« Sur les deux rives de la Méditerranée, l’ennemi est le même »

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Dix-sept touristes étrangers, dont deux Français, et deux Tunisiens ont été tués mercredi en plein Tunis dans une attaque menée par des hommes armés au musée du Bardo, la première à toucher des étrangers depuis la révolution tunisienne de 2011.

En fin de soirée, le président François Hollande a annoncé dans un communiqué que deux Français avaient été tués et que « sept Français sont blessés, dont un reste dans un état grave ».

De son côté, le Premier ministre Manuel Valls a réagi sur Twitter pour déplorer la mort des deux Français: « Peine immense. La barbarie ne l’emportera pas. Avec les Tunisiens, le monde doit dire non à l’horreur du terrorisme islamiste ».

Le président tunisien a promis de « combattre sans pitié » le terrorisme. « Je veux que le peuple tunisien comprenne que nous sommes en guerre contre le terrorisme (…). Je veux que le peuple tunisien se rassure (…) ces traîtres seront anéantis », a également lancé le président, Béji Caïd Essebsi, dans une allocution télévisée mercredi soir.

Plus tôt, il avait dit à l’AFP que les autorités faisaient tout pour éviter qu’un tel « désastre » ne se reproduise.

L’attaque, qui a duré environ quatre heures, n’a pas été encore revendiquée. Deux assaillants ont été abattus et une opération des forces de sécurité était en cours pour rechercher d’éventuels complices, selon les autorités.

Cet « attentat terroriste », selon le ministère tunisien de l’Intérieur, touche le pays pionnier du Printemps arabe qui, contrairement aux autres Etats ayant vécu des mouvements de contestation en 2011, a jusqu’ici échappé au chaos.

Le Premier ministre Habib Essid a fait état d’un bilan de 19 morts: 17 touristes et deux Tunisiens – un policier et un chauffeur de bus. Quarante-quatre personnes, dont six Tunisiens, ont été blessées, certaines grièvement.

Parlant d’une « situation définitive », M. Essid a listé « 17 morts parmi les touristes (…): quatre Italiens, un Français, deux Colombiens, cinq Japonais, un Polonais, un Australien, une Espagnole ». On ignorait encore la nationalité des deux derniers touristes tués.

Jeudi, le Japon a contesté les chiffres des autorités tunisiennes concernant ses ressortissants, évoquant une « erreur ». Tokyo confirme la mort de trois Japonais ainsi que trois blessés.

L’Italie a fait état de trois de ses ressortissants tués et Madrid de deux Espagnols morts.

En début d’après-midi, des assaillants armés de Kalachnikov ont ouvert le feu sur les touristes qui descendaient de leurs bus puis ils les ont pourchassés à l’intérieur du musée, a relaté le Premier ministre.

« Nous avons réalisé qu’il ne s’agissait pas de pétards mais de terroristes qui tiraient sur toutes les personnes qui marchaient sur la place. Après ils sont entrés dans le musée. Ils étaient presque à dix mètres, ils tiraient sur tout ce qui bougeait », a dit Josep Lluis Cusidó, un touriste espagnol, à la chaîne Cadena Ser.

Selon un journaliste de l’AFP sur place, l’un des autocars à bord desquels les touristes sont arrivés était criblé de balles.

– ‘En guerre contre le terrorisme’ –

Certains touristes voyageaient avec le croisiériste Costa, dont un bateau faisait escale dans le port de La Goulette (banlieue de Tunis). « Le capitaine a déclaré 14 passagers manquants, qui ne sont pas remontés à bord », a indiqué dans la soirée à l’AFP un porte-parole de Costa Croisières en France, tout en soulignant « ne pas pouvoir dire » s’ils figurent parmi les victimes de l’attaque au musée.

Au Parlement, mitoyen du musée, la « panique » a été « énorme » lorsque les coups de feu ont retenti, a relaté la députée Sayida Ounissi sur Twitter. La fusillade est intervenue « en pleine audition des forces armées sur la loi antiterroriste », en présence du « ministre de la Justice, de juges et de cadres de l’armée ».

