Un opposant russe à Moscou privé de manifestation

Russie : le meurtre de Nemtsov s’ajoute à la longue liste des assassinats politiques

En Russie ou ailleurs, les opposants au Kremlin peuvent le payer de leur vie. La mort de l’ancien vice-premier ministre de Boris Eltsine, Boris Nemtsov, tué par balle dans la nuit de vendredi à samedi à Moscou à quelques mètres du Kremlin, illustre à nouveau cette menace qui plane sur ceux, journalistes, activistes ou personnalités politiques, qui critiquent la politique du président Vladimir Poutine.

Le porte-parole du président, Dmitri Peskov, a déclaré que « cet assassinat brutal portait les marques d’un meurtre commandité et avait tout d’une provocation ». Dès l’annonce de la mort de l’opposant, pourtant, certains ne voyaient personne d’autre que les autorités russes derrière cet assassinat. Des soupçons qui s’appuient sur la liste, toujours plus longue, des morts suspectes survenues ces dernières années dans les rangs des critiques du pouvoir russe.Anna Politkovskaïa, héroïne d’un journal meurtriLa journaliste russe Anna Politkovskaïa, tuée par balle le 7 octobre 2006 dans la cage d’escalier de son immeuble à Moscou, est l’un de ces assassinats qui a le plus ému l’opinion. Dans son travail au journal Novaïa Gazeta, elle dénonçait les atteintes aux droits de l’homme en Tchétchénie et les abus du président Vladimir Poutine.

Et si cinq suspects ont été reconnus coupables par un tribunal de Moscou en mai 2014, une question demeure: qui a donné l’ordre? A l’époque, les enquêteurs avaient reconnu, tout au plus, que le meurtre de la journaliste était en rapport avec son activité professionnelle. Six autres collaborateurs du journal ont été tués ces dernières années, dont Natalia Estemirova, qui avait succédé à Anna Politkovskaïa.

Des opposants en danger jusqu’à Londres

Face aux risques encourus par celles et ceux qui brisent le silence en Russie, certains opposants sont tentés par l’exil, à l’image de Garry Kasparov, qui a obtenu la nationalité croate en 2014. Mais résider hors des frontières russes ne protège pas toujours de la mort. Le 23 novembre 2006, l’ancien membre des services secrets russes Alexandre Litvinenko était empoisonné au polonium 210, une substance radioactive, à Londres.

Une enquête publique a été ouverte à Londres pour éclaircir les circonstances de sa mort. Le magistrat instructeur a d’abord « validé » la thèse impliquant la Russie dans la mort de l’ancien espion, rapporte FranceTVInfo. Reste à étudier d’autres pistes, comme celle de la mafia russe ou des renseignements britanniques. En mars 2013, c’était le milliardaire Boris Berezovski qui trouvait la mort dans son logement londonien. Dans le milieu des expatriés russes, la thèse du suicide de cet ennemi de Vladimir Poutine ne passe pas. Et ceux qui sont encore en vie prennent leurs précautions, indiquent vivre « quelque part en Angleterre » ou bénéficient de la protection de Scotland Yard.

Boris Nemtsov, l’assassinat de trop?

Ce samedi, les réactions à la mort de l’opposant Boris Nemtsov se succèdent. Le président de la République François Hollande a dénoncé « l’assassinat odieux » d’un « défenseur courageux et inlassable de la démocratie ». La chancelière allemande Angela Merkel s’est elle dite « consternée » par le « meurtre lâche » de Boris Nemtsov, saluant le « courage » de l’ancien vice-premier ministre, qui n’hésitait pas à « exprimer publiquement ses critiques » envers les autorités russes.

De son côté, le président ukrainien Petro Porochenko a salué la mémoire d’un « ami », « pont entre l’Ukraine et la Russie, détruit par les coups de feu d’un assassin ». Ce drame, suivi des paroles des trois dirigeants engagés dans les discussions sur le conflit ukrainien avec Vladimir Poutine, va-t-il accentuer la pression sur le pays, déjà accusé de mener une guerre souterraine contre Kiev?

