevage, le long du fleuve Juba et les shebab y vivent dans une semi-clandestinité.

Sur cette carte, apparaissent en vert-de-gris leurs fiefs.

Les régions contrôlées par les Shebab en Somalie

3 – Pourquoi commettent-ils des attentats au Kenya ?

Les liens entre Kényans et Somaliens sont étroits : les régions à la frontière des deux pays ont une histoire commune et tourmentée (voir plus bas). De nombreux habitants de la « Province nord-orientale » (dont le chef lieu est Garissa) sont d’origine somalie. Et la région du Jubaland en Somalie était à l’époque coloniale un territoire kenyan… De nombreux Somaliens se sont installés à Nairobi et dans sa banlieue et des camps de réfugiés accueillent de nombreux somaliens chassés par la guerre.

Pendant 20 ans, le Kenya a tenu ses distances avec la guerre civile somalienne, de peur d’une contagion. Mais en octobre 2011, pour la première fois, il a décidé d’intervenir militairement dans le conflit.

Il l’a fait dans l’espoir d’éradiquer une fois pour toute les shebab, qui perdaient alors du terrain. Le Kenya les a accusés alors d’avoir enlevé des étrangers sur son territoire, dans le but d’obtenir des rançons : l’expatriée française Marie Dedieu, une touriste britannique Juddith Tebbutt, deux employées de MSF-Espagne qui travaillaient dans le camp de réfugiés de Dadaab… Ces enlèvements ont été pour le Kenya des catastrophes économiques, le tourisme étant l’une des plus importantes sources de devises du pays.

Depuis cette intervention militaire, les shebab ont encore reculé (ils ont notamment perdu leur bastion, le port de Kismayo). Le Kenya, qui combat désormais dans le cadre de la Mission de l’Union africaine en Somalie (Amisom), a engagé environ 4.000 hommes sur le terrain.

Les shebab se considèrent comme des résistants face à une armée étrangère d’occupation. C’est pourquoi ils multiplient les attentats au Kenya, que ce soit à Nairobi, sur la côte, ou dans dans des villes du nord ou de l’est du pays. Trois exemples spectaculaires :

Lors de chaque attaque, les shebab trient les chrétiens des musulmans. Ils demandent généralement à leurs victimes de réciter quelques versets du Coran, ou leur posent des questions basiques : « Quel est le nom de la mère du prophète ? », « Quel est le nom de sa première épouse ? »

Ceux qui ne savent pas répondre sont tués sur le champ.

4- Quel est l’enjeu pour le Kenya ?

Lorsqu’il s’est engagé dans la guerre somalienne, en 2011, le Kenya a expliqué qu’il souhaitait faire du Jubaland, région du sud-ouest de la Somalie, une « zone tampon », afin de ne plus être exposé aux troubles du pays voisin.

Le Jubaland et le Gedo

Le Jubaland (entourée de rouge, sur la carte) était autrefois une partie de la colonie anglaise du Kenya. En 1925, Londres l’a « offert » à la Somalie, colonie italienne, pour remercier Rome d’être entré en guerre aux cotés des alliés pendant la première guerre mondiale.

Mais c’est en réalité un peu plus compliqué car d’un autre côté, la Province nord orientale du Kenya avait été séparée du Jubaland à l’époque coloniale… Et elle est en majorité peuplée de personnes d’origine somalie.

Les ethnies au Kenya

Lors de l’indépendance du Kenya en 1964, les familles somalies représentaient près des deux tiers de la population de cette province. La Somalie avait alors réclamé la souveraineté sur cette région, en vain. Des tensions se perpétuent depuis lors entre les deux pays.

Le Kenya a longtemps craint de perdre cette province nord-orientale, ce qui aurait entrainé, dans la mosaïque d’ethnies qui compose le pays, d’autres revendications et d’autres tensions.

La Somalie reste un foyer de risques pour le Kenya. Pour tenter d’endiguer les attaques des shebab, le gouvernement a commencé à bâtir un mur à la frontière, qu’il espère faire courir sur 700 kilomètres…  Mais c’est sans doute trop tard : il existe désormais des cellules shebab à l’intérieur du pays, notamment dans les camps de réfugiés. Celui qu’on désigne comme le « cerveau » de l’attentat contre l’université, Mohamed Mohamud Dulyadin, alias « Kuno », n’est-il pas lui-même un Kenyan originaire de Garissa ? Et l’un des tueurs, Mohammed Abdirahim Abdullah n’est-il pas un étudiant en droit Kenyan, bien noté,  fils d’un fonctionnaire local ?