Pour Mohsen Marzouk, conseiller politique du président tunisien, l’attaque « vise notre économie », une référence à l’importance pour la Tunisie du secteur touristique. « Mais il ne faut pas que nous laissions ce coup nous affecter. Et je suis sûr que le monde gardera sa confiance en nous. »

Des centaines de Tunisiens ont manifesté ensuite dans le centre-ville en scandant « Tunisie libre, le terrorisme dehors ».

La communauté internationale a vivement condamné le carnage, à l’instar de l’Américain John Kerry et du Français Laurent Fabius.

– Mouvance jihadiste –

Depuis la révolution de janvier 2011 qui a chassé du pouvoir le président Zine El Abidine Ben Ali, la Tunisie a vu émerger une mouvance jihadiste responsable de la mort de dizaines de policiers et militaires, selon les autorités.

Liée au réseau Al-Qaïda, la Phalange Okba Ibn Nafaâ est considérée comme le principal groupe jihadiste de Tunisie actif à la frontière avec l’Algérie.

De 2.000 à 3.000 Tunisiens combattraient par ailleurs dans les rangs des jihadistes en Syrie, en Irak et en Libye. Cinq cents autres jihadistes tunisiens sont pour leur part rentrés au pays, selon la police, et sont considérés comme une des plus grandes menaces pour la sécurité.

Des Tunisiens combattant avec le groupe Etat islamique (EI) ont par ailleurs menacé leur patrie ces derniers mois.

En avril 2002, un attentat suicide contre une synagogue à Djerba (sud) avait coûté la vie à 14 Allemands et deux Français ainsi qu’à cinq Tunisiens. Al-Qaïda avait revendiqué l’attentat.

Attentat de Tunis: ce que l’on sait de la tuerie au musée du Bardo

Nombre de victimes, noms des terroristes, déroulement des événements… Résumé des principales informations sur l’attentat qui a fait au moins 19 morts dont deux Français à Tunis ce mercredi.

Attentat de Tunis: ce que l'on sait de la tuerie au musée du Bardo

La Tunisie est sous le choc de l’attaque du musée du Bardo ce mercredi. REUTERS/ Zoubeir Souissi

Une attaque lancée à midi

Au moins deux hommes armés de Kalachnikov ont attaqué le musée Bardo à Tunis vers 12h30 ce mercredi midi. Les assaillants ont ouvert le feu sur des touristes qui descendaient d’un bus avant de les pourchasser à l’intérieur du bâtiment, dans lequel se trouvait une centaine de touristes.

Une employée du musée a raconté avoir entendu des « tirs intensifs ». « Mes collègues ont crié: ‘Fuis, fuis, il y a des tirs, a-t-elle témoigné. Nous nous sommes échappés par la porte de derrière avec des collègues et des touristes ».

Une prise d’otages de plusieurs heures

Tous les touristes n’ont pas eu la chance de pouvoir s’échapper dans l’immédiat. Une Française a notamment raconté à i>Télé comment elle s’est retranchée avec d’autres dans une salle du premier étage du bâtiment lorsque les tirs ont éclaté.

>> Lire aussi: [Témoignage] « Il a mis du temps avant d’ouvrir le feu, je croyais qu’il jouait »

Les forces spéciales tunisiennes ont rapidement été mobilisées et le quartier du musée, proche du parlement, a été bouclé. Les unités anti-terroristes sont ensuite entrées dans le musée. Leur assaut, au cours duquel les deux terroristes responsables de la fusillade ont été tués, a pris fin peu avant 15 heures.

Au moins 19 victimes

C’est le dernier bilan communiqué par les autorités tunisiennes -il n’est pas définitif et peut encore évoluer. L’attentat a fait au moins 19 morts:

  • quatre Italiens
  • deux Colombiens
  • cinq Japonais
  • un Polonais
  • un Australien
  • une Espagnole
  • un Français (mort qui n’a pas été confirmée par le Quai d’Orsay, mais un ressortissant tricolore est bien porté disparu selon Laurent Fabius)
  • un civil et un policier tunisiens

42 personnes ont par ailleurs été blessées dont sept touristes français. Les autres sont des touristes sud-africains, polonais, italiens et japonais.