Les regards se tournent inévitablement vers le sommet de l’Etat russe. Boris Nemtsov lui-même affirmait d’ailleurs que le pouvoir russe voyait son activisme d’un mauvais oeil. « Poutine veut me faire taire » déclarait-il à L’Obs en 2011. « Je lui fais peur ». Alors qu’il avait appelé à manifester dimanche à Moscou, ce rassemblement s’est déjà changé en marche en sa mémoire. Un cortège ou planera sans doute la colère face à un meurtre perpétré aux yeux de tous, en pleine ville, symbole d’une pratique qui ne se cache plus mais pourrait arriver à bout de souffle

L’opposant russe Boris Nemtsov assassiné près du Kremlin

MOSCOU (Reuters) – L’opposant russe Boris Nemtsov, vice-Premier ministre de Boris Eltsine et adversaire virulent aussi bien de Vladimir Poutine que de l’implication de Moscou dans le conflit ukrainien, a été assassiné vendredi soir dans le centre de Moscou, à quelques mètres du Kremlin.

Agé de 55 ans, il a été tué de quatre balles dans le dos et son assassin, qui se trouvait à bord d’une voiture blanche, est parvenu à prendre la fuite, selon le ministère de l’Intérieur.

Il a été pris pour cible alors qu’il traversait un pont sur la Moskova en compagnie d’une Ukrainienne qui n’a pas été blessée, a précisé un porte-parole de la police.

Les forces de l’ordre ont fermé l’accès au pont, situé non loin des murs du Kremlin et de la Place rouge, après cet assassinat de type mafieux qui évoque les années troubles ayant suivi l’effondrement de l’Union soviétique.

Boris Nemtsov est, de loin, l’opposant le plus en vue assassiné depuis l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine, il y a 15 ans.

Le président, qui s’est empressé de condamner ce meurtre, a annoncé qu’il superviserait lui-même l’enquête et a évoqué la piste d’un « contrat » ou d’une « provocation ». Boris Nemtsov devait participer dimanche à Moscou à une grande manifestation de l’opposition.

Le comité d’investigation, qui dépend directement du chef de l’Etat, parle, lui, d’une possible tentative de déstabilisation du pouvoir, sans écarter ni la piste islamiste ni celle du conflit ukrainien, rapporte l’agence de presse Interfax.

Aucune revendication n’a été formulée et Mikhaïl Gorbatchev, ancien président de l’Union soviétique, a mis en garde contre les conclusions hâtives.

« Certaines forces vont tenter de tirer profit de ce meurtre. Elles se demandent comment se débarrasser de Poutine », a-t-il souligné.

« Dans le climat de haine et de violence créé par Poutine à l’étranger comme en Russie, les effusions de sang sont un moyen d’exprimer sa fidélité, de montrer que vous faites partie de l’équipe », a quant à lui commenté Garry Kasparov, autre figure de l’opposition.

« La question n’est pas de savoir si Poutine a donné l’ordre d’assassiner Boris Nemtsov. C’est la dictature de Poutine, sa propagande permanente sur les ennemis de l’Etat », qui est en cause, a-t-il ajouté.

Les détracteurs du chef de l’Etat font l’objet de vives pressions depuis le début de son troisième mandat. Plusieurs ont arrêtés après le vaste mouvement de protestation organisé il y a trois ans et d’autres ont choisi l’exil.

TUÉ POUR AVOIR DIT LA VÉRITÉ

« Qu’un dirigeant de l’opposition puisse être abattu à côté des murs du Kremlin dépasse l’imagination. Il n’y a qu’une seule explication possible : il a été tué pour avoir dit la vérité », s’est indigné Mikhaïl Kassianov, ancien Premier ministre de Vladimir Poutine passé dans l’opposition.