5- Qui a ordonné le carnage de Garissa ?

Depuis septembre, l’actuel leader des shebab est un ancien professeur d’études coraniques, Ahmed Omar Abou Oubeïda. Il a enseigné à Jamaame puis dans le port Kismaayo. Son clan serait originaire du Gedo, cette région frappée dimanche soir par l’aviation kenyane, au nord du Jubaland. Avant de prendre la tête des shebab, il dirigeait les opérations de renseignement de l’organisation.

Il a pris la succession de Ahmed Abdi Godane, tué par un drone américain en 2014 après avoir, selon « Le Point », été localisé par la DGSE. François Hollande aurait lui-même donné son feu vert pour cette exécution ciblée franco-américaine : Paris voulait, entre autres, venger la mort de trois agents de la DGSE en janvier 2013.

Mais l’homme qui est désigné par Nairobi comme le « cerveau » des attaques de Garissa est un Kenyan, Mohamed Mohamud Dulyadin. Sa tête est mise à prix 20 millions de shillings (soit 200.000 euros).

C’est un proche d’Ahmed Omar Abou Oubeïda, qui l’aurait chargé des opérations au Kenya et le long de la frontière. On prête à ce quadragénaire trois femmes (dont deux vivraient à Garissa, la troisième près de Ras Kamboni, dans le Jubaland) et divers surnoms : Kuno, l’ambidextre, l’homme aux bras longs… Après un diplôme d’ingénieur, à l’université Jomo Kenyatta de Nairobi, il aurait, selon le Kenya’s Star, travaillé pour la fondation saoudienne islamique al-Haramain et dirigé une madrassa (école islamique) à Garissa. Il est parti en 2007 pour la Somalie où il a rejoint les shebab.

6. Pourquoi les shebab visent-ils des chrétiens ?

Après le carnage de Garissa, un porte-parole des shebab a expliqué que l’attentat visait « le gouvernement chrétien du Kenya qui a envahi notre pays » et que cette université publique avait été choisie parce qu’elle servait au gouvernement, « sur une terre musulmane colonisée », à diffuser « sa chrétienté et son infidélité ».

Le Kenya est à plus des trois-quarts composé de chrétiens (une moitié de protestants et un quart de catholiques), considérés comme des « infidèles » par les shebab, qui se réclament du salafisme le plus rigide.

En visant les chrétiens, l’objectif des shebab est également d’attiser les tensions religieuses dans cette région orientale du Kenya, afin de faciliter les recrutements de combattants. De nombreux jeunes musulmans kenyans se considèrent déjà comme brimés par les autorités du pays, du fait de leur religion, et la tension créée par les attentats ne fera qu’accroître leurs difficultés.

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commentaires

  • salaison                  “Attentat au Kenya : Je suis Garissa”
    je ne sais de qui ils (elles) parlent car en ce qui me concerne: je suis “moi” !….(et que moi….)

    Jeannot                    Bonjour. J’ai lu cet article à trois reprises pour parvenir à l’impression probablement infondée, d’en avoir saisi quelques idées. (Je précise que j’enseigne la philosophie et la littérature au Lycée et en prépa)

  • Je ne souhaite pas faire un étalage de bons sentiments pour dire que j’ai été effectivement choqué par l’attentat contre Charlie. Je suis humain, et je ne soutiens pas l’idée que l’on tue quelqu’un pour ses idées, même si je ne les partage (mais alors pas du tout!). Mais j’ai l’impression que l’on me somme d’être Charlie sous peine d’être identifié à ceux qui ricanaient ou se réjouissaient de l’attentat. Et allons-y dans le raisonnement délirant : identifié aux brûleurs d’Eglise. L’incohérence et le manque de rigueur est tel que j’ai hésité à écrire ce commentaire.

    Je n’ai pas été et ne suis pas Charlie car je n’ai jamais, depuis 25 ans que je connais Charlie, soutenu sa ligne éditoriale qui, sans la rigueur du raisonnement écrit, humilie les croyants dans leurs symboles les plus chers. J’aime le débat, mais pas l’humiliation de l’adversaire qui ne peut pas répondre avec les mêmes moyens.