[Mise à jour, 23h31] L’Elysée annonce la mort de deux Français

Les terroristes identifiés, la tuerie n’a pas encore été revendiquée

Le Premier ministre tunisien indique ce mercredi soir que les deux terroristes tués au cours de l’assaut des forces de l’ordre ont été identifiés. Il s’agit de Yassine Labidi et Hatem Khachnaoui, a-t-il déclaré à la télévision d’Etat.

La piste d’un attentat commis par des terroristes islamistes semble plus que probable. Ni le groupe Etat islamique ni AQPA (Al-Qaïda dans la péninsule Arabique) ne l’ont revendiqué et aucun élément sur l’appartenance des tueurs à l’un ou l’autre de ces groupes n’a été évoqué par les autorités pour l’heure. « Ce genre d’attaques surprend toujours. Mais on sait tous que c’est une réalité, que toute la région est suspendue à la menace terroriste », rappelle à L’Express Kader Abderrahim, chercheur à l’Iris qui était présent à Tunis mercredi.

Sur la piste de possibles complices?

Le Premier ministre tunisien Habib Essid a cependant évoqué à la télévision nationale la piste de possible complices des deux hommes. « Il y a une possibilité, mais il n’y a pas de certitude, a-t-il déclaré. [Les deux terroristes] pourraient avoir été appuyés par deux ou trois éléments et nous sommes en train de mener de larges opérations de recherches pour identifier ces deux ou trois terroristes qui ont peut-être participé à l’opération », a-t-il précisé. L’enquête ne fait que commencer.

Une attaque contre le musée du Bardo, à Tunis, a fait 19 morts, mercredi. L’analyse de Mathieu Guidère, spécialiste du monde arabe.

Les forces de sécurité tunisiennes se déploient après l'attaque menée au musée du Bardo, le 18 mars 2015, à Tunis. Dix-neuf personnes, dont deux assaillants, sont mortes.
Les forces de sécurité tunisiennes se déploient après l’attaque menée au musée du Bardo, le 18 mars 2015, à Tunis. Dix-neuf personnes, dont deux assaillants, sont mortes. (FETHI BELAID / AFP)

Une attaque menée au musée du Bardo, à Tunis (Tunisie) a fait au moins 19 morts, dont 17 touristes, mercredi 18 mars. L’intervention des forces de l’ordre contre les terroristes a abouti à la mort de deux assaillants. Voici l’analyse à chaud de Mathieu Guidère, spécialiste du monde arabe.

Francetv info : Qui se cache derrière l’attentat qui vient de frapper Tunis ? Quel est l’objectif de ceux qui en sont les auteurs ? 

Mathieu Guidère Cette action en plein Tunis n’est pas vraiment surprenante, compte tenu du contexte général de la politique tunisienne. Les trois années de transition politique vécues par ce pays ont laissé des traces. La Tunisie est aujourd’hui partagée entre les villes de la côte et du Nord, qui ont largement voté pour le parti laïque Nidaa Tounes (l’appel pour la Tunisie), alors que l’arrière-pays et le Sud ont largement voté pour les islamistes. Le contexte est donc très tendu.

En outre, depuis ces derniers mois, les actions terroristes se sont multipliées à la frontière ouest, du côté algérien, et à la frontière sud, du côté libyen. Mais aucune action terroriste ne s’était déroulée dans la capitale depuis l’assassinat des deux députés opposants de gauche Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi en 2013. Un an plus tard, ces assassinats ont été revendiqués par les jihadistes de l’organisation Etat islamique (EI).

Ce groupe peut-il avoir commis ce nouvel attentat ?

Plusieurs groupes peuvent être les auteurs d’une telle action. A la frontière algérienne, il y a une brigade qui s’appelle Okba Ibn Nafaa, qui dépend d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi). Ces hommes sont barricadés au mont Châambi depuis près d’un an et demi. Ils mènent là des actions contre l’armée et les forces de sécurité. Ils ont fait près d’une centaine de morts. C’est une cellule très active et elle a apporté son soutien en septembre dernier à l’EI.