Le président américain Barack Obama, qui a dénoncé « un meurtre odieux », a invité Moscou à mener « rapidement une enquête impartiale et transparente » et à faire en sorte que « les responsables soient traduits en justice ».

« Boris Nemtsov était un avocat infatigable de son pays, voulant pour ses concitoyens russes les droits auxquels tout le monde a droit », ajoute Barack Obama, qui s’est montré très critique à l’égard de Vladimir Poutine dans la crise en Ukraine.

« Boris Nemtsov était un défenseur courageux et inlassable de la démocratie et un combattant acharné contre la corruption », dit son homologue français François Hollande dans un communiqué.

Selon la presse, Boris Nemtsov craignait pour sa sécurité en raison de son opposition à l’implication russe en Ukraine, objet de la manifestation de dimanche, qu’il préparait depuis des semaines. Les organisateurs envisagent désormais d’en faire une cérémonie à sa mémoire.

Selon Ksenia Sobtchak, autre figure de l’opposition, Boris Nemtsov travaillait à un rapport sur la présence de forces russes en Ukraine, que le Kremlin nie avec acharnement.

Impliqué par ailleurs dans la lutte contre la corruption, il avait notamment dénoncé le coût pharaonique des Jeux olympiques d’hiver de Sotchi et dressé la liste de nombreux bâtiments publics, hélicoptères et avions mis à la disposition de Vladimir Poutine.

Boris Nemtsov était à la tête des mouvements de protestation sans précédent qui ont eu lieu au cours de l’hiver 2011-2012. A la fin des années 1990, il a été brièvement vice-Premier ministre sous la présidence de Boris Eltsine, poste qui lui a valu sa réputation de réformateur libéral.

(Avec la contribution de Vladimir Soldatkin,; Nicolas Delame, Benoît Van Overstraeten et Jean-Philippe Lefief pour le service français)

Nemtsov: « meurtre politique » pour l’opposition, « provocation » pour Poutine

Le président russe Vladimir Poutine a affirmé samedi, au lendemain de l’assassinat de l’opposant Boris Nemtsov, que « tout sera fait pour que les organisateurs et exécutants de ce crime lâche et cynique reçoivent le châtiment qu’ils méritent ».

« Boris Nemtsov a laissé son empreinte dans l’histoire de la Russie, dans la vie politique et celle de la société. Il a toujours ouvertement et honnêtement exprimé ses positions », a déclaré le président russe dans un message de condoléances à Dina Eidman, la mère de Boris Nemtsov. « Je partage sincèrement le malheur qui vous frappe », ajoute M. Poutine.

Les dirigeants occidentaux et l’opposition en Russie ont dénoncé l’assassinat choquant de l’opposant Boris Nemtsov dans le centre de Moscou alors que le président Vladimir Poutine et ses alliés évoquaient de leur côté une « provocation » contre le Kremlin visant à « déstabiliser le pays ».

Alors que la police était toujours à la recherche du ou des assassins, quelques centaines de personnes sont venues déposer des fleurs et des bougies samedi matin sur le Grand Pont de pierre, non loin des murs du Kremlin, là où l’opposant de 55 ans a été tué la veille peu avant minuit alors qu’il se promenait à pied avec une jeune femme.

Le Comité d?enquête à Moscou a souligné que les premiers éléments disponibles prouvaient qu’il s’agissait d’un meurtre soigneusement planifié et que les assassins avaient suivi leur cible.

« Vers 23h15, une voiture s’est approchée d’eux, quelqu’un a tiré des coups de feu, dont quatre l’ont touché dans le dos, causant sa mort », a déclaré une porte-parole du ministère russe de l’Intérieur, Elena Alexeeva, à la chaîne de télévision Rossiya 24.

Le président américain Barack Obama a condamné « le meurtre brutal » de Boris Nemtsov, ancien vice-Premier ministre de Boris Eltsine devenu un opposant radical à Poutine. La chef de la diplomatie de l’UE Federica Mogherini et le Conseil de l’Europe ont également fait part de leur indignation.