    Alors, je suis contre la laïcité ? Cet article est impressionnant, une fois encore. La laïcité ne crée pas un droit à humilier les personnes dans leurs symboles les plus chers. Elle garantit la liberté religieuse, son expression ainsi que la liberté d’exercice des cultes. L’insulte n’est pas un droit, même si elle n’est pas prohibée. La liberté d’expression de Charlie est vaine si elle n’est pas une liberté responsable. Elle a coûté la vie à des africains qui ne s’attendaient pas à subir les revers d’une nouvelle colonisation conduite par des dessinateurs irresponsables et qui n’ont exprimé aucun regret pour les morts qu’ils ont provoquées sciemment pour “l’honneur” de leur liberté de ricaner non seulement des religions mais des croyants.

    Enfin, personne ne dit que 142>7. Les étudiants ont été tués à cause de leur foi. C’est cela que la laïcité française est incapable d’appréhender : l’existence et la légitimité du fait religieux. Comme s’il était écrit dans le ciel, sur la terre et dans les océans, en lettres majuscules et dorées que le postulat de l’absence de Dieu est la seule réponse rationnelle acceptable, le reste étant une tolérance à l’égard des pauvres religieux. Ils ont été tués parce que chrétiens. Le mentionner n’est pas attentatoire à la laïcité. L’omettre est attentatoire au bon sens.

    J’aime l’Afrique. J’en suis par ma femme et mes enfants. Cet article dont l’objet est difficile à identifier tant l’écriture en est filandreuse et indignée-c’est-dégueulasse-je-suis-contre-l’extrémisme ne reflète pas la réalité de ce que les africains expriment encore et encore dans leur immense majorité : un sens religieux qui les rend incompréhsensibles à des cerveaux français.

    Oui, il y a un grave déni de réel.

    Fioretto                       “un sens religieux qui les rend incompréhsensibles à des cerveaux français”   Cette phrase je la trouve assez raciste, de plus vous croyez que dans les autre pays occidentaux on se préoccupe du sort des chrétiens ? Genre en Amérique latine ? Ou alors aux USA ? Tout ça n’a rien à voir avec la laïcité. De plus Charlie Hebdo n’a pas sciemment provoqué des morts il faut arrêter de se poser en victime du soupçon d’approuver les attentats pour ensuite accuser les autres d’un truc aussi immonde. Charlie Hebdo n’est pas un journal imposé aux africains.

    Etoile Vesper                  L’article oublie les quelque 132 enfants tués par les talibans il y a quelques mois à peine dans une école pakistanaise …

    ptit gaulois                            ceux sont des personnes malveillantes, à rayer de la carte du monde tout comme cela à été fait avec les SS.
    Andre Angle

    Les Shabaab ne sont qu’une nuisance criminelle à éliminer le plus tot possible.

                            Le mouvement somalien d’islamistes s’appele le Harakat ach-chabaab al-mujaahidiin, litteralement « Mouvement des jeunes moudjahidines » = « Mouvement des jeunes combattants pour Allaaah ». Chabaab signifie «les jeunes» en arabe, donc des journ alistes parlent des «jeunes» ou «djeuns» pour parler de terroristes. Les jeunes nazis on les appelent des «jeunes» et les jeunes bolcheviques on les appele des «jeunes». Pourquoi cacher «combattant pour Allaah» (dans le sentier d’Allaah) ? comme Syrie 2012 ?
    JPR                                     J’ai cru comprendre que ce ne sont pas les journalistes mais les locaux qui les appelaient familièrement « chebabs », peut-être même par dérision, un raccourci plus facile à utiliser que le nom officiel… Surtout que si on ne connaît pas l’arabe c’est un nom comme un autre…. A propos on dit Nazi, mais c’est aussi un raccourci…
    karim mahdi                      Pourquoi Lepen dépassera les 40% en 2017? Il faut demander aux médias qui font semblant de s’intéresser aux victimes seulement lorsqu’elles sont chrétiennes, ça rapporte gros financièrement.

    En 2003 le sort des chrétiens d’Orient n’intéressaient personne, par contre le ministère du pétrole irakien intéressait beaucoup Bush Blair.
    Quand notre ami le roi d’Arabie Saoudite, sous traitant, bombarde des civils au Yémen et non les barbares, alliés « aux shebab », c’est le silence total.

    harry vederciharry vederci
    6 questions pour comprendre ? 6 de trop….
    1 seule réponse, valable partout et tout le temps : le clash des civilisations. Ceux qui mettent leur tête dans le sable ne peuvent le savoir.

    Jacques LutzJacques Lutz                 Shebab à exterminer jusqu’au dernier
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