Autre responsable potentiel, le groupe salafiste Ansar Al-Charia. Celui-ci a été désigné en août 2013 par le gouvernement d’alors, d’obédience islamique, comme une organisation terroriste. Ses membres ont fui en Libye, où ils combattent aux côtés des milices islamistes libyennes. Régulièrement, des commandos pénètrent en Tunisie. Ils disposent de plusieurs caches d’armes et leurs actions de déstabilisation sont bien réelles.

Enfin, il y a l’EI lui-même. Le plus gros contingent de ses jihadistes arabes est d’origine tunisienne. Ils sont environ 3 000. Et, depuis le début des bombardements de la coalition internationale il y a six mois, on assiste à un retour de plus en plus important des combattants tunisiens vers leur patrie. Ces combattants ont déjà menacé la Tunisie quand ils étaient en Syrie ou en Irak. Ces hommes, qui sont très aguerris, peuvent parfaitement avoir commis l’attentat du musée de Tunis.

Quelles sont les conséquences pour le pouvoir tunisien ?

Le gouvernement avait fait de la sécurité sa priorité. Aujourd’hui, un mois après sa prise de pouvoir, il se trouve confronté à une crise sans précédent. D’ailleurs, le lieu même où s’est déroulée cette action meurtrière est politiquement très symbolique. Les terroristes s’en sont pris au symbole du pouvoir. Du temps du bey déjà, au XVIIIe siècle, le pouvoir siégeait au palais du Bardo. Car il s’agit bien d’un palais, et le viser, c’est vouloir atteindre le cœur du pouvoir. De plus, c’est un lieu très touristique, comme le vieux Tunis, où il se trouve. Les terroristes ont donc également voulu porter atteinte à l’industrie touristique, juste avant la saison. Ainsi, au-delà du nombre important de victimes, un coup très dur a été porté à l’économie tunisienne.

Après l’attaque du Bardo, les Tunisiens « inquiets » pour leur pays

Des centaines de personnes se sont rassemblées devant le Musée du Bardo de Tunis après l'attaque de mercredi 18 mars.

« Je suis très préoccupée par ce qui se passe dans mon pays, l’économie va être grièvement touchée et l’année 2015 sera catastrophique. Le but des terroristes, qui était d’effrayer les étrangers, est atteint », lance Hanane, la trentaine, résidante en Italie, actuellement en visite familiale à Tunis. Elle s’est rendue devant le Musée du Bardo, mercredi 18 mars, espérant en savoir plus sur l’attaque qui a fait 19 morts plus tôt dans la journée.

Lire : Ce que l’on sait de l’attaque du Musée du Bardo en Tunisie

Aux alentours de 17 h 30, plus d’une centaine de personnes se sont spontanément rassemblées sur les lieux du drame. Les forces de l’ordre sont déployées en grand nombre à l’intérieur et à l’extérieur du musée. Les derniers véhicules des forces anti-terroristes et ambulances quittent les lieux. Puis, les forces de l’ordre évacuent le périmètre en attendant l’arrivée des députés, qui empruntent la même entrée que celle du musée et se réunissent pour une séance plénière extraordinaire à 20 h 30 à l’Assemblée nationale constituante.

« Le dernier gouvernement a laissé faire le terrorisme et la situation s’est graduellement dégradée. Je suis venue devant le musée pour soutenir le nouveau gouvernement et le président Béji Caïd Essebsi. C’est un coup dur pour le pays, juste après les élections », déplore Hanane.

« Conséquences sur le tourisme »

Une centaine de personnes se sont également rassemblées devant le théâtre national de Tunis, mercredi 18 mars.

Loin de là, devant le théâtre municipal, une centaine de personnes scandant « Unité nationale contre la menace terroriste » se sont rassemblées à partir de 16 heures. Certains répondaient à l’appel de différentes organisations comme l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), principale centrale syndicale de Tunisie, ou le Forum social mondial, d’autres à celui du parti Ennahda, lancé sur les réseaux sociaux.