– « Odieux assassinat » d’un « défenseur de la démocratie » –

Le président français François Hollande a dénoncé « un odieux assassinat » et salué la mémoire d’un « défenseur courageux de la démocratie », la chancelière Angela Merkel appelant Vladimir Poutine à faire la lumière sur ce « meurtre lâche ».

« Il (Boris Nemtsov) était un pont entre l’Ukraine et la Russie, et ce pont a été détruit par les coups de feu d’un assassin. Je pense que ce n’est pas par hasard », a réagi pour sa part le président ukrainien Petro Porochenko.

Quelques heures avant d’être assassiné, Nemtsov avait appelé les Russes sur l’antenne de la radio indépendante Echo de Moscou à manifester dimanche dans un quartier excentré de Moscou contre l »‘agression de Vladimir Poutine » en Ukraine et pour l’arrêt de la guerre dans l’Est séparatiste prorusse où le conflit a fait 5.800 morts en dix mois.

« La décision a été prise d’annuler la manifestation et d’organiser à la place une marche dans le centre de Moscou » à la mémoire de Nemtsov, a déclaré l’un de ses compagnons de lutte dans l’opposition, l’ancien Premier ministre de Vladimir Poutine Mikhaïl Kassianov.

Les autorités ont donné leur accord pour une marche qui pourra rassembler jusqu’à 50.000 participants.

L’ancienne dissidente et opposante à Vladimir Poutine Lioudmila Alexeeva a résumé le sentiment de ceux qui soutenaient Boris Nemtsov dans sa lutte contre le Kremlin: « C’est un épouvantable assassinat politique. C’est terrible qu’une chose pareille se produise dans un moment pareil », a-t-elle déclaré à l’agence RIA Novosti.

« C’est une terrible tragédie pour tout le pays », a réagi l’ancien ministre des Finances de Vladimir Poutine, Alexeï Koudrine.

– Un assassinat organisé ‘contre la Russie’ –

Le son de cloche était tout à fait différent du côté du pouvoir russe: « Poutine a déclaré que cet assassinat brutal portait les marques d’un meurtre commandité et avait tout d’une provocation », a indiqué aussitôt son porte-parole, Dmitri Peskov.

L’opposant « ne représentait aucun danger politique pour Vladimir Poutine et si on le compare avec la popularité de Poutine, Boris Nemtsov était juste un peu plus qu’un simple citoyen », a ajouté M. Peskov cité par l’agence Interfax.

« Manifestement, il faut que le sang coule pour que des troubles éclatent dans le centre de Moscou », a commenté le chef du parti communiste Guenadi Ziouganov. Un autre responsable du parti, Ivan Melnikov, a estimé qu’il s’agissait d’une « provocation destinée à relancer l’hystérie antirusse à l’étranger ».

Le meurtre de Boris Nemtsov a pour but « la déstabilisation de la société », a estimé un responsable du parti pro-Kremlin Russie Unie, Vladimir Vassiliev alors qu’une autre députée de ce parti, Irina Iarovaïa, a affirmé que « cet assassinat a été cyniquement organisé contre la Russie ».

L’ancien numéro un soviétique Mikhaïl Gorbatchev a déploré la mort de Boris Nemtsov en exprimant la crainte que les assassins ne soient pas retrouvés: « Il faut trouver les tueurs, mais dans ce genre de crime (…) il est parfois difficile de les trouver », a-t-il relevé.

Plusieurs opposants au Kremlin ont été tués ces dernières années en Russie, notamment la militante des droits de l’Homme Natalia Estemirova en Tchétchénie en 2009, l’avocat Stanislav Markelov et la journaliste Anastasia Babourova à Moscou la même année, ou la journaliste Anna Politkovskaïa en 2006. Les exécutants ont parfois été arrêtés et condamnés, mais pas les commanditaires.

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