Mohamed Saida, 20 ans, a répondu à l’appel. Il est venu soutenir les forces de l’ordre et l’armée tunisienne dans sa lutte contre le terrorisme. « Nous avons beaucoup de contrôles d’identité dernièrement et c’est une bonne chose pour notre sécurité, mais je pense que cet événement aura surtout des conséquences sur le tourisme », dit-il.

Chiraz, 41 ans, se tient debout sur les escaliers du théâtre national avec deux de ses amis. Venue au rassemblement, à la fois par solidarité et par curiosité, elle s’étonne de ne pas y trouver plus grande foule. « Ce qui s’est passé me touche dans ma chair, je suis inquiète pour la Tunisie. A mon avis, ce n’est que le début, vu ce qui se passe aux frontières et en Libye. La baisse du tourisme est inévitable, mais les premiers touchés sont les Tunisiens. Il est normal de s’inquiéter pour l’économie du pays, car si l’économie sombre, les risques de violence sont plus importants. C’est un cercle vicieux », affirme cette architecte de profession.

L’ambiance dans la capitale est pesante. Les Tunisiens ont peur. Moins pour leur sécurité que pour l’avenir de la Tunisie, dont les efforts ont été réduits à néant par la menace terroriste.

La peur règne après le carnage dans un musée à Tunis

Le Point –

Deux Français figurent parmi les dix-neuf victimes de l’attentat survenu mercredi, le plus meurtrier depuis 2002 en Tunisie.

L'attaque du musée du Bardo à Tunis a duré environ quatre heures mardi en début d'après-midi.
L’attaque du musée du Bardo à Tunis a duré environ quatre heures mardi en début d’après-midi. © EPA/MOHAMMED MESSARA

Dix-sept touristes étrangers, dont deux Français, et deux Tunisiens ont été tués mercredi en plein Tunis dans une attaque menée par des hommes armés au musée du Bardo. Il s’agit du premier attentat qui touche des étrangers depuis la révolution tunisienne de 2011. En fin de soirée, le président François Hollande a annoncé dans un communiqué que deux Français avaient été tués et que « sept Français sont blessés, dont un reste dans un état grave ». De son côté, le Premier ministre Manuel Valls a réagi sur Twitter pour déplorer la mort des deux Français : « Peine immense. La barbarie ne l’emportera pas. Avec les Tunisiens, le monde doit dire non à l’horreur du terrorisme islamiste ».

Quatre heures de terreur

Le président tunisien a promis de « combattre sans pitié » le terrorisme. « Je veux que le peuple tunisien comprenne que nous sommes en guerre contre le terrorisme. (…). Je veux que le peuple tunisien se rassure (…), ces traîtres seront anéantis », a également lancé le président, Béji Caïd Essebsi, dans une allocution télévisée mercredi soir.

L’attaque, qui a duré environ quatre heures, n’a pas été encore revendiquée. Deux assaillants ont été abattus et une opération des forces de sécurité était en cours pour rechercher d’éventuels complices, selon les autorités. Cet « attentat terroriste », selon le ministère tunisien de l’Intérieur, touche le pays pionnier du Printemps arabe qui, contrairement aux autres États ayant vécu des mouvements de contestation en 2011, a jusqu’ici échappé au chaos. Le Premier ministre Habib Essid a fait état d’un bilan de 19 morts : 17 touristes et deux Tunisiens – un policier et un chauffeur de bus. Quarante-quatre personnes, dont six Tunisiens, ont été blessées, certaines grièvement. Parlant d’une « situation définitive », M. Essid a listé « 17 morts parmi les touristes (…) : quatre Italiens, un Français, deux Colombiens, cinq Japonais, un Polonais, un Australien, une Espagnole ». On ignorait encore la nationalité des deux derniers touristes tués. Jeudi, le Japon a contesté les chiffres des autorités tunisiennes concernant ses ressortissants, évoquant une « erreur ». Tokyo confirme la mort de trois Japonais ainsi que trois blessés. L’Italie a fait état de trois de ses ressortissants tués et Madrid de deux Espagnols morts.

Autocar criblé de balles

En début d’après-midi, des assaillants armés de kalachnikovs ont ouvert le feu sur les touristes qui descendaient de leurs bus puis ils les ont pourchassés à l’intérieur du musée, a relaté le Premier ministre. « Nous avons réalisé qu’il ne s’agissait pas de pétards, mais de terroristes qui tiraient sur toutes les personnes qui marchaient sur la place. Après ils sont entrés dans le musée. Ils étaient presque à dix mètres, ils tiraient sur tout ce qui bougeait », a dit Josep Lluis Cusidó, un touriste espagnol, à la chaîne Cadena Ser. Selon un journaliste de l’AFP sur place, l’un des autocars à bord desquels les touristes sont arrivés était criblé de balles.

Certains touristes voyageaient avec le croisiériste Costa, dont un bateau faisait escale dans le port de La Goulette (banlieue de Tunis). « Le capitaine a déclaré 14 passagers manquants, qui ne sont pas remontés à bord », a indiqué dans la soirée à l’AFP un porte-parole de Costa Croisières en France, tout en soulignant « ne pas pouvoir dire » s’ils figurent parmi les victimes de l’attaque au musée.

« Panique »

Au Parlement, mitoyen du musée, la « panique » a été « énorme » lorsque les coups de feu ont retenti, a relaté la députée Sayida Ounissi sur Twitter. La fusillade est intervenue « en pleine audition des forces armées sur la loi antiterroriste », en présence du « ministre de la Justice, de juges et de cadres de l’armée ». Pour Mohsen Marzouk, conseiller politique du président tunisien, l’attaque « vise notre économie », une référence à l’importance pour la Tunisie du secteur touristique. « Mais il ne faut pas que nous laissions ce coup nous affecter. Et je suis sûr que le monde gardera sa confiance en nous. »

Des centaines de Tunisiens ont manifesté ensuite dans le centre-ville en scandant « Tunisie libre, le terrorisme dehors ». La communauté internationale a vivement condamné le carnage, à l’instar de l’Américain John Kerry et du Français Laurent Fabius.

Massacre de Tunis : les deux terroristes tués étaient tunisiens

L' Obs

Le gouvernement tunisien a fourni des premières informations sur l’identité des tueurs, promettant de « combattre sans pitié » le terrorisme. Un suspect a été arrêté.

La police tunisienne a procédé à l'arrestation d'un suspect jeudi après-midi. (YASSINE GAIDI/ANADOLU AGENCY) La police tunisienne a procédé à l’arrestation d’un suspect jeudi après-midi. (YASSINE GAIDI/ANADOLU AGENCY)

Le gouvernement tunisien a dressé jeudi soir un bilan « définitif » de la tuerie perpétrée dans l’après-midi au Musée Bardo de Tunis, faisant état de 19 victimes, dont 17 touristes étrangers et 2 Tunisiens.

Parlant d’une « situation définitive », le ministre de l’Intérieur a listé « 17 morts parmi les touristes [dont] quatre Italiens, un Français, deux Colombiens, cinq Japonais, un Polonais, un Australien, une Espagnole ». Ce bilan a néanmoins été contesté depuis par plusieurs des pays concernés.

En fin de soirée, François Hollande a confirmé dans un communiqué que deux Français avaient été tués et que « sept Français sont blessés, dont un reste dans un état grave ».

Le président tunisien Béji Caïd Essebsi a promis jeudi soir dans une allocution télévisée de « combattre sans pitié » le terrorisme. « Nous n’avons jamais connu le terrorisme en Tunisie, cela a été importé », a-t-il déclaré.

Je veux que le peuple tunisien comprenne que nous sommes en guerre contre le terrorisme. Je veux que le peuple tunisien se rassure. […] Ces traîtres seront anéantis », a-t-il également lancé.

Plus tôt, il avait déclaré que les autorités faisaient tout pour éviter qu’un tel « désastre » ne se reproduise.

Deux Tunisiens d’une vingtaine d’années

L’attaque, qui a duré environ quatre heures, n’a pas été encore officiellement revendiquée. Deux des assaillants ont été abattus et une opération des forces de sécurité est en cours pour rechercher des complices, selon les autorités.

Un troisième meurtrier présumé a été arrêté et est actuellement interrogé. Son audition devrait permettre d’en savoir plus sur le profil des assaillants et sur leur lien avec une éventuelle organisation djihadiste.

Les deux terroristes abattus hier sont « tunisiens » et avaient « une vingtaine d’années », a précisé le ministère de l’Intérieur.  Selon BFMTV, l’un des deux hommes tués hier serait originaire de Kasserine (ouest du pays), ville connue pour être le fief d’un groupe djihadiste liée à AQMI (Al-Qaida au Maghreb Islamique). L’autre vivait dans une cité de Tunis.

Les groupes djihadistes ont fleuri dans le pays

Plusieurs organisations terroristes sont apparues en Tunisie depuis la révolution du Jasmin en 2011 et la chute du président Ben Ali. Parmi elles figure notamment le groupe salafiste Ansar al-Charia, inscrit sur la liste noire des Etats-Unis. Liée au réseau Al-Qaida, la Phalange Okba Ibn Nafaâ est elle active à la frontière avec l’Algérie.

Le groupe Etat Islamique n’a lui pas de présence affichée en Tunisie, à l’inverse de la Libye ou de l’Algérie. Mais l’organisation compte des partisans. La Tunisie estime qu’environ 3.000 de ses ressortissants ont rejoint le djihad dans ces deux pays, ce qui en fait un des principaux contingents étrangers. 500 auraient pris depuis le chemin du retour.

Le site d’information « Breaking 3.0 » a pris connaissance d’un message audio partagé sur YouTube pendant l’attentat, arborant la bannière de l’organisation Ansar al-Charia, et dont le message ressemble à une revendication. Selon le site, un dirigeant du groupe y évoque en arabe des « événements à venir » très prochainement, expliquant qu’il ne s’agira que « du premier épisode de milliers d’autres à venir ».

En avril 2002, un attentat suicide contre une synagogue à Djerba (sud du pays) avait coûté la vie à 14 Allemands et deux Français ainsi qu’à cinq Tunisiens. Al-Qaida avait alors revendiqué l’attentat.

Attentat au musée du Bardo: l’industrie du tourisme en Tunisie à nouveau touchée de plein fouet

TUNISIE MUSE BARDO

TOURISME – La Tunisie est sous le choc. Le 18 mars, au moins 19 personnes ont été assassinées au musée du Bardo, au cœur de Tunis. Parmi eux, il y aurait 17 touristes venus admirer l’une des plus belles collections au monde de mosaïques romaines.

Et le bilan aurait pu être encore plus lourd. Selon un porte-parole du gouvernement, une centaine de touristes se trouvaient dans le musée lorsque l’attaque s’est produite. Un peu avant 16 heures, la télévision nationale a annoncé la fin des hostilités et l’évacuation de tous les touristes du musée.

LIRE AUSSI : Revivez la prise d’otages minute par minute

En plus du drame humain, ce nouveau coup sera difficile à encaisser pour la société tunisienne. Car dans les mois qui viennent, le tourisme pourrait s’ajouter à la liste des victimes. Or, toute l’économie en dépend. Il représente plus de 7% du PIB, sa première source de devises, et emploie près de 12% de la population active.

En 2010, la révolution de Jasmin avait déjà saigné à blanc le secteur. Après un pic à près de 7 millions de visiteurs par an, la fréquentation touristique s’était effondrée de 30% en 2011 à 4,8 millions de visiteurs.

Pour l’instant, le secteur n’a toujours pas réussi à retrouver son niveau d’avant la révolution. Mais les résultats des années 2013 et 2014 se sont montrés encourageants. L’an dernier, le tourisme a rapporté 1,6 milliard d’euros à la Tunisie, en hausse de 6,4%, d’après le ministère du Tourisme.

En 2014, le nombre de touristes était encore 12% inférieur à celui de 2010. Les Français, deuxième contingent de visiteurs après les Lybiens, boudent la destination. « [Leurs nuités] ont baissé de 53% entre 2010 et 2013, et de 31% entre 2013 et 2012. La Tunisie avait enregistré 8,7 millions de nuitées « françaises » en 2010, contre 4 millions en 2013 et 5,8 en 2012″, explique le magazine tunisien Tourmag.

« On est déçus pour notre pays, ce qui se passe là, c’est contre le développement économique, c’est grave pour le tourisme et pour notre image de marque, ça fait mal au cœur », a déclaré un Tunisien au journal Libération, aux abords de l’attentat. De nombreux commentaires inquiets ont également surgi sur Twitter.

Cette attaque « vise notre économie », a déclaré Mohsen Marzouk, le conseiller politique du président, en faisant allusion à l’importance du secteur du tourisme pour la Tunisie. « Mais il ne faut pas que nous laissions ce coup nous affecter. Et je suis sûr que le monde gardera sa confiance en nous », a-t-il ajouté.

A ce titre, le symbole du musée Bardo est particulièrement dommageable. C’est l’un des monuments les plus visités de Tunisie. En 2005, il a accueilli jusqu’à 600.000 personnes.

Lire aussi  » « Démocratie année zéro », le docu pour replonger dans la révolution tunisienne

Attentat de Tunis: stupeur et consternation de la presse après le carnage dans le musée du Bardo

INTERNATIONAL – La presse exprime jeudi 19 mars sa stupeur et sa consternation après le carnage dans un musée à Tunis mercredi qui a fait 19 morts dont deux touristes Français. « La Tunisie frappée à son tour par la terreur islamiste » titre Le Figaro. « La Tunisie en otage » estime Libération. « Cauchemar à Tunis » pour Metronews, alors que 20 Minutes, l’autre gratuit, est « sous le choc ». « Les tueurs djihadistes contre la révolution de jasmin » constate également L’Humanité en Une.

« En adoptant une Constitution moderne et installant au pouvoir une coalition laïque (…) la Tunisie a rompu avec l’obscurantisme, mais le cancer islamiste continue de métastaser dans une partie de la société », observe Philippe Gélie dans Le Figaro. D’autant, selon lui, que « les islamistes fanatiques ne choisissent pas leurs cibles au hasard ».

Pour Kamel Daoud de Libération, il s’agit là d’un « attentat de ‘sniper' ». « Il vise, on l’aura compris, l’économie, la démocratie et toute une nation », poursuit-il, rappelant qu' »il y a quatre ans, ce pays a offert le beau spectacle d’un éveil qui a provoqué des ferveurs dans le monde ».

Jean-Paul Piérot dans L’Humanité fait cette sombre constatation : « la dégradation régionale, après l’intervention militaire à laquelle a participé la France en Libye, a accru les dangers qui menacent la jeune démocratie tunisienne ». Une idée partagée par Philippe Waucampt dans Le Républicain Lorrain, pour qui « la Tunisie essuie tout à la fois les effets du chaos libyen développant ses métastases à la frontière ». « Sur les deux rives de la Méditerranée, l’ennemi est le même : le djihadisme », affirme pour sa part Luc de Barochez dans L’Opinion. « Il s’en prend, ici comme là-bas, à la coexistence pacifique, à la civilisation, au progrès, à la liberté, à la prospérité », ajoute-t-il.

Patrice Chabanet (Le Journal de la Haute-Marne) reconnaît que « la Tunisie avait tout pour déplaire au terrorisme international ». « Elle a initié la révolution arabe et elle a su la préserver du chaos ou de la dictature militaire. Elle s’attendait donc au pire », estime l’éditorialiste. Selon Jean-Louis Hervois de La Charente Libre, « la Tunisie représente le diable pour cette internationale terroriste ».

Dans L’Alsace, Raymond Courraud fustige la communauté internationale dont l' »apathie (…) est confondante ». « Un tel massacre devrait convaincre l’Union européenne d’abandonner une prudence qui confine à la lâcheté », clame-t-il, insistant sur le fait que de nombreux touristes étrangers (dix-sept dont deux Français) ont été victimes de cette attaque.